Sosthène et Sylvaine

Comme les filles qu’il aimait ne l’aimaient jamais, Sosthène avait choisi une fille qu’il n’aimait pas. Elle s’appelait Sylvaine. Elle n’était ni belle, ni coquette, ni bien faite. Son nez immense décorait son visage terne comme le phare de Cordouan s’élève sur la Gironde et ses petits yeux de taupe étaient si enfoncés qu’on se demandait comment elle parvenait à voir. Que dire de sa bouche si ce n’est qu’elle ressemblait à une cave humide dans laquelle on aurait entreposé des vieilleries moisies.

Pourtant, Sosthène avait décidé de faire sa vie avec Sylvaine, sans se poser de questions, comme on avale une cuillerée d’huile de foie de morue.

Et puis, de quel droit aurait-il critiqué son physique ? Lui même n’était pas un prix de beauté avec ses pattes de sauterelles, son buste rétréci et sa coupe de cheveux à la Du Guesclin.

En revanche, il n’était pas sot, à l’école le maître disait toujours : Heureusement que Sosthène est là pour rattraper votre stupidité collégiale !  Pourtant il n’avait pas fait d’études et cela à cause de son trop grand dévouement ; son père était mort jeune d’un éléphantiasis sévère qui lui avait fait gonfler les pieds de façon spectaculaire. Ainsi, Sosthène à peine âgé de dix-sept ans, avait dû reprendre la boutique de chaussures paternelle pour subvenir aux besoins de sa mère qui préférait ne rien faire.

C’est dans son échoppe qu’il avait croisé les jolis petits petons de Corinne, de Christelle, de Lisette, de Fanchon et de Jeannette dont il n’avait jamais osé demander la main. Mais quand son chausse-pied avait introduit l’interminable panard aux multiples oignons de Sylvaine dans un mocassin beige, il s’était dit qu’il oserait peut-être… Et elle avait dit oui. Alors Sosthène avait offert la paire de mocassins taille 44 fillette à sa fiancée et l’avait présentée à sa maman.

Moi qui voulais de beaux petits enfants… se désespéra Gilberte Enfin, elle  t’aidera à tenir le magasin, c’est déjà ça … Sylvaine baissa les yeux et une goutte salée dévala les ailes de son long nez pour venir s’écraser sur son mocassin beige. Sosthène, lui, releva la tête, prit sa Sylvaine par la main et quitta le salon Henri II de sa mère.

Dans l’arrière-boutique, il initiait sa fiancée au rangement des boites, par tailles, par catégories, par couleurs et par matières, mais, entre deux ballerines roses et trois paires de tropéziennes en cuir, la jeune femme éveillait son promis à bien d’autres activités dont le père de Sosthène n’avait pas eu le temps de lui parler. Ainsi, Sosthène tomba enfin amoureux fou de Sylvaine.

Les clients et les clientes, d’abord un peu rebutés par le physique de la nouvelle vendeuse, furent vite conquis par son efficacité. Imaginez qu’elle réussit du premier coup à dénicher une paire d’escarpins rouges en chevreau pour le pied endolori de Madame Bobine, la mercière ! Grâce à vous, Sylvaine, je vais faire honneur à ma fille pour son mariage avec Geoffrey, le fils du pharmacien !

De même, elle conseilla le Père Tranchon qui voulait des souliers vernis pour l’enterrement de Maître Scribar, le notaire : Vous comprenez, à la boucherie, personne voit mes pieds, alors été comme hiver pour moi c’est des claquettes avec ou sans chaussettes ! Sylvaine constata l’élargissement dramatique des arpions de Tranchon suite à des décennies de claquettes. On aurait dit deux escalopes de dinde dédoublées. Puis elle réfléchit et lui dit : Revenez dans une heure, j’aurai peut-être une solution pour vous… Sylvaine demanda la permission à Sosthène et fila chez Gilberte. En catimini, elle s’introduisit dans le grenier et sortit d’une grosse boite, une paire de souliers de cérémonie d’une largeur spectaculaire. Le père de Sosthène s’était fait faire ces chaussures sur mesure à cause de sa maladie. Il tenait plus que tout à rester présentable jusqu’au bout dans sa boutique. En revanche, il avait bien stipulé dans ses dernières volontés qu’il voulait être enterré pieds nus : pour que ses malheureuses extrémités respirent enfin le parfum de la liberté. Cette incroyable paire était la deuxième chose cachée que Sosthène avait montrée à Sylvaine peu de temps après leur rencontre.

Quand le père Tranchon enfila les souliers vernis qui lui allaient aussi bien que ses pantoufles de vair à Cendrillon, il entama une danse de Saint Guy au milieu de la boutique, entraînant sa bonne fée Sylvaine dans la farandole.

Et ainsi passaient les jours et les semaines entre la boutique et les déjeuners du dimanche dans le vilain salon Henri II de Gilberte. Les affaires marchaient bien et Sosthène avait commandé à la Banque des Limougeauds Prévoyants un gros lingot d’or.

Sosthène et Sylvaine se marièrent un beau samedi d’avril à la Mairie puis à l’église de Chaptelat. Le père Tranchon et Madame Bobine purent ainsi amortir leurs souliers de cérémonie. Gilberte choisit la paire d’escarpins la plus chère du magasin en cuir de crocodile rehaussé d’une piqûre de dentelle. Quant aux petits petons de Corinne, Christelle, Lisette, Fanchon et Jeannette, ils se tortillaient de jalousie dans leurs ballerines couleur pastel.

Sylvaine et Sosthène restèrent simples et sobres pour le plus beau jour de leur vie, mais leur amour hors norme irradiait leur mesquin entourage.

Malheureusement aucun enfant ne pointait de l’orteil, le ventre de Sylvaine restait désespérément plat et sec malgré les nombreux galops d’essai dans l’arrière boutique. Alors Gilberte eut une idée : Et si vous alliez voir Geoffrey, il parait qu’il a des médicaments de pointe à la pharmacie, il pourrait peut-être aider Sylvaine … Gilberte n’aurait pu concevoir que la défaillance  incombe à son fils, seule son laideron de belle-fille pouvait cumuler les tares.

Pour Sosthène ce fut la goutte d’eau qui fit décolorer le nubuck ! Comment avait- il pu supporter aussi longtemps la méchanceté de sa mère vis-à-vis de Sylvaine :

Puisque tu t’obstines à dénigrer ma femme, maman, nous partons, et tu te débrouilleras seule  avec la boutique !

Sur ces mots, Sosthène fit les bagages, prit sa Sylvaine par la main droite et leur grosse valise en carton par la main gauche.

Ils venaient de quitter la bourgade, lui au volant de sa petite Dyane grise, et elle tout excitée à ses cotés. L’air leur parut soudain plus léger, le soleil plus caressant, la campagne plus verdoyante. Débarrassés de l’odeur de pieds du magasin, ils respiraient enfin le parfum du blé fauché et de la liberté ! Ils roulaient  sans destination, tournaient au hasard des petites routes ombragées ou des hameaux charmants. Vers midi, les gloussements de leurs ventres leur rappelèrent qu’il était temps de déjeuner, alors ils firent une pause au bord d’un petit cours d’eau enchanté par les libellules, pour dévorer les quelques provisions de bouche que Sylvaine avait pensé à emporter. Le vin rosé leur monta vite à la tête et un sous-bois moussu accueillit leurs ébats au grand air.

Ragaillardis par cette halte féerique, ils reprirent la route en milieu d’après-midi et se retrouvèrent, sans l’avoir calculé, au bord de l’océan à l’heure du soleil couchant.

Après une nuit à la belle étoile sur le sable le plus fin du monde (ils n’en connaissaient aucun autre) ils visitèrent la petite station balnéaire près de laquelle ils avaient échoué. C’était le mois de mai et les estivants n’étaient pas encore là. Le charme des ruelles blanches parsemées de roses trémières et de volets bleus leur fit comprendre que c’était bien ici qu’ils feraient leur nouvelle vie.

Attablés à la terrasse du Café de la Grand Place, qui n’était pas si grande que ça,  le couple se posait mille questions ; Dormiraient-ils encore sur la plage ce soir…Ils avaient eu un peu froid. Quel serait leur gagne-pain ? Trouveraient-ils une petite maison à acheter avec le gros lingot d’or qui dormait, bien emmitouflé au milieu des habits, dans la grosse valise en carton…

– Une chose est certaine, je ne veux plus travailler dans la chaussure ! Assura Sosthène.

– Tu es sûr ? On est pourtant doués pour ça ! Répondit Sylvaine

– Oui, mais je ne veux rien qui me rappelle le passé… Expliqua Sosthène

– Je te comprends, moi non plus ! Renchérit Sylvaine qui ne pouvait résister à son  petit mari chéri.

Guytou le patron avait bien sûr repéré ces nouvelles têtes parmi les habitués et écouté d’une oreille leur conversation. Il leur servit deux pineaux des Charentes bien frais juste après leur café crème : Spécialité du coin, et c’est  offert par la maison !

Les amoureux se délectèrent de ce nectar des dieux, Sylvaine ressemblait à un colibri, son long nez plongé dans le verre tubulaire comme un bec dans une ancolie du Canada.

J’voudrai point désarinjer, mais j’ai un peu entendu quand vous causiez… Intervint un ancien qui mangeait une drôle de mixture à base de pain trempé dans un bol de vin rouge, à la table voisine. Dans que bourg, c’est ti pas un marchin d’galloches qui manque mais plutôt un marchin d’chapiats !

Heureusement, Guytou vint à la rescousse pour la traduction du saintongeais en français : Ce que le père Gaudin veut vous dire, c’est qu’un magasin de chaussures, on en a déjà un, mais qu’il faudrait bien une boutique de chapeaux ! Les anciens, ils ont pas toujours la possibilité d’aller faire leurs courses à Royan ou à Saintes, et l’été, le soleil tape dur sur la caboche !

Cette réflexion fit l’effet d’un coup de galoche sur la tête des jeunes mariés, jamais ils n’avaient songé à œuvrer pour l’extrémité haute de l’être humain ! Mais, après tout, pourquoi pas, ils voulaient du changement oui ou non ?

Sur les conseils de Guytou, ils s’installèrent à la pension de famille « Les Bégonias » tenue par « La » Georgette, une pétulante veuve connue pour ses dons divinatoires.

Couchés sur le lit de leur jolie chambre avec vue sur mer, Sosthène et Sylvaine faisaient des plans sur la comète:

-Faut se mettre en quête d’un local au plus tôt !

-On aura vite fait le tour si on veut quelque chose de bien central

-Guytou a parlé d’une ancienne boutique de parapluies qui a fait faillite à cause du beau temps…

-Oui, on ira voir ça demain matin.

« Temps de cagouilles » tel était le nom du magasin abandonné, en référence à l’amour des escargots pour la pluie. Face à l’église, et sur le chemin de la plage, on ne pouvait rêver meilleur emplacement.

De retour à la pension de famille pour le déjeuner, Sosthène et Sylvaine se régalèrent du plateau de fruits de mer que leur avait préparé « La » Georgette. L’Entre deux mers bien frais les rendait bavards et tout excités :

-On devra être très diversifiés, du bob au chapeau de cérémonie en passant par les casquettes à carreaux, les casquettes dernier cri, les panamas, les chapeaux de cow-boy et les sombreros ! S’enthousiasmait Sosthène

-Et puis aussi les canotiers, les bérets, les melons et les capelines… il faut en avoir pour tous les goûts, toutes les bourses et toutes les occasions si on veut que ça marche ! Répliqua Sylvaine.

Pendant leur conversation joyeuse, La Georgette n’avait cessé de fixer Sylvaine d’un air concentré. Un peu gênés par son regard insistant, les jeunes mariés lui proposèrent de trinquer avec eux pour détendre l’atmosphère :

-Tout va bien Madame Georgette ? S’enquit  Sylvaine

-Pas vraiment… Répondit-elle avec grand sérieux

-Nous sommes désolés… Avons-nous dit ou fait quelque chose qui aurait pu vous froisser ? Avons-nous été trop bruyants ?

-Non, mais vous avez simplement oublié de citer un type de chapeau essentiel dans votre liste…

-Ah bon ? Mais lequel ? Demanda Sosthène

-Le bonnet de naissance ! Et Dieu sait si vous allez en avoir besoin !

-Quoi ??? S’exclamèrent Sylvaine et Sosthène en cœur 

Ben oui ! Madame Sylvaine attend des triplés, et je peux même vous annoncer que ça sera deux drôles et une drôlesse !!

Sauvetage

Consigne : Imaginez une histoire à partir de ces 3 photos.

Au très select « Comité de Protection des Végétaux en Péril », c’est l’effervescence. Une nouvelle exceptionnelle vient de paraitre dans le journal. Gonzague de Saint Albray et toute son équipe n’en croient pas leurs yeux.

Gonzague – Il n’en reste plus qu’un seul spécimen, et il est en Colombie, qui l’eut cru ?!

Marie-Antide – Incroyable! Tout esseulé en ce milieu aride et escarpé, je n’en reviens pas!

Claude-Bernard – Et dire qu’avant on les dégustait en salade !

Jean-Axel – Et on les massacrait à la tondeuse !

Marie-Sophie – Oui, et on soufflait dessus quand ils étaient fanés, on les décapitait, en somme…

Anne-Bernadette – Un peu comme les marguerites, je t’aime, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout…

Gonzague – Personnellement, je n’ai jamais joué à ce jeu stupide, déjà enfant j’avais un grand respect pour les plantes, même les plus triviales.

Marie-Antide – Oui, et puis à quoi bon ce jeu puisque vous saviez déjà à six ans que votre « moman » serait la femme de votre vie, alors pourquoi torturer les fleurs ?

Gonzague – Seriez-vous jalouse, Marie-Antide ?

Anne-Bernadette – Rho… Cessez donc de vous houspiller tous les deux et trouvons plutôt une manière de faire revenir le pissenlit en Europe !

Filibert – Organisons un voyage !!

Gonzague – Facile à dire, mais qui le financera ? Les caisses de notre comité sont à sec depuis que Marie-Sophie et Claude-Bernard ont tout raflé pour la réception de leur mariage…

Marie-Antide – Ah bon ? Quelle honte ! Je n’étais pas au courant ! C’est scandaleux !

Filibert – Calmons-nous, calmons-nous et gardons à l’esprit que nous venons d’apprendre la nouvelle la plus réjouissante depuis l’extinction du rhododendron !

Gonzague – Nous partirons donc en voyage, mais, chichement.

Anne-Bernadette – Chiche que nous voyagerons chichement, parole de pois chiche !

Filibert – Un vieux coucou pour commencer, je sais qu’ils en proposent à Orly, d’anciens Boeing 707 qui ont un peu de plomb dans l’aile !

Marie-Sophie – Génial Filibert, mais une fois à Bogota, comment rallierons-nous les hauts plateaux arides ?

Claude-Bernard – Nous achèterons un van, ils en vendent en pièces détachées là-bas, ainsi pas de frais de logement, notre moyen de locomotion sera également notre hôtel !

Gonzague – Diantre ! Sept dans un van ! Qui de nous supportera cette promiscuité ? Surement pas Marie-Sophie et ses habitudes de princesse …

Marie-Sophie – Pour le retour de la fleur jaune en Europe, je me sacrifierai !

Tous – Un pour tous et tous pour le pissenlit !

Jeu numéro 25

Image par No-longer-here de Pixabay

Cette semaine dans le cadre d’un  Challenge d’écriture sur son blog  L’atmosphérique, Marie nous propose  d’inventer un texte à partir d’une citation d’Alain Mabanckou. 

Variations autour de la citation d’Alain Mabanckou : « Pour bien écrire, il faut savoir vivre et revivre ses souvenirs »

Pour bien lire, il faut savoir ouvrir et rouvrir ses livres

Pour bien se salir, il faut savoir courir et bondir dans la suie

Pour bien s’enrichir, il faut savoir remplir sa tirelire

Pour bien obéir, il faut savoir aplanir et contenir ses idées

Pour bien mentir, il faut savoir retenir et travestir la vérité

Pour bien choisir, il faut savoir réfléchir et éviter le pire

Pourbien et Crire fautaient pour savoir vivre, sous un menhir

Pour bien séduire, il faut savoir sourire et conquérir

Pour bien crier, il faut faire vibrer et re vibrer ses soupirs

Pour bien vivre, il faut savoir suivre et poursuivre ses envies

Pour bien murir, il faut savoir investir, bâtir et construire

Pour bien chérir, il faut savoir nourrir puis affranchir ses petits

Pour bien vieillir, il faut savoir rire, embellir et fleurir  

Pour bien se souvenir, il faut savoir écrire et réécrire ses pensées

Pour bien mourir, il faut savoir pâlir, flétrir et partir.

Jeu numéro 24

Pourquoi ? Peut-être…

Pourquoi les poignées de portes vous attrapent-elles par la manche quand vous passez ?

Peut-être pour vous confier un secret …

Pourquoi les motocyclettes vrombissent-elles ?

Peut-être pour draguer les vélos…

Pourquoi les pinces à épiler s’emparent-elles de la peau et pas du poil ?

Peut-être pour épargner un condamné…

Pourquoi les oiseaux ne manifestent-ils pas contre le sifflement des bouilloires ?

Peut-être par solidarité…

Pourquoi la machine à laver se met-elle à ronronner quand on va se coucher ?

Peut-être pour qu’on vienne la câliner…

Pourquoi les boucles d’oreille refusent-elles de rentrer dans les trous quand on est pressées ?

Peut-être pour faire la grasse matinée dans le coffre à bijoux…

Pourquoi les imprimantes ne répondent-elles pas aux ordinateurs ?

Peut-être pour marquer leur indépendance…

Pourquoi les carottes cuisent-elles moins vite que les pommes de terre ?

Peut-être pour profiter plus longtemps du bain bouillant et salé…

Pourquoi les tableaux noirs sont-ils verts ?

Peut-être pour nous faire espérer de bonnes notes …

Pourquoi les tables des guinguettes sont elles bancales ?

Peut-être pour nous faire valser…

Pourquoi les bulles de l’eau gazeuse partent-elles si vite ?

Peut-être pour voyager…

Pourquoi les yeux de mon chat sont-ils verts à l’ombre et jaunes au soleil ?

Peut-être pour me charmer…

Pourquoi l’aspirateur a-t-il toujours faim et le scooter toujours soif ?

Peut-être parce qu’on ne les invite jamais au restaurant…

Pourquoi les lutins s’amusent-ils à cacher les télécommandes, les portables, les lunettes et les clefs ?

Peut-être parce qu’il n’y a plus assez de bois à couper dans les forêts…

Jeu numéro 23

Jeux de mots

Définitions fantaisistes :

Schizophrène : zozo qui a perdu les pédales parce qu’il n’avait pas freiné  sur la piste de ski

Utopie : voir des pies picorer dans le carré V.I.P d’une salle de concert

Boulevard : rue où des dames boulottes bavardent en cheminant

Littérature : art qui peut se pratiquer au lit sans faire de ratures

Vocabulaire : vocable qui donne une bulle d’air

Manuscrit : livre qui peut se rédiger nu et qui supporte les cris

Humour : qualité qui se hume mieux que l’amour

Neptune : Il ne manque pas de tunes, surtout dans son bassin de Versailles

Quotidien : Il manque de cotillons

Voyelle : c’est sa voix à elle qui les prononce le mieux

Mots chimères :

Un lustrami : personne éclairée de votre entourage

Un arbrabarbe : grand monsieur poilu

Un chapique : félin toutes griffes dehors

Un cranastiqué : personne chauve

Un radiateurailé : convecteur qui réchauffe toutes les pièces en voletant dans la maison

Une brebicorne : dame mouton portant chapeau

Un carnettoyeur : carnet qui se gomme tout seul

Un avocarrousel : homme de loi qui apprécie les manèges

Ecrire une poésie contenant 2 mots d’Henri Michaux: « Marmine » et  » Espudrine  »  https://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Michaux

Marmine, Ô Marmine

Ton minois de mutine

M’espudrine, m’amourine

Je voudrais t’embralaçer

Te saupoudrer de farine

Te kidnavoyager jusqu’en Chine

Ô Marmine, ma divine

Je me marre de tes mines

Et je devine, ma minette

Que toi aussi, tu m’amourettes.

Bjarkar

Dans le cadre de l’Agenda Ironique du mois de mai, Photonanie nous propose d’écrire un texte qui se passera dans un pays froid, l’Islande éventuellement. Elle aimerait assez que s’y glissent les mots suivants: ailurophile, syllogomanie, bec à foin et puis aussi coquecigrue parce qu’elle aime bien ce mot. Si en plus le texte se présente sous forme d’anadiplose, elle sera comblée !!

Bjarkar  était un bec à foin. « Bec à foin » qui se disait  « hálfviti » dans sa langue islandaise, et qui n‘en voulait pas moins dire qu‘il était sot et naïf. Naïf au point de croire qu‘il pourrait, lui, pauvre petit éleveur de moutons, séduire Björk la célèbre chanteuse au faciès de chat. Chats dont il était fan depuis sa plus tendre enfance, lorsque sa maman avait rapporté à la ferme, une pauvre bête transie de froid trouvée au pied du glacier Vatnajökull.
C’est donc ainsi que Bjarkar était devenu ailurophile, sa passion le poussant à adopter tous les félins errants du secteur et à rêver en secret à Björk, l’illustre femme chat qu’il épouserait un jour.
Un jour mais pas tout de suite…. car pour oser installer la star du rock à la ferme familiale, il devrait, outre le rangement et le nettoyage de toutes les litières, gamelles, coussins et autres arbres à chats, se débarrasser de l’amoncellement  de boites,  cartons, canettes, caisses, journaux, magazines et papiers divers qui  jonchaient le sol de toute la maison. Maison devenue une vraie poubelle après la disparition de la maman  et la syllogomanie aggravée de Bjarkar.
Bjarkar, très sûr de lui, n’écouta pas ses voisins quand ceux-ci lui dirent qu’il ne viendrait jamais à bout de son capharnaüm : Coquecigrues ! («vitleysa» en islandais)
Lança-t- il à tous les dubitatifs, Foi de Bjarkar, j’y arriverai et la femme chat m’épousera !
Fort de sa détermination, Bjarkar commanda un camion benne dès le lendemain. Lendemain qui fut le premier jour du reste de sa vie. Vie qui fut complètement chamboulée après les opérations de tri, de déblayage, d’assainissement et de décoration qu’il mena en sa demeure. Demeure qui faisait désormais l’admiration de tous ! 
Quelle ne fut pas la stupéfaction des villageois lorsqu’ils virent la célèbre chanteuse au minois de chat franchir le seuil de la ferme dans les bras de Bjarkar le bec à foin !
 Bec à foin, finalement, il ne l’était pas tant que ça !

	

Jeu numéro 22

Cette semaine dans le cadre d’un  Challenge d’écriture sur son blog  L’atmosphérique, Marie nous propose  en partant du poème Mon rêve familier de Paul Verlaine de changer à notre guise les morceaux de vers en gras:

Rappel du vrai poème :

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon cœur transparent
Pour elle seule, hélas ! cesse d’être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse ? Je l’ignore.
Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore,
Comme ceux des aimés que la vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L’inflexion des voix chères qui se sont tues.

MON GATEAU PREFERE

Je fais souvent ce gâteau excellent

D’une femme inconnue repérée sur le web

Et qui n’est chaque fois, ni tout à fait le même

Ni tout à fait un autre, plus ou moins gonflé, je me comprends…

Car j’oublie parfois la levure, et mon cœur transparent

Se déchire ! Mais cela cesse d’être un problème.

Pour elle seule, je me remets à l’ouvrage

Elle seule sait m’encourager à travers l’écran.

Est-elle brune, blonde ou rousse ? Plutôt ambrée comme un flan

Son nom ? Dans mon esprit, il marmitonne

Comme ceux des stars que l’Internet entier bichonne

Son pouvoir est semblable au regard des statues

Et, pour sa voix, métallique, autoritaire et absolue, elle possède

L’inflexion des ronronnements de mon robot culinaire !

Le départ de Pierre

J’avais prévu ce séjour Poitevin des mois auparavant pour signer la vente, chez le notaire, d’une vieille bicoque que je possédais dans le même village que mes parents. Mais quelques jours avant la date,  la signature avait été repoussée, acheteur covidé.

Je m’étais longuement interrogé : maintenir ce déplacement pour rendre visite à mes vieux parents, ou bien annuler … Non, y aller quand-même ; faire mon devoir ; passer trois jours pénibles de non-dits, de regards pesants et de reproches dans la maison de mon enfance, rien que pour me dire après : C’est fait, je suis tranquille au moins pour six mois, maintenant. 

Ensuite, j’avais hésité entre la voiture et le train ; le TGV, moins cher maintenant avec la Carte Senior. Une Carte Senior… J’étais le vieil enfant de très vieux parents, mais toujours aussi terrorisé.

Non, j’irais en voiture, comme ça, une fois là-bas je pourrais prétexter des courses ou des visites aux cousins pour m’échapper, ne serait-ce que quelques heures de la demeure parentale ; sinon je serais bouclé, bloqué, incarcéré, à leur merci pendant trois longs jours : trois petits déjeuners à la chicorée moisie, trois déjeuners sur la nappe amidonnée face à leurs quatre yeux perçants, trois diners devant les informations régionales. Impossible, insupportable, insurmontable.

Je montai donc dans ma Renault 12, ne fis pas le plein à Paris pour ne pas être tenté de faire demi tour ; je prendrais de l’essence sur l’autoroute quand je serais au moins à cent kilomètres de la capitale.

Le temps était franchement désagréable, grisâtre avec des bourrasques violentes et des averses surprenantes. Ma vieille guimbarde tremblait comme une feuille à chaque fois qu’un poids lourd la dépassait, et les essuie-glaces fatigués peinaient à balayer les gouttes de pluie cinglantes sur le pare-brise. Je devais vraiment me concentrer pour conduire au son de l’autoradio qui ne parlait que de Covid, de guerre et des déprimantes élections. Je commençais à avoir très mal à la tête ; toutes les conditions d’un accident étaient réunies.

Mais après tout, si c’était ça la solution ? Plus de contraintes, plus de reproches, plus de sales moments à passer. Juste le néant…

Je décidai pourtant de m’arrêter sur la prochaine aire de repos, ou bien, était-ce ma voiture qui en avait pris l’initiative? Elle semblait soulagée de réduire sa vitesse en empruntant ce biais, ce chemin de traverse.

Un moment d’accalmie dans la tourmente et  l’hostilité.

L’aire était pourtant banale, impersonnelle et aseptisée, mais elle m’apparut comme une oasis.

Après avoir donné à boire à ma vaillante auto, je me garai, et c’est au moment où j’allais entrer dans le magasin autoroutier que je le vis, accroupi près de la porte de la cafétéria.

Il devait avoir la soixantaine, comme moi. A ses pieds, un croisé griffon somnolait. L’homme était vêtu d’un jean trop grand et d’un coupe-vent usé ; il portait la barbe, une barbe blanche de vieux loup de mer ; sa chevelure aussi était blanche, uniformément, pas comme la mienne où le brun avait encore le dessus. C’était un chat maigre, aride, buriné par les vents contraires. Ses yeux bleus délavés regardaient dans le vague, vers un avenir qu’on devinait océanique car dans ses mains sèches et brunes il serrait cet écriteau en carton :

ARCACHON

*

Quinze ans ont passé depuis ce voyage tourmenté. Je ne suis jamais retourné à Paris, et une seule fois à Poitiers, pour enfin vendre ma bicoque. Avec l’argent, j’ai acheté cette cabane de pêcheurs. Pour lui et moi.

Aujourd’hui, j’ai  les cheveux et la barbe aussi blancs que Jacques les avait. A un gros clou, son vieux coupe-vent est arrimé, et je le porte à chaque promenade venteuse que je fais dans les dunes avec le chien Jim. Sur l’unique étagère, entre deux coquilles d’huitres, trône toujours l’écriteau délavé : ARCACHON

Jeu numéro 21

Cette semaine dans le cadre d’un  Challenge d’écriture sur son blog  L’atmosphérique, Marie nous propose d’écrire un poème ou un récit à partir de la célèbre strophe suivante « Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne » en partant sur un style complètement différent de celui du poème initial.

Parodie de Demain dès l’aube… de Victor Hugo

Dimanche dès l’aube

Dimanche, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne

Je me recoucherai. Vois-tu, je sais que le carrelage est glacial

J’irai juste aux toilettes, puis me ferai un thé

Mais je retournerai  en mon lit, très longtemps…

Je me rendormirai les yeux fermés sur mes rêves

Sans rien voir du matin, je ferai « mon mauvais citoyen »

Seul, tranquille, le dos calé par les oreillers

Somnolent, et le jour sera pour moi comme la nuit

Je ne regarderai ni les infos qui tombent

Ni les voiles qui divisent les candidats à la présidence

Et quand arrivera l’heure des résultats, je mettrai dans mon bol

Une tisane d’or, pour redormir encore, des camomilles en fleur

Rappel de l’original !!

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Marinette et le loup

Consigne : Ecrire un texte qui se passera la nuit dans la montagne au XIX -ème siècle et où il sera question d’un chat, d’une jeune fille et d’un verre à pied.

Avertissement : Aucune intention politique, juste de la grosse farce !

On dit que la nuit, tous les chats sont gris, et pourtant en cette nuit d’hiver glaciale, c’était la jeune Marinette qui était grise. Grise des trois verres de vin qu’elle avait bus pour se réchauffer dans ce refuge montagnard où son père et elle faisaient escale, en chemin pour le Pic du Vautour.

Son père, le bon berger Jeannot Lassalle, avait promis Marinette à l’ogre Méchanchon qui vivait tout là-haut. S’il lui offrait sa fille en mariage, Méchanchon avait assuré qu’il ne s’attaquerait plus à aucun des moutons du troupeau et qu’il trancherait même la gorge aux jeunes loups qui s’aventureraient à le faire.

Le nez trempant dans son verre à pied (car elle l’avait long) Marinette se demandait pourquoi les verres étaient si chics en ce refuge pourtant si précaire. Alors elle se mit à songer à Peau d’âne qui avait transformé l’immonde taudis où elle logeait en une cabane raffinée pleine de dorures, d’objets précieux et de robes merveilleuses. Elle aussi rencontrerait peut-être un prince qui dévierait l’affreux destin qu’on lui réservait.

Alors que le vieux Jeannot Lassalle ronflait à même le sol près de la cheminée, Marinette décida de s’aventurer à l’extérieur, son verre à pied toujours à la main. La nuit était profonde. Aucun son, aucune lueur à part l’Etoile du Berger au-dessus de sa tête : Non, non ne me parlez plus de bergers, je vous en supplie !! Hurla-t-elle au néant avant de s’effondrer en pleurs dans la neige poudreuse qui crissa sous son poids (car Marinette était fort rondelette)

C’est alors qu’elle entendit des loups hurler au lointain : Haouou, haouou, haouou !!! Les cris semblaient se rapprocher dangereusement du lieu où Marinette était tombée. Elle essaya de se relever, mais, impossible, elle était trop grise, trop saoule même, pour tenir sur ses deux pieds. Qu’importe, dévorez-moi, bêtes sauvages, puisque de la vie, je n’ai plus rien à espérer…

C’est alors que le chef de la meute s’approcha si près de son visage, qu’elle put voir ses yeux briller dans les siens. A sa plus grande surprise, le loup se mit à lui parler dans un langage des plus châtiés :

-« Marinette, belle et blonde Marinette,  veux-tu toujours fuir ton mariage arrangé avec l’ogre Méchanchon ?

– Oh, que oui, beau loup, mais comment le pourrais-je … mon père le berger Jeannot Lassalle a tous les pouvoirs sur moi et je ne puis lui désobéir, à moins que …

– A moins que tu ne me donnes ta voix, mignonnette Marinette ! Si tu chantes pour moi, je te saupoudrerai de poudre de perlimpinpin et tu échapperas à ta funeste destinée ! Je t’emmènerai dans une contrée côtière qu’on appelle Le Touquet !

– Mais quel est donc ton nom, beau loup des neiges ?

– Manu Macroc, ma splendeur !

Alors, de sa voix la plus suave Marinette entonna la Marseillaise et le loup se transforma aussitôt en un beau prince élancé au regard bleu, au nez pointu et à la chevelure claire.

Ils se marièrent mais n’eurent aucun enfant car Marinette n’était finalement pas si jeune que ça, et que le prince Manu Macroc avait bien trop de travail à diriger le royaume de France !