Le bouquet

Le  texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de David Shoykhet dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 381.

Aujourd’hui, il m’a offert un bouquet. Des tulipes.

Je n’avais que ce vase ordinaire, alors je les ai mises dedans. Je n’ai pas su bien les disposer, j’ai tellement peu l’habitude de recevoir des fleurs…

Il y en a trois rouges et trois jaunes, avec un peu de gypsophile pour habiller le bouquet, pour qu’il paraisse plus gros…

Les tulipes se font belles sous l’abat-jour comme des starlettes sous un projecteur, elles s’épanouissent à vue d’œil depuis six heures que je les observe, et que moi, je dépéris.

C’était à midi ce dimanche, il est rentré du marché avec un rôti, des carottes, quelques clémentines et ces fleurs. Il a dit : « Pour toi, ma chérie » et puis il est allé ranger les courses dans la cuisine. Quand il est revenu au salon, je cherchais le vase tubulaire dans l’armoire. Il était planqué tout au fond, derrière le service en porcelaine de notre mariage et les verres en cristal de sa mère qu’on ne sort qu’à Noël. C’est tellement rare qu’on m’offre des fleurs…

J’ai sorti le vase et il m’a dit : « J’ai oublié d’acheter le pain, je reviens tout de suite » Il avait un drôle d’air… l’air de se demander s’il jouait suffisamment bien la comédie ; mais ça, je m’en rends compte seulement maintenant, après mes six heures d’observation de ces satanées tulipes. Sur le coup, j’ai simplement dit : «  D’accord, chéri, je mets le rôti et les carottes dans la cocotte en t’attendant » Lui, il a répondu : «  Parfait, à tout de suite »

Maintenant, cela fait plus de douze heures que je fixe ces stupides tulipes dans leur vase tubulaire, et je pense à un autre bouquet, un bouquet de trente-six roses rouges qui n’a pas besoin de gypsophile pour paraître plus gros…ce bouquet de trente-six roses rouges que mon mari est en train d’offrir à une autre.

Lendemain de fête




Le petit texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de  Jeff Trierweiler dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 380

« Ben oui, mon coco, je me casse, je me barre, je me fais la malle ! La nuit de noce m’a suffit ! Oui, je pars avec ton témoin, et alors ? T’avais qu’à en choisir un plus moche !

Moi, j’avais juste envie de faire « la chenille », «  le petit train qui redémarre », « la queue leu leu » et « la danse des canards » C’est fou comme ces danses ringardes sont devenues irrésistibles en période de covid et de gestes barrière ! Je rêvais d’entendre Annie Cordy, cette chère défunte et de me dandiner sur « La bonne du curé »

Mais voilà, la fête est finie, et ce matin au réveil, il n’y avait plus que toi et moi dans la chambre nuptiale, nettement moins drôle … Alors j’ai remis ma robe immaculée pendant que tu ronflais, j’ai frappé à la porte de chambre de Didier et il a tout de suite été d’accord ! On est montés dans la berline noire, et c’est juste au moment où on a démarré que tu as rappliqué dans l’allée de l’hôtel, on t’a pas écrasé, estime-toi heureux ! Bye bye mon p’tit mari !

Il y a …Une gare parisienne


Consigne : Ecrire un texte avec des « il y a… » à la manière d’Apollinaire (très humblement)

Il y a mon éternelle angoisse d’être en retard

Il y a tous ces trains comme d’énormes chenilles

Il y a le panneau d’affichage qui rassure et

Le serveur souriant du buffet de la gare

Il y a le chocolat chaud à la table bistrot

Il y a mon passé qui commence à s’estomper

Il y a ma valise pleine de rien

Et mon chat dans sa boite, plein d’amour

Il y a le souvenir d’un film d’Agnès Varda

Il y a mon billet qui renâcle à se faire composter

Il y a cette journée de transit hors du temps

Il y a ma carte senior avantageuse mais déprimante

Il y a cette vue sur la Tour Montparnasse

Il y a cette vue sur le quartier de ma jeunesse

Il y a mon départ pour ne pas revenir.

Adieu Paris

Le texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Philippe Dehaye  dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 378

Voilà, je te quitte enfin, Paris de mes rêves

Ce rêve qui fut le mien pendant bien des d’années

Est devenu cauchemar sur les Champs Elysées

Les masques et les attaques, et tous ces bars fermés

L’avenue désertée, les musées condamnés

La vie n’a plus de sens dans cette ville immense

On n’peut plus s’embrasser, ni sourire, ni danser,

Juste rester enfermés, dans dix mètres carrés

Et se laisser pleurer face aux actualités

Ainsi je fuis vers toi, campagne de mon enfance

Est-ce que tu m’en voudras de mes années d’absence ?

Depuis le mois de mars, c’est à toi que je pense.

Tes prairies verdoyantes et tes arbres immenses

Tes foyers accueillants, la maison des parents…

Les gâteaux de maman et ma chambre d’enfant. 

Alors moi dans ce car qui file sur l’autoroute

Je chante « Adieu Paris », je n’ai plus aucun doute

Je ne reviendrai pas, ma vraie vie est là-bas.                 

Jeu numéro 9

Petit jeu proposé dans les Plumes d’Asphodèle par Emilieberd. Placer les 13 mots ci-dessous dans un texte : Bois/ Incendier/ Éteindre/ Passion/ Danse/ Vive/ Déclarer/ Lance/ Lampe/ Long/ Poudre/ Pyromane/ Protéger.

Éternelle flamme

Pyromane de mon cœur, elle dansait dans les bois.

Ses longs cheveux poudrés lançaient des feux de joie

Comment lui déclarer ma vive incandescence ?

Comment lui avouer ma passion pour les lampes, heu… les vampes

Doucement j’approchai, sans même me protéger

Ses gestes d’abandon, son visage vermillon

Incendié je l’étais et je le suis toujours

Ces années pleines de jours, n’ont pas éteint l’amour

La sainte

Le petit texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Steven Wright  dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 377.

Ah, bé oui, je suis une sainte moi ! Vous avez vu mon auréole ? Et pour cause, je fais tout comme il faut : je mange bio, je nettoie mon intérieur au vinaigre blanc, je suis membre d’un groupe « zéro déchets » et je crache sur la 5G ! Même que pour Noël, je ne tuerai aucun arbre et n’achèterai pas non plus de sapin en plastique ! Non, je ramasserai une petite branche par terre dans mon allée et je la décorerai d’œufs bios peints avec des colorants minéraux.

Quoi ? Qu’est-ce que vous dites ? J’ai des sacs à la main ? J’ai fait des achats futiles ? Je suis une victime de la société de consommation ? Pas du tout ! Ce ne sont que quelques pulls tricotés par une association avec des poils d’animaux que leurs maîtres récupèrent après avoir brossé chats, chiens et lapins.

Comment ? J’ai des baskets hyper tendance ? Que nenni, ce sont les vieilles Stan Smith de ma mère ! Elles datent des années 80 !

Donc, OUI, je suis bien une sainte et vous en convenez enfin, MERCI !

La pub

Le petit texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Kayla Koss dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 376.

On m’avait demandé de jouer dans cette pub ; une pub pour la pureté de l’air et la pureté de l’eau. Parce que j’avais un physique sain, une allure dynamique, parce que j’étais jolie et naturelle, parce que j’avais vingt ans… A l’époque je me fichais bien de l’écologie, j’avais accepté de faire ça pour l’argent, pour sortir, boire, danser, fumer, m’acheter des habits, des chaussures, du maquillage, des trucs et des machins… J’affectionnais particulièrement un magasin qui s’appelait « Au plastique » on y trouvait des tas de babioles, des objets utiles ou pas, aux couleurs vives et attrayantes, toutes faites de ce même matériau : le plastique, vedette des années 80… Pas vrai Plastic Bertrand ?

Aujourd’hui j’ai 60 ans et tout a changé. J’ai des rides profondes et plusieurs kilos en trop. Le magasin « Au plastique » a été remplacé par un magasin « En vrac ». Je m’y traîne chaque semaine avec mon masque, mon gel hydro alcoolique, et mes bocaux de verre parce que c’est bon pour la planète, je le sais bien… Pourtant, je dois l’avouer, j’ai la nostalgie des années 80, époque de folle insouciance, c’est vrai, mais aussi celle de ma jeunesse !

Les humeurs de René Quinquin

Avertissement : Ne prenez surtout pas ce texte comme un discours misogyne, c’est simplement le point de vue d’un requin qui ne fait pas dans la finesse !

Les ailerons de René Quinquin avaient été titillés par les vibrations du  bateau à moteur.

Pourquoi ces satanés humains ne naviguaient-ils pas à la voile entre deux iles aussi proches ? Quelle honte de polluer tout le secteur ! Les eaux transparentes de René Quinquin étaient devenues troubles et ça avait sifflé dans son oreille interne. Alors, il avait décidé de montrer son mécontentement en fonçant de toutes ses forces sur la coque du petit cabotier.

De multiples particules de bois s’étaient mélangées aux herbes marines et le son détestable s’était enfin tu, au grand soulagement de René Quinquin. L’embarcation  commençait à prendre l’eau, tout doucement.

L’homme à la voix grave essayait d’écoper pendant que sa femelle ne cessait de piailler en pataugeant dans la coque. Les décibels suraigus enflammaient les ouïes de René Quinquin, alors il avait décidé que c’était la femelle qui lui servirait de casse-croûte.

À travers la surface de l’océan bleu, il pouvait distinguer

les mouvements saccadés de ses jambes et son bikini ridicule sur ses chairs vieillissantes : pas de doute, elle était mûre pour la casse !

En la croquant, il rendrait service à l’homme, assez bien conservé, qui pourrait retrouver une compagne plus attrayante et moins exaspérante … Mon Dieu, quelle voix détestable elle avait !

René Quinquin fit un impressionnant saut de carpe à quelques centimètres seulement de l’embarcation endommagée. Il voulait jauger l’épaisseur de la femme : était-elle assez replète pour satisfaire son appétit ?

La brutale apparition de René à la surface fit redoubler les glapissements de la niaise … Mais, qu’importe, il n’aurait plus longtemps à les supporter. Il tenait sa réponse : OUI, les délicieux kilos en trop étaient bien là ! Les bourrelets prometteurs d’un merveilleux repas l’avaient rassuré.

Pour la première fois de son existence il allait faire une bonne action : libérer un humain mâle du joug de sa femelle.

Fort de cette satisfaction, René prit son élan pour atteindre l’avant du bateau où s’étaient réfugiés les deux mammifères terrestres. D’un coup de mâchoire vigoureux, il  saisit  la cuisse grassouillette de la femme qu’il entraina au fond de l’océan en un mouvement oscillatoire des plus gracieux. Le rouge-sang se mêlait au bleu outre-mer créant ainsi une sublime palette de couleurs.

Tout en dégustant sa proie, René Quinquin, débonnaire, se réjouissait silencieusement pour l’homme : celui-ci ne manquerait pas d’être secouru, tant de voiliers pleins de jeunes femelles croisaient au large pendant l’été…

Ma petite chérie

Marinade d'histoires

syes- Copie

A Lihons, le 25 janvier 1916

Ma petite chérie,

Je n’en peux plus Jeannette, j’ai envie de rentrer
Je n’en peux plus de la boue et de l’odeur des autres
J’ai envie de te voir et de te respirer.

Heureusement, j’ai Jojo pour parler du pays
De l’océan bleu gris, des plages infinies
Toi, tu vois ça tous les jours, moi j’ai peur d’oublier…

Ecris-moi, s’il te plait les dunes et le sable fin.
Peut-être pourrais-tu m’en envoyer quelques grains ?
Dans l’enveloppe, ça ne pèsera pas lourd
Mais pour mon cœur ça sera de l’amour.

Ici, la terre pue de tout ce qu’elle avale,
De tous ces corps détruits …
Jojo et moi, on survit,
Il est là près de moi, il écrit à Marie.
On ne pense qu’à vous, on ne parle que de vous
Pour ne pas oublier la vie et l’amour fou.

Je vais bien, ne…

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Les bulles de Gabriel

clair eau gouttelettes gouttes
Photo de George Becker sur Pexels.com

 

Ce soir-là Gabriel est invité chez les Péraudin. Aline, sa femme n’a pas voulu l’accompagner. Au cours du dîner, il est pris d’une irrépressible envie de se soulager la vessie, alors, même si cela ne se fait pas dans le grand monde, il demande à Léonie, la maîtresse de maison, s’il peut quitter la table quelques instants.

Quand il tire la chasse pour évacuer son urine alourdie par les trois martini gin de l’apéritif,  il est surpris de ne pas entendre le bruit de l’eau pulsée. Décidément, ces Péraudin seront toujours à la pointe du modernisme, après la machine à glaçons électrique et le tire-bouchons connecté, la chasse silencieuse !

Gabriel revient dans la salle à manger et s’immobilise, stupéfait, face aux convives qui bavardent autour de la table. En effet, malgré une conversation qui semble très animée, aucun mot n’est émis ! Gabriel observe ces quatre bouches qui s’agitent et se contorsionnent sans le moindre son. Il y a les lèvres épaisses et violacées de Louis Pétaudin, le maître de maison, celles de son épouse Léonie, sèches et pincées, les dents carnassières de Jérôme, le banquier, et l’immense bouche écarlate d’Artémise, sa cantatrice de femme. Puis, soudain, il sent leurs huit yeux braqués sur lui comme des fléchettes, et les mandibules qui se meuvent à nouveau, mais de façon plus sporadique. Gabriel n’a jamais appris à lire sur les lèvres, mais là, c’est évident, ils lui demandent : Tout va bien ? Pourquoi restez-vous planté comme ça ? Qu’y a-t-il ?

Gabriel entrouvre la bouche pour tenter de répondre mais aucun son ne sort. Pourtant, quelque chose se produit, car les quatre paires d’yeux changent soudain de direction et se concentrent désormais sur le sommet du crâne de Gabriel. Instinctivement, ce dernier se touche la tête, et, horreur, il sent que celle-ci est fendue en son milieu ! Curieusement Gabriel ne souffre pas, et ce n’est pas du sang qui jaillit de cette fissure mais quatre bulles transparentes qui se mettent à voleter à travers la pièce. L’effet de ces rotondités planant au-dessus du mobilier Louis XVI et de la table en  chêne dressée avec apparat est des plus saisissant. Tous sont médusés par ce spectacle quand tout à coup, la première bulle va éclater pile-poil dans le décolleté tout en abondance de Léonie, la maîtresse de maison ! Ce sont de fines gouttelettes savonneuses qui déferlent dans son assiette en porcelaine de Sèvres pour former ces mots : Léonie vous n’êtes qu’une piètre cuisinière et une fausse amie, toujours prête à médire sur les uns ou sur les autres ! Je me demande pourquoi je suis là ce soir …

De la même façon, la deuxième bulle va s’écraser sur le gros nez de Jérôme, le banquier, pour libérer les pensées secrètes de Gabriel : Jérôme, vous êtes obnubilé par l’argent et je suis certain que vous ne fréquentez vos « amis » que par intérêt ! Je me demande pourquoi je suis là ce soir …

Et puis, le phénomène se reproduit avec Artémise, la cantatrice chevelue. La bulle qui lui est destinée atterrit directement au fond de sa bouche, tant elle est grande et toujours béante. Artémise recrache aussitôt les mots assassins sur la nappe brodée : Et vous, pauvre Artémise qui chantez aussi faux qu’une casserole, mais à qui personne n’a jamais osé le dire… et bien, voilà qui est fait ! 

C’est enfin au tour du maître de maison dont les lèvres violettes virent au bleu à l’approche de sa bulle: Louis, je sais que vous n’avez qu’une seule idée en tête, me piquer ma femme ! C’est pour cela qu’elle n’est pas ici ce soir, Aline ne supporte plus vos sourires vicelards et vos mains baladeuses ! Mais qu’est-ce que je fiche ici sans elle, ce soir, moi !

Immédiatement, Léonie prise d’une violente envie de vengeance déverse le plat entier de spaghettis aux poulpes sur la tête de son indigne mari qui se retrouve coiffé d’une infâme perruque visqueuse et dégoulinante !

S’ensuit un moment suspendu durant lequel les convives s’observent et se jaugent. Puis, mus d’un élan commun, et d’une solidarité malveillante, le gang des quatre empoignent leurs couverts en argent et se jettent sur le malheureux Gabriel qui n’a toujours rien compris de leur colère : Mais qu’est ce que j’ai dit ? Pourquoi me regardez-vous avec tant de haine ? Voudrait-il hurler de sa bouche qui demeure désespérément muette. Malheureusement, il n’a pas le temps de réfléchir d’avantage, que déjà les mangeurs avides sont sur lui, fourrageant sa chair avec leurs couteaux et leurs fourchettes bien astiqués.

Morale de l’histoire : Même si Léonie Péraudin est une piètre cuisinière, ce soir-là, ses invités auront eu de la viande fraîche au dîner !

MH