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Le derrière d’en face

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Elle se nudifie, elle se défroque, elle s’apoilise toute la journée, mais moi, pauvre bougre, qu’est-ce que j’y peux ? Je lui dis :
– « Albertine, les voisins n’ont pas besoin de voir ton derrière !
– Et pourquoi donc ? Pourquoi les priver d’une telle œuvre d’art ?
Je n’en peux plus, je suis à court d’arguments. Je lui ai acheté un paravent, un peignoir, des rideaux occultants. Elle a tout bazardé :
– A la benne, tes trucs et tes machins frustrants ! Au rebus tes cache-misères ! Moi j’ai envie de le montrer, mon derrière ! Il est dodu, ferme et rosé, il a tout pour plaire !
Alors je suis allé chez le voisin d’en face, je voulais lui dire d’installer des stores pour s’éviter un spectacle pas convenable. C’était un jeune type, genre artiste. Je lui ai dit :
– Je suis votre voisin d’en face …
– Sans blague ? Alors vous êtes le mari du derrière ?!
J’ai pas répondu, mais j’ai senti le chaud monter, monter, jusqu’à mes oreilles et je me suis vu tout rouge dans le grand miroir de son vestibule.
– Mais enfin, vous devriez être fier !
Et puis il m’a montré ses photos, ses esquisses et ses tableaux : le derrière d’Albertine, assis, couché, debout, en marche, culotté, déculotté, stringué, pantalonné … Le joufflu de ma femme sous toutes les coutures.
– Il est superbe, n’est-ce pas ? Mon seul désir serait de le voir de plus près…
Alors moi, j’ai sauté sur l’occasion :
– Je vous fais cadeau de l’original en échange de vos photos, vos esquisses et vos tableaux! »
Depuis ce jour, l’artiste d’en face vit chez moi avec le derrière de ma femme et moi j’ai emménagé chez lui.
Je ne regarde jamais par la fenêtre. J’ai vendu toutes les photos, les esquisses et les tableaux, et je suis devenu milliardaire !

MH

 

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Panique à bord

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Un seau, c’est ce qu’il faudrait à Juan pour écoper l’océan qui rentre, qui s’infiltre par tous les pores de cette barque usée, pourrie. Il jette un coup d’œil à son compagnon d’infortune qui ne fait rien alors que lui se démène pour les tirer de là tous les deux. L’autre grelotte à l’avant, il regarde Juan de ses yeux creux. Il attend tout de Juan qui n’a qu’un pauvre bol pour évacuer l’eau glacée.
Autour d’eux, le monstre énorme, l’ogre océan. Il veut tout envahir, tout engloutir. Il envoie ses vagues grises comme on donne des gifles toujours plus cinglantes, toujours plus précises. La barque tangue atrocement, Juan doit lâcher le bol pour se déplacer au centre de l’embarcation, une main crispée sur chaque bord et les jambes écartées. Il ne sent plus ses pieds transis sous l’eau envahisseuse. Combien de temps va-t-il pouvoir tenir …
L’autre se recroqueville de plus en plus, il ne regarde même plus Juan. Une bête résignée.
Attrape le bol et écope ! Lui crie Juan même s’il sait que l’autre ne comprend pas sa langue. Moi, si je bouge, on chavire !
L’autre remue imperceptiblement, ses mains tremblent, ses yeux errent de droite et de gauche.
Allez, vas-y attrape ce bol sinon on va crever ! Juan donne des coups de menton en direction du petit récipient qui flotte entre eux deux comme une coquille de noix dans une mare. L’autre n’aurait qu’à tendre le bras pour s’en saisir.
Allez vas-y, tu peux nous sauver ! Juan prend les intonations les plus convaincantes pour palier le sens des mots qui échappe à l’étranger.
Lentement, les yeux de ce dernier se fixent sur ceux de Juan.
Juan a capturé son regard, Fais-le, tu peux y arriver !
Tout doucement, le long bras maigre s’avance, il glisse sur l’eau comme une anguille et attrape enfin le bol. Frénétiquement, il se met à écoper. Le bol se remplit et se vide à une cadence effrénée.
C’est ça, continue, continue !
Au fur et à mesure que la barque s’assèche, les yeux de Juan s’emplissent de larmes de joie. Mais tout à coup, voilà l’autre qui se met à crier en agitant les bras dans le ciel. Il a lâché le bol qui vient s’échouer sur le bois détrempé. Juan se retourne et voit à son tour la grande voile blanche : Un bateau ! Un bateau ! On est sauvés !

MH

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Braderie de nuages

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Depuis des mois, j’avais envie d’en acheter. La « nuagerie » se trouvait au coin de mon arc-en-ciel et je passais tous les matins devant, en allant au paradis. La petite échoppe était tenue par un sale vieux bonhomme, le père Tempête. Avec lui, jamais de réductions ni de promotions, un nuage confetti coûtait cent gouttes de pluie, un nuage douceur, cent vingt et cela pouvait aller jusqu’à mille pour un nuage troupeau de moutons ou un meringué.
Jamais je n’aurais assez de gouttes dans mon porte-pluie pour m’offrir mon rêve …
Mais un beau jour, un miracle se produisit, l’enseigne de la boutique avait changé. Au lieu de « nuagerie » il était écrit : « Cumulez vos cumulus pour pas une goutte de plus »
Le marchand aussi était différent, un lutin souriant, vêtu de laine, coiffé d’écume et les joues recouvertes d’une opulente barbe à papa.
– Entrez ! Entrez dans mon ciel ouaté, jeune homme, osez vagabonder dans ma poussière de liberté, parmi mes cumulus soldés !
– Soldés ?
– Soldés, bradés, donnés, tout ce que vous voudrez !
Alors je me mis à déambuler parmi les nuages, je les touchais, je les palpais, je m’allongeais sur les plus gros, je caressais les plus petits, je murmurais aux plus jolis et les entassai dans mon caddie comme des toisons de paradis.
Je noyai le gentil marchand sous une vague de mercis et retournais sur mon arc en ciel.
Mais, quand les couleurs de mon logis me virent chargé de tout ce blanc, elles pâlirent… légèrement. Alors mes nuages se mirent à pleurer, ils se sentaient mal accueillis, rejetés. Leurs larmes de pluie ne pouvaient plus s’arrêter de couler sous le soleil. Et plus les larmes coulaient, plus mon arc-en-ciel rougeoyait, verdissait, bleuissait, se parait d’oranger, de doré et d’un violet profond. Jamais il n’avait été aussi éclatant.
Sous ce flamboiement, mes nuages en étaient réduits à l’état de baudruches dégonflées, de peaux grisâtres, de bedaines crevées d’où suppuraient quelques dernières gouttelettes. Je repensais à ma grand-mère qui disait toujours : « On ne peut pas tout avoir » et moi, qui lui répondais « Mais on peut toujours essayer … »

MH

Le révolutionnaire, sa femme et la révolution

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Lui – Tu me demandes d’être poli ? Tu me demandes d’être poli ? Bé justement, moi, j’ai envie d’être MALpoli ! Malpoli comme le diamant brut, comme les tessons de bouteilles sur la plage avant que les vagues les rudoient, les roulent et les retournent pour les rendre lisses, hyper lisses. Alors merde, putain, fais chier !

Elle – Oh, oh STOP !! Tu me choques là ! Tu passes du lyrisme à la vulgarité avec une facilité, c’est dingue …

Lui – Je te choque ? Je te choque ? Eh bé, tant mieux, parce que justement c’est d’un choc dont tu as besoin, toi qui vois tout en rose, toi qui te crois au pays de « Oui-oui » Il va falloir te mettre au jus un de ces jours! Au jus de la violence, des inégalités, de la corruption et de toute cette merde qui nous submerge !

Elle – Et pourquoi ? A quoi ça servirait puisque je ne pourrais rien y changer. Toute cette boue, faudrait que je la ramasse toute seule ? Qui m’aiderait ? Sûrement pas toi, tu ne sais même pas mettre ton assiette au lave-vaisselle ! Tout ce que tu sais faire, c’est hurler avec tes gros mots et ta grande bouche ! Mais tu n’agis jamais, tu es bien trop paresseux ! Ta révolte, c’est quand tu n’as rien de mieux à faire… mais si les copains t’appellent pour aller voir un match de foot ou boire une bière en ville, tu les remets à plus tard, tes belles théories révolutionnaires ! Alors je vais te dire un truc, et que ça rentre bien dans ta petite caboche : Moi je n’ai peut-être pas d’idées grandioses pour ce pays ni pour le monde, mais tout ce que je fais chaque jour dans l’univers réduit de notre maison, c’est pour toi et pour les petits. Alors une fois que j’ai tout nettoyé, tout rangé, tout préparé pour votre retour dans un cocon chaleureux après votre journée au dehors, j’ai bien le droit, moi, de m’affaler sur le canapé avec mon plaid, ma tablette de chocolat au lait, et de regarder « La petite maison dans la prairie » si ça me plait ! Alors, Capiche, pt’ite tête??

Lui – Euh … Oui chérie … Repose-toi, je vais mettre le couvert …

MH

Décompte

 

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Le petit texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de The New York Public Library dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 355.

 

Chaque dimanche tu fais les comptes, mais les comptes de quoi ? De notre vie ?
Les comptes d’apothicaire, les comptes des je t’aime, les comptes des courses, des travaux, des cadeaux de Noël, les contes de Perrault lus aux enfants et aux petits-enfants, les comptes des engueulades et des réconciliations, parfois… Les comptes des bouteilles bues et à boire, les comptes des rires et des journées sans se parler, les comptes des charges et des charnelles étreintes. Les comptes des matins pluvieux, des vacances à la mer et des vacances sans mer. Les comptes des jours passés et des jours qui restent, les comptes d’avant la tombe ou le brasier. Mais parfois tu comptes mal car tu ne sais pas ce qu’a dit le médecin et que je t’ai toujours tu, le compte des globules rouges et des globules blancs, le compte des mois, des semaines, des jours…
Alors retourne-toi tant que je suis encore là, debout, derrière toi, prêt pour le décompte, prêt à te dire que tu as toujours compté et que tu compteras encore jusqu’à la fin du conte.

MH

Plaintes et plinthes

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Texte court à partir de l’incipit : « Il y aura toujours quelqu’un pour repeindre les plinthes » Tiré du roman de Laurent Mauvignier : Apprendre à finir.

« Il y aura toujours quelqu’un pour repeindre les plinthes » disait le chef Mathieu. Mais pourquoi c’est toujours moi ? Un boulot ingrat, à genoux sur le plancher. J’ai mal au dos, j’ai mal aux jambes mais tout le monde s’en fiche ! Le chef, lui, il choisit toujours les murs, je dirais même le milieu des murs, pour que son bras n’ait pas à se tendre à plus de soixante centimètres au-dessus ni au-dessous de son coude ! Le trop haut il le fait faire par Gérard le géant et le trop bas par Basile de nabot. Finalement, il n’y a que moi, Pierrot, qui ai hérité d’un boulot contre nature ! Le chef, lui, il peint en chantant du Claude François à tue-tête, Gérard et Basile, ils font les Claudettes en se tortillant sur leurs immenses ou minuscules gambettes,  pinceaux et brosses à la main. Et moi, je geins… je me plains de mes plinthes ! Comment est-ce que je pourrais chanter, tout contorsionné que je suis ?
Il a de la chance de dominer, Gérard, et ça lui arrive de peindre des ciels étoilés au plafond même quand c’est pas prévu dans la contrat. Basile, lui, il fait des frises au ras de mes plinthes, c’est souvent le petit poucet qui émiette son pain, ou les sept nains qui rentrent du boulot, hé ho, hé ho…ça fait joli dans les chambres d’enfants, moins dans les salles à manger, mais les gens n’osent rien dire à cause de la petitesse de Basile.
Un jour, une belle cliente rousse a donné ses directives : Je veux que tout soit blanc, comme dans une clinique, blanc, propre et aseptisé, comme ça, si un jour je suis hospitalisée, je me sentirai comme à la maison ! Et puis, mes cheveux ressortiront bien sur le blanc, vous ne croyez pas ? Moi j’ai pas osé répondre, d’ailleurs je crois qu’elle nous avait même pas remarqués, Basile et moi, planqués derrière Gérard et lui non plus d’ailleurs, perché six têtes au-dessus d’elle. Elle n’avait vu que le chef Mathieu qui était devenu aussi rouge que les cheveux de la dame et avait bégayé : Voui, voui voui, Madame…, le nez dans les souliers. Moi, j’ l’avais jamais vu comme ça, d’habitude c’est un vrai chef qui crie ou qui chante, mais là… un pauvre souriceau.
Au fait, ça sert à quoi les plinthes ? C’est comme les queues des radis, ça sert à rien ! Et si elles n’existaient pas, les plinthes ? Si Basile, il passait le pinceau jusqu’au plancher, ce serait pas mieux ? Et puis ça lui donnerait de l’importance au petit ; la sensation d’être un grand qui finit bien tout son mur, lui qui a jamais réussi à finir sa soupe.
Ou alors… Si on les passait à l’as, les plinthes ? On laisserait le chef Mathieu en tête-à-tête avec la belle rousse et puis Gérard, Basile et moi on partirait à la pêche dans un joli coin de campagne où la nature a déjà peint le décor à notre place et où on n’aurait plus qu’à se tourner les pinceaux en attendant le poisson !

MH

Lasso 2020

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Le mini texte ci-dessous m’a été inspiré par cette spectaculaire photo de Simon Zhu dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 354.

Cette année, j’ai demandé pour mes étrennes un lasso pas comme les autres, j’en avais assez du cuir et de la corde, plus envie d’attraper des vaches, des buffles ou même des chevaux sauvages, mes ambitions ont monté d’un cran ; alors je l’ai voulu pétillant, étincelant, enflammé et surpuissant mon lasso, pour enlacer les villes, les ponts, les mers, l’amour, la vie, les étoiles et tout ce qui est beau dans l’univers. Quand vous me reverrez après Noël, je ne serai plus jamais seul, je possèderai tout ce qu’un homme peut désirer et comme j’aurai aussi capturé l’amitié, je vous en ferai tous profiter.

MH

Apollon et Vénus

 

Apolon et Venus

– Et non, je te le rendrai pas !
– S’il te plait, Apollon …
– Je le garde, nananère, tu l’auras pas, nanana !
– Mais j’ai l’air de quoi, moi, sans mon soutien gorge ?
– D’une fille qui fait du monokini, tout simplement.
– Mais, on n’est pas à la plage, là, on fait la déco d’un tombeau !
– Bé, justement, ça égaye un peu une femme nue sur un tombeau, tu trouves pas ?
– S’il te plait, rend le moi !
– Bon, d’accord Vénus mais à condition que tu me dises que j’ai de beaux muscles !
– Oui …T’es beau… Tout le monde le sait que t’es un beau gars musclé Apollon, et avec une belle tête bouclée en plus !
– Tiens !
– Mais c’est pas mon soutien-gorge, ça, c’est un bouquet de roses ….
– Bé oui, évidemment, j’aurais jamais osé te piquer ton soutif, moi !
– Mais alors, c’est qui qui me l’a chipé ??
– Réfléchis un peu, quand tu es allée te baigner à la rivière …
– Oui… ?
– Y avait pas Satyre dans le coin par hasard ??
– Peut-être bien que si, il est toujours planqué derrière les buissons celui-là, et avec ses pieds de bouc, on l’entend jamais arriver.
– Bon, bé à coup sûr, c’est lui. Mais, Vénus, tu en dis quoi de mon bouquet ?
– J’en dis qu’il est pas mal, et puis, j’aime bien les surprises, moi.
– Alors, tu veux bien m’épouser ?
– Ok, mais avant ça il va falloir que tu me payes une nouvelle garde-robe !

MH

Le pèlerinage de la discorde

Marinade d'histoires

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Un pèlerinage en famille, c’était la dernière idée de tata Huguette : ça va nous ressouder, Virginie. On se voit trop peu ces temps-ci, ce sera l’occasion de nous retrouver tous, dans l’effort, le partage et le dénuement, ça va être formidable ! On marchera de Lille à Saint Jacques, j’ai déjà réservé tous les gîtes.
Alors moi, je lui ai demandé ce qu’il fallait emporter.
Ton courage, ta brosse à dents, ta foi, deux culottes, trois paires de chaussettes, un tee-shirt de rechange, ton duvet et tes chaussures de marche, ça sera amplement suffisant!
Apres son coup de fil, je me suis assise devant ma coiffeuse et j’ai pleuré ; tous ces petits pots de vernis fluorescents, ces rouges à lèvres veloutés, ces crèmes ruineuses ne seraient donc pas du voyage …Et dans mon armoire, cette robe à fleurs vaporeuse, cette veste en soie turquoise et ces escarpins aux…

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Le chou rouge

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Ce matin au marché, j’ai acheté un chou rouge. J’avais envie de le cuisiner à la flamande avec des pommes et des oignons. Mais depuis qu’il trône sur la table de ma cuisine, je ne puis me résoudre à le couper, le pourfendre, le sacrifier. Il est si magnifique, mon chou rouge ! Sa superbe couleur aubergine, sa rondeur parfaite, sa texture aussi fine que la peau d’un nouveau-né, les rainures de ses feuilles semblables à des veines… Il est presque humain, comment oserais-je le dévorer ? Je ne suis pas cannibale ! Pourtant je n’ai rien d’autre dans mon garde-manger et la faim me tenaille …Mais non, non, il est trop beau, la perfection faite légume, et il a l’air si chou ce malheureux condamné à mort.
C’est curieux, la semaine dernière je n’ai eu aucun mal à faire bouillir son cousin le chou-fleur. Aucune pitié pour sa chair charnue aux bouquets blonds. Je l’ai même fait souffrir pendant plus de trois jours dans l’enfer glacé de mon réfrigérateur avant de l’achever dans la cocotte pleine d’eau bouillante. Et je n’ai pas eu de remords, c’est atrocement injuste quand on y pense. Je me demande comment je me comporterais face à un chou vert ou un chou blanc, je n’en ai encore jamais cuisiné, mais je pense que je serais impitoyable.

Le chou rouge est vraiment le roi des Brassicacées !

MH

Petite questionnette : Et vous, quelle sorte de chou auriez-vous le plus de remords à pourfendre ?

Le Père Noël et son fiston

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-Cette année je me sens trop vieux et fatigué pour cette tournée mondiale. J’ai envie d’aller me reposer au soleil ! Il va falloir que tu prennes le relais, mon fils…

-Mais… Je ne m’en sens pas du tout capable ! D’abord, comment fais-tu pour loger tous les cadeaux dans ton traîneau ?

-Pas de soucis : je les pose un à un à l’arrière et le lutin vert les compresse pour les rendre aussi plats que des crêpes !

– Et comment prendre mon envol au dessus des nuages ?

– Aucun problème, tu demanderas au lutin bleu de te saupoudrer de farine magique.

– Mais comment effectuer une si longue tournée en une seule nuit ?

– Pas d’inquiétude : le traîneau a le turbot et les rennes ont suivi les cours de Flash, le fameux étalon de course !

– Mais, je ne pourrai jamais me glisser par les conduits de cheminée ?

– Bien sur que si, je suis beaucoup plus grassouillet que toi et j’y suis toujours arrivé : il te suffira d’enfiler le corset de la Mère Noël et ta silhouette s’affinera en un clin d’œil !

– Et tous ces cadeaux …Comment savoir à qui ils sont destinés ?

– Rien de plus simple : quand tu arriveras au pied du sapin, les paquets de la famille sauteront tout seuls hors de la hotte pour plonger dans les petits et grands souliers.

-Et comment me nourrirai-je pendant ce long périple ?

– Aucune angoisse sur ce point, les bambins déposent toujours des mandarines au pied de l’arbre, les papas, un petit verre d’eau-de-vie revigorant et les mamans de délicieux biscuits faits maison.

– Bon, je me sens prêt, mais j’ai une dernière question à te poser : Et si les enfants me surprennent ?

-Et bien, c’est simple : Ils se diront que le Père Noël a rajeuni cette année et ils t’inviteront peut-être à jouer !

MH

Sans contact

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Les familles décomposées, sans repères
Les animaux abandonnés, sans caresses
Les couples qui se croisent sans un mot
Comme des cartes de crédit, sans contact

Les amis séparés par leurs écrans, sans paroles
Les jeunes qui délaissent les vieux, sans s’intéresser
Le paiement au supermarché, sans caissières
Un regard dans le vide, sans expression

Les injures dans les transports, sans excuses
Les déchets au fond des mers, sans scrupules
Les aliments sans gluten, sans sucre, sans gras
La vie sans sel, sans goût, sans quête…

Et tous ceux qui partent en Inde pour qu’ Amma les prenne dans ses bras.

MH