À la Une

Panique à bord

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Un seau, c’est ce qu’il faudrait à Juan pour écoper l’océan qui rentre, qui s’infiltre par tous les pores de cette barque usée, pourrie. Il jette un coup d’œil à son compagnon d’infortune qui ne fait rien alors que lui se démène pour les tirer de là tous les deux. L’autre grelotte à l’avant, il regarde Juan de ses yeux creux. Il attend tout de Juan qui n’a qu’un pauvre bol pour évacuer l’eau glacée.
Autour d’eux, le monstre énorme, l’ogre océan. Il veut tout envahir, tout engloutir. Il envoie ses vagues grises comme on donne des gifles toujours plus cinglantes, toujours plus précises. La barque tangue atrocement, Juan doit lâcher le bol pour se déplacer au centre de l’embarcation, une main crispée sur chaque bord et les jambes écartées. Il ne sent plus ses pieds transis sous l’eau envahisseuse. Combien de temps va-t-il pouvoir tenir …
L’autre se recroqueville de plus en plus, il ne regarde même plus Juan. Une bête résignée.
Attrape le bol et écope ! Lui crie Juan même s’il sait que l’autre ne comprend pas sa langue. Moi, si je bouge, on chavire !
L’autre remue imperceptiblement, ses mains tremblent, ses yeux errent de droite et de gauche.
Allez, vas-y attrape ce bol sinon on va crever ! Juan donne des coups de menton en direction du petit récipient qui flotte entre eux deux comme une coquille de noix dans une mare. L’autre n’aurait qu’à tendre le bras pour s’en saisir.
Allez vas-y, tu peux nous sauver ! Juan prend les intonations les plus convaincantes pour palier le sens des mots qui échappe à l’étranger.
Lentement, les yeux de ce dernier se fixent sur ceux de Juan.
Juan a capturé son regard, Fais-le, tu peux y arriver !
Tout doucement, le long bras maigre s’avance, il glisse sur l’eau comme une anguille et attrape enfin le bol. Frénétiquement, il se met à écoper. Le bol se remplit et se vide à une cadence effrénée.
C’est ça, continue, continue !
Au fur et à mesure que la barque s’assèche, les yeux de Juan s’emplissent de larmes de joie. Mais tout à coup, voilà l’autre qui se met à crier en agitant les bras dans le ciel. Il a lâché le bol qui vient s’échouer sur le bois détrempé. Juan se retourne et voit à son tour la grande voile blanche : Un bateau ! Un bateau ! On est sauvés !

MH

Gaston et Titine sont sur un bateau

 

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Le texte court ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Sean Thoman dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 361.

 

– Mais tu es d’un plat, mon pauvre Gaston… Plat comme la surface de l’eau, plat comme un roman raté, plat comme les cheveux de ta mère, plat comme un plat à tarte, et moi je suis trop tarte de rester avec toi !
– Mais… Titine…
– Il n’y a pas de « mais » Monsieur Plat ! Tiens, je vais t’appeler comme ça maintenant ! ça ne sera pas plus tarte que Gaston après tout !
– Mais… Titine, je t’ai emmenée en bateau, le ciel est bleu, la météo est parfaite, pourquoi es-tu si méchante ?
– « En bateau » ah oui, c’est le cas de le dire ! Pour me séduire, tu as demandé à ton cousin Placide d’écrire un poème et tu m’as fait croire qu’il était de toi ! Espèce de plagiat!
– Mais… Titine, c’est parce que je t’aimais, moi …
– Et la bague de fiançailles, une bague en plastoc ! T’aurais pas pu faire un effort, non !?
– J’étais pas très riche à l’époque, tu sais bien …
– Un plâtrier …Comment ai-je pu épouser un plâtrier … J’aurais dû me douter que ce n’était pas avec un emplâtré comme toi que je serais montée au plafond, moi ! N’est-ce pas Monsieur Plat ??
– Oh, Titine tu es trop dure avec moi !
– Ah bon ? Je suis trop dure ? Et bien toi tu es trop mou ! Mou et plat comme un vieux placenta !
– Titine, si tu me plaques je me jette à l’eau !
– Eh bien plonge, vas-y plonge, mais surtout, pour une fois…évite de faire un plat !

MH

Le Rose Nippon

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Le texte court ci-dessous m’a été inspiré par cette photo inquiétante de Steven Roe dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 360.

 

J’ai toujours su que je devrais mourir là, baignée dans ce rose détestable, sous cette enseigne asiatique aux lettres agressives, traînée par les cheveux dans ce sous-sol lugubre. J’ai souffert sur le ciment irrégulier des écorchures dans mon dos, j’ai senti leur souffle alcoolisé dans ma nuque, leurs cent mains partout sur moi, leur poignard de chair plongeant dans ma chair à moi, et puis les coups, les coups, les coups… jusqu’à la délivrance finale.
Alors, quand Marie m’a proposé une sortie dans une nouvelle boite, Le Rose Nippon, au fin fond de la ville, j’ai dit : Non, je n’y vais pas, et toi non plus tu n’y vas pas. Viens plutôt passer la soirée chez moi.
Parfois les cauchemars ont du bon.

MH

Dans ma maison

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Le texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Karl Fredrickson dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 359.

 

Dans ma maison, il y avait trois fenêtres qui offraient un céleste paysage, celui des anges et de la pureté, celui du divin et de la lumière
Dans ma maison vivait un peuple de bancs qui chaque dimanche accueillait un peuple d’humains
Dans ma maison on venait pour une parole, un regard, un peu d’eau ou de pain
Ma maison sentait bon l’encens et la communion
Dans ma maison, on chantait, on priait et on se réjouissait.

Dans ma maison, il y a trois fenêtres qui ne savent plus à qui offrir leur céleste paysage
Dans ma maison vit un peuple de bancs qui n’accueille plus jamais personne
Dans ma maison on ne vient que pour prendre quelques photos, vite fait bien fait.
Ma maison est devenue inodore
Dans ma maison règne le silence et l’ennui.

Je ne reconnais plus ma maison.

MH

Le vieux chien baveux et le vieux rabat-joie

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Le  texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de  @MHL/CH dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 358.

 

On sera plus jamais trois, Noiraud… juste toi et moi.
La Germaine, elle est plus là, elle s’est noyée à cet endroit
Peut-être qu’elle en avait marre de toi, marre de moi.
Tous les dimanches on s’assoit là, sur la paroi
Toi le vieux chien baveux, moi le vieux rabat-joie.

T’as vu Germaine, j’ai mis mon habit de bourgeois
Rien que pour toi ! Je me demande si tu le vois …
Noiraud, je lui ai dit : surtout tu n’aboies pas !
Et puis, on attend là, comme à chaque fois …
Lui le vieux chien baveux, moi le vieux rabat-joie.

Germaine, elle nageait le crawl, la brasse et le n’importe quoi
Mais ce dimanche là, elle a fait quoi ?
Elle avait dit : cette fois, ne venez pas avec moi !
Alors nous, on est allés dans le bois
Toi le vieux chien baveux, moi le vieux rabat-joie

On sera plus jamais trois, Noiraud… juste toi et moi
On marche le long du fleuve, on fait les cent pas
On s’arrête, on repart, on pleure un peu, parfois.
Dis, la Germaine, pourquoi, tu nous as laissés là,
Lui le vieux chien baveux, moi le vieux rabat-joie.

MH

Le prix d’une vie

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Consigne : écrire un texte commençant par l’incipit : Une vie, et j’étais bien placé pour le savoir, vaut entre trente et quarante mille euros (On ne voyait que le bonheur, Grégoire Delacourt)

Une vie, et j’étais bien placé pour le savoir, vaut entre trente et quarante mille euros.
Pendant plus de vingt ans je m’étais spécialisé dans la vente d’êtres humains.
Avec mon équipe, on allait là où les êtres sont indigents, esseulés, désespérés, drogués même.
On les ramenait à la Clinique du Nouveau Départ pour les soigner, les soumettre à de la chirurgie esthétique ou simplement les relooker, et après, on les mettait en vente.

Soldés à trente mille pour ceux qui, malgré les soins, restaient médiocres et quarante mille pour les autres.
C’est curieux mais, jamais ils ne protestaient contre ce commerce qui s’apparentait, il faut bien l’avouer, à une foire aux bestiaux. Tellement reconnaissants d’avoir été sortis du marasme, ils acceptaient tout, docilement, comme des bêtes d’abattoir.
Les acheteurs étaient plutôt des hommes : de riches célibataires, souvent très laids, en mal de partenaires;  mais aussi quelques femmes à la recherche de mâles serviles.

Mais aujourd’hui, alors que j’avais pris ma retraite et revendu mes parts de la clinique à mon plus jeune associé, je me posais cette question entêtante : Moi, Jérôme Delabre, soixante ans, d’un physique banal et un peu trop porté sur la bouteille, combien est-ce que je vaudrais ?
Moins de trente mille euros, ça c’était certain vu mon âge. Mais que dire de mes vices? La boisson et le tabac, on pourrait peut-être m’en guérir mais la cupidité, l’égoïsme, la cruauté ? Voilà de graves défauts dont aucun psychiatre ne saurait me débarrasser.
Tous ces êtres humains que j’avais kidnappés, modifiés et vendus comme de vulgaires produits pendant des années sans le moindre remord … A tous les coups je vaudrais moins de dix mille.
Pourrais-je toutefois offrir de la tendresse à une vieille fille ou à une veuve éplorée ? Non, je n’avais jamais été capable de penser à quelqu’un d’autre que moi. Moins de cinq mille.
Et comme garde d’enfants, est-ce que je saurais supporter des gosses à longueur de journée sans perdre mon sang froid ? Non, je les balancerais par la fenêtre aux premières pleurnicheries. Moins de mille.
Serais-je alors capable d’effectuer des corvées ménagères pour être proposé comme homme à tout faire ? Impossible, j’avais toujours eu mes propres domestiques et n’y entendais rien en aspirateurs. Moins de cinq cents.

Et si je mourrais et que l’on vendait mon corps à la science pour sauver des vies ? Même pas …
Mes yeux sont viciés par toutes les horreurs qu’ils ont vues.
Mes poumons encrassés par tous les cigares qu’ils ont fumés.
Mon foie détraqué par tout le whisky qu’il a filtré.
Mon cœur atrophié par tout l’amour qu’il n’a pas donné.

Ma vie à moi, elle vaut zéro.

MH

Tortures géographiques

BURRRRRRRRRRRRRR

Le texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de MLN / CH dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 357. Thème imposé: géographie.

Il était grand, gros, gigantesque, le prof de géo, presque aussi effrayant que sa matière !
Avec sa blouse blanche, il ressemblait à un boucher ! D’ailleurs, n’était-ce pas ce qu’il s’évertuait à faire : débiter ses élèves en petits morceaux …
J’étais l’une de ses malheureuses victimes de onze ans. Timide, mal dans ma peau et plutôt réfractaire aux secrets des cartes, je présentais le profil idéal pour ce bourreau des salles de classe.
Ce mardi-là, la France était particulièrement rébarbative, c’était la carte muette des fleuves, des rivières et de leurs affluents qu’il fallait tous identifier sans la moindre erreur.
Le sadique nous faisait passer au tableau dans l’ordre alphabétique de nos noms de famille et c’est par ces mêmes patronymes qu’il nous interpellait, filles comme garçons, abrupte, froid, brutal et sans aucune fioriture.
Les noms de mes condisciples se succédaient à toute allure et malgré les nombreux M et S de la liste, je voyais l’ombre du T se profiler dangereusement.
Bon nombre de mes compagnons de souffrance avaient été renvoyés à leur place avec des réflexions vexantes et déstabilisantes du genre :

LOUCHARD, tu louches sur le Rhône ou sur le Rhin ?

MISERE, tu portes bien ton nom !

Ou pire encore, à une camarade un peu ronde dont la pompe à vélo dépassait toujours de son cartable:

POTRIN, tu vas en avoir bien besoin de ta pompe pour te r’gonfler !

Puis, soudain, c’est à moi qu’il s’adressa, de sa voix métallique : TOURNIER ! A ton tour !
La leçon, je l’avais apprise sur le bout de mes doigts tremblants, et pourtant, face au tyran, j’avais l’impression de ne plus rien savoir.
C’est flageolante que je fis face à la carte suspendue au tableau noir par un crochet de boucher; tous ces petits traits zigzagants, plus ou moins longs qui se jetaient soit dans la mer soit les uns dans les autres n’avaient plus pour moi d’autre noms que celui de SERPENTS. Des serpents prêts à m’inoculer leur venin.

TOURNIER, j’entends tes os qui claquent !

Etait-ce bien la réflexion à faire pour m’insuffler l’inspiration des cours d’eau français ? Le claquement de mes dents qui, lui, était bien réel, ne fit que s’amplifier suite à cette remarque humoristique, et c’est meurtrie et honteuse que je regagnai mon pupitre.

Aujourd’hui j’en ris mais je me souviens encore des nuits blanches et des crises d’angoisse précédant ces séances de tortures géographiques !

MH

Dernière fricassée

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Voici donc mon ultime demeure, le panier d’un de ces satanés bipèdes… Si j’avais imaginé ça !
Avant cette cueillette fatale, je coulais une spongieuse vie sous le chêne avec mes semblables et aussi quelques cousines malfaisantes, les amanites phalloïdes et les tue-mouches (qui sont toutefois bien utiles pour débarrasser le secteur des insectes gênants) Ces vénéneuses ne sont jamais ramassées par l’homme ; il se garde bien d’y toucher… tandis que moi, le cèpe de Bordeaux, roi des champignons, j’ai été arraché à ma terre natale et kidnappé sans ménagement. Faut-il donc être toxique pour avoir le droit de vivre ? Sans me faire mousser, je pense avoir posé-là une grande question philosophique…
Le panier d’osier serait-il le dernier salon où l’on cause avant la fin ? Un peu comme le panier à salade pour les délinquants humains, sauf que nous, les cèpes, nous n’avons rien à nous reprocher ! Les châtaignes ont à peu près le même discours que moi, l’homme les ramasse à la pelle mais épargne les glands indigestes ; quelle injustice ! Ces diables à deux pieds ne pensent même pas à leurs cochons qui pourraient s’en régaler. Il faut dire qu’ils maltraitent encore plus leurs animaux que nous, les végétaux ; ça c’est le chêne qui me l’a dit et je lui tire mon chapeau pour sa maîtrise du renseignement : ses branches les plus hautes voient tout ce qui se passe dans la région et transmettent au tronc, qui, lui, fait passer les infos aux racines qui nous les communiquent à nous, le petit peuple de la mousse et des fossés. Ainsi, quand j’apprends des atrocités comme leur ardeur à couper les forêts ou à polluer les rivières, je me mets à transpirer de toutes mes spores, je tremble sur mon pied, et je finis par appeler mon ami l’hallucinogène pour me détendre un peu.
Cependant, aujourd’hui, je sais que ce n’est pas de la folie des hommes que je périrai, mais de leur insatiable gourmandise ! Cuit à vif comme leur Jeanne d’Arc ou écartelé comme leur Ravaillac, voilà ce qui m’attend. Alors, entouré de mes petits frères sacrifiés et des brunes châtaignes qui subiront à coup sûr un cruel dépeçage, je réciterai donc ma dernière prière :

Notre Bolet qui êtes au-dessus de la canopée
Que votre nom soit bien truffé
Que votre règne éclose
Que votre volonté soit faite dans les forêts comme dans les prés
Ne nous soumettez pas au bolet de Satan,
Priez pour nous pauvres comestibles
Maintenant et à l’heure de l’ultime fricassée.

MH

La voix libérée

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Le texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de l’Austrian National Library dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 356.

 

Quand je me suis enfin décidée, lui il a dit : tu n’y arriveras pas !
Tu n’es pas assez jeune, pas assez belle, reste donc là…
Moi, je n’ai pas répondu, mais j’ai pensé : ma voix, ma voix…
Et puis, il a recommencé : ici tu as de quoi t’occuper, il y a MOI,
Le linge, la vaisselle, les courses et tout le fatras.
Moi, j’ai fermé les yeux et j’ai pensé : ma voix, ma voix…
Quand j’ai bouclé ma valise, il m’a serré très fort le bras,
Tu ne crois pas que je vais te laisser partir comme ça !
Moi j’ai serré les dents et j’ai pensé : ma voix, ma voix…
Tu n’es qu’une bonne à rien, juste ma bonne à MOI !
Moi, j’ai claqué la porte, et j’ai crié : aboie ! Aboie !
Arrivée au studio, ils m’ont fait lire à haute voix
C’était ce joli conte… La princesse au petit pois.
Ils sont restés bouche bée, puis ils ont dit : quelle voix, quelle voix !
Moi, j’ai juste souri, j’avais enfin trouvé ma voie… ma voie !

MH

Le révolutionnaire, sa femme et la révolution

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Lui – Tu me demandes d’être poli ? Tu me demandes d’être poli ? Bé justement, moi, j’ai envie d’être MALpoli ! Malpoli comme le diamant brut, comme les tessons de bouteilles sur la plage avant que les vagues les rudoient, les roulent et les retournent pour les rendre lisses, hyper lisses. Alors merde, putain, fais chier !

Elle – Oh, oh STOP !! Tu me choques là ! Tu passes du lyrisme à la vulgarité avec une facilité, c’est dingue …

Lui – Je te choque ? Je te choque ? Eh bé, tant mieux, parce que justement c’est d’un choc dont tu as besoin, toi qui vois tout en rose, toi qui te crois au pays de « Oui-oui » Il va falloir te mettre au jus un de ces jours! Au jus de la violence, des inégalités, de la corruption et de toute cette merde qui nous submerge !

Elle – Et pourquoi ? A quoi ça servirait puisque je ne pourrais rien y changer. Toute cette boue, faudrait que je la ramasse toute seule ? Qui m’aiderait ? Sûrement pas toi, tu ne sais même pas mettre ton assiette au lave-vaisselle ! Tout ce que tu sais faire, c’est hurler avec tes gros mots et ta grande bouche ! Mais tu n’agis jamais, tu es bien trop paresseux ! Ta révolte, c’est quand tu n’as rien de mieux à faire… mais si les copains t’appellent pour aller voir un match de foot ou boire une bière en ville, tu les remets à plus tard, tes belles théories révolutionnaires ! Alors je vais te dire un truc, et que ça rentre bien dans ta petite caboche : Moi je n’ai peut-être pas d’idées grandioses pour ce pays ni pour le monde, mais tout ce que je fais chaque jour dans l’univers réduit de notre maison, c’est pour toi et pour les petits. Alors une fois que j’ai tout nettoyé, tout rangé, tout préparé pour votre retour dans un cocon chaleureux après votre journée au dehors, j’ai bien le droit, moi, de m’affaler sur le canapé avec mon plaid, ma tablette de chocolat au lait, et de regarder « La petite maison dans la prairie » si ça me plait ! Alors, Capiche, pt’ite tête??

Lui – Euh … Oui chérie … Repose-toi, je vais mettre le couvert …

MH

Décompte

 

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Le petit texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de The New York Public Library dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 355.

 

Chaque dimanche tu fais les comptes, mais les comptes de quoi ? De notre vie ?
Les comptes d’apothicaire, les comptes des je t’aime, les comptes des courses, des travaux, des cadeaux de Noël, les contes de Perrault lus aux enfants et aux petits-enfants, les comptes des engueulades et des réconciliations, parfois… Les comptes des bouteilles bues et à boire, les comptes des rires et des journées sans se parler, les comptes des charges et des charnelles étreintes. Les comptes des matins pluvieux, des vacances à la mer et des vacances sans mer. Les comptes des jours passés et des jours qui restent, les comptes d’avant la tombe ou le brasier. Mais parfois tu comptes mal car tu ne sais pas ce qu’a dit le médecin et que je t’ai toujours tu, le compte des globules rouges et des globules blancs, le compte des mois, des semaines, des jours…
Alors retourne-toi tant que je suis encore là, debout, derrière toi, prêt pour le décompte, prêt à te dire que tu as toujours compté et que tu compteras encore jusqu’à la fin du conte.

MH