Jeu numéro 25

Image par No-longer-here de Pixabay

Cette semaine dans le cadre d’un  Challenge d’écriture sur son blog  L’atmosphérique, Marie nous propose  d’inventer un texte à partir d’une citation d’Alain Mabanckou. 

Variations autour de la citation d’Alain Mabanckou : « Pour bien écrire, il faut savoir vivre et revivre ses souvenirs »

Pour bien lire, il faut savoir ouvrir et rouvrir ses livres

Pour bien se salir, il faut savoir courir et bondir dans la suie

Pour bien s’enrichir, il faut savoir remplir sa tirelire

Pour bien obéir, il faut savoir aplanir et contenir ses idées

Pour bien mentir, il faut savoir retenir et travestir la vérité

Pour bien choisir, il faut savoir réfléchir et éviter le pire

Pourbien et Crire fautaient pour savoir vivre, sous un menhir

Pour bien séduire, il faut savoir sourire et conquérir

Pour bien crier, il faut faire vibrer et re vibrer ses soupirs

Pour bien vivre, il faut savoir suivre et poursuivre ses envies

Pour bien murir, il faut savoir investir, bâtir et construire

Pour bien chérir, il faut savoir nourrir puis affranchir ses petits

Pour bien vieillir, il faut savoir rire, embellir et fleurir  

Pour bien se souvenir, il faut savoir écrire et réécrire ses pensées

Pour bien mourir, il faut savoir pâlir, flétrir et partir.

Jeu numéro 24

Pourquoi ? Peut-être…

Pourquoi les poignées de portes vous attrapent-elles par la manche quand vous passez ?

Peut-être pour vous confier un secret …

Pourquoi les motocyclettes vrombissent-elles ?

Peut-être pour draguer les vélos…

Pourquoi les pinces à épiler s’emparent-elles de la peau et pas du poil ?

Peut-être pour épargner un condamné…

Pourquoi les oiseaux ne manifestent-ils pas contre le sifflement des bouilloires ?

Peut-être par solidarité…

Pourquoi la machine à laver se met-elle à ronronner quand on va se coucher ?

Peut-être pour qu’on vienne la câliner…

Pourquoi les boucles d’oreille refusent-elles de rentrer dans les trous quand on est pressées ?

Peut-être pour faire la grasse matinée dans le coffre à bijoux…

Pourquoi les imprimantes ne répondent-elles pas aux ordinateurs ?

Peut-être pour marquer leur indépendance…

Pourquoi les carottes cuisent-elles moins vite que les pommes de terre ?

Peut-être pour profiter plus longtemps du bain bouillant et salé…

Pourquoi les tableaux noirs sont-ils verts ?

Peut-être pour nous faire espérer de bonnes notes …

Pourquoi les tables des guinguettes sont elles bancales ?

Peut-être pour nous faire valser…

Pourquoi les bulles de l’eau gazeuse partent-elles si vite ?

Peut-être pour voyager…

Pourquoi les yeux de mon chat sont-ils verts à l’ombre et jaunes au soleil ?

Peut-être pour me charmer…

Pourquoi l’aspirateur a-t-il toujours faim et le scooter toujours soif ?

Peut-être parce qu’on ne les invite jamais au restaurant…

Pourquoi les lutins s’amusent-ils à cacher les télécommandes, les portables, les lunettes et les clefs ?

Peut-être parce qu’il n’y a plus assez de bois à couper dans les forêts…

Jeu numéro 23

Jeux de mots

Définitions fantaisistes :

Schizophrène : zozo qui a perdu les pédales parce qu’il n’avait pas freiné  sur la piste de ski

Utopie : voir des pies picorer dans le carré V.I.P d’une salle de concert

Boulevard : rue où des dames boulottes bavardent en cheminant

Littérature : art qui peut se pratiquer au lit sans faire de ratures

Vocabulaire : vocable qui donne une bulle d’air

Manuscrit : livre qui peut se rédiger nu et qui supporte les cris

Humour : qualité qui se hume mieux que l’amour

Neptune : Il ne manque pas de tunes, surtout dans son bassin de Versailles

Quotidien : Il manque de cotillons

Voyelle : c’est sa voix à elle qui les prononce le mieux

Mots chimères :

Un lustrami : personne éclairée de votre entourage

Un arbrabarbe : grand monsieur poilu

Un chapique : félin toutes griffes dehors

Un cranastiqué : personne chauve

Un radiateurailé : convecteur qui réchauffe toutes les pièces en voletant dans la maison

Une brebicorne : dame mouton portant chapeau

Un carnettoyeur : carnet qui se gomme tout seul

Un avocarrousel : homme de loi qui apprécie les manèges

Ecrire une poésie contenant 2 mots d’Henri Michaux: « Marmine » et  » Espudrine  »  https://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Michaux

Marmine, Ô Marmine

Ton minois de mutine

M’espudrine, m’amourine

Je voudrais t’embralaçer

Te saupoudrer de farine

Te kidnavoyager jusqu’en Chine

Ô Marmine, ma divine

Je me marre de tes mines

Et je devine, ma minette

Que toi aussi, tu m’amourettes.

Jeu numéro 22

Cette semaine dans le cadre d’un  Challenge d’écriture sur son blog  L’atmosphérique, Marie nous propose  en partant du poème Mon rêve familier de Paul Verlaine de changer à notre guise les morceaux de vers en gras:

Rappel du vrai poème :

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon cœur transparent
Pour elle seule, hélas ! cesse d’être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse ? Je l’ignore.
Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore,
Comme ceux des aimés que la vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L’inflexion des voix chères qui se sont tues.

MON GATEAU PREFERE

Je fais souvent ce gâteau excellent

D’une femme inconnue repérée sur le web

Et qui n’est chaque fois, ni tout à fait le même

Ni tout à fait un autre, plus ou moins gonflé, je me comprends…

Car j’oublie parfois la levure, et mon cœur transparent

Se déchire ! Mais cela cesse d’être un problème.

Pour elle seule, je me remets à l’ouvrage

Elle seule sait m’encourager à travers l’écran.

Est-elle brune, blonde ou rousse ? Plutôt ambrée comme un flan

Son nom ? Dans mon esprit, il marmitonne

Comme ceux des stars que l’Internet entier bichonne

Son pouvoir est semblable au regard des statues

Et, pour sa voix, métallique, autoritaire et absolue, elle possède

L’inflexion des ronronnements de mon robot culinaire !

Jeu numéro 21

Cette semaine dans le cadre d’un  Challenge d’écriture sur son blog  L’atmosphérique, Marie nous propose d’écrire un poème ou un récit à partir de la célèbre strophe suivante « Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne » en partant sur un style complètement différent de celui du poème initial.

Parodie de Demain dès l’aube… de Victor Hugo

Dimanche dès l’aube

Dimanche, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne

Je me recoucherai. Vois-tu, je sais que le carrelage est glacial

J’irai juste aux toilettes, puis me ferai un thé

Mais je retournerai  en mon lit, très longtemps…

Je me rendormirai les yeux fermés sur mes rêves

Sans rien voir du matin, je ferai « mon mauvais citoyen »

Seul, tranquille, le dos calé par les oreillers

Somnolent, et le jour sera pour moi comme la nuit

Je ne regarderai ni les infos qui tombent

Ni les voiles qui divisent les candidats à la présidence

Et quand arrivera l’heure des résultats, je mettrai dans mon bol

Une tisane d’or, pour redormir encore, des camomilles en fleur

Rappel de l’original !!

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Jeu numéro 20

Pour la semaine prochaine, dans le cadre d’un  Challenge d’écriture sur son blog  L’atmosphérique, Marie nous propose d’écrire un texte d’après la photo en faisant une partie sous l’angle de la nature et l’autre sous l’angle des pinces à linge !

Les pinces à linge et le grand chêne

Point de vue des pinces à linge de Marie-Soupline et Yves de Javel

Vive le chômage ! Nos employeurs sont partis en vacances pour une semaine ! Pas de chaussettes Burlington à  pincer, pas de robes vichy à retenir, ni de pantalons de golf à présenter au soleil comme de modestes offrandes à un Dieu asséchant.

Rien que le plaisir de se balancer par une merveilleuse journée, poussées par le souffle délicat d’une brise printanière. Regardez comme notre fil à linge est élégant, tout neuf, agréable à mordre, jaune et bleu aux couleurs de l’Ukraine, il soutient à son humble niveau, ce pays assiégé.  

Nous, les pinces à linge de luxe, sommes faites de bois, en parfaite harmonie avec le grand chêne qui nous surplombe. Nous méprisons cordialement les pinces en plastique des voisins ! Anti-écologiques et immondes avec leurs couleurs criardes, elles sont pourtant en totale adéquation avec les caleçons troués, les strings vulgaires et les soutiens-gorge XXL qu’elles soutiennent ! Souvent, elles tentent de nous impressionner en virevoltant sur leur étendoir tourniquet, mais nous restons de bois ! Nous ne sommes pas du  même monde et  n’en pinçons que pour les autres épingles de nos chers employeurs. Là est le ressort de la bonne entente avec Marie-Soupline et Yves de Javel, pas de copinage avec les plastique addicts, on ne mélange pas les torchons et les serviettes, non d’un chien mouillé !

L’autre jour, j’ai entendu Marie-Soupline dire à son mari : « Laisse Yves, je vais l’étendre cette machine, va te reposer… » Ils sont d’une gentillesse l’un envers l’autre ces deux-là, aucune tache sur leur long mariage immaculé !

Point de vue du grand chêne du jardin de Marie-Soupline et Yves de Javel

Ah les humains ! Quelle triste espèce ! Ils nous coupent nous tronçonnent nous débitent, et pour quoi faire ? Des objets ridicules, ineptes, triviaux, comme ces pinces à linge qui pendouillent lamentablement sous mes branches. Quelle honte ! Comment préférer la vacuité de ces trucmuches, à notre noblesse ! Nous les arbres, qui produisons l’ombre généreuse, l’oxygène indispensable, l’énergie vitale !

Tout cela pour faire sécher leurs stupides vêtements ! Et pourquoi ne vivent-ils pas nus, comme les autres mammifères ? A quoi leur servent ces morceaux de tissu inutiles ? A exploiter les pauvres cotonniers du Pérou ?

Arbres de tous les pays, unissez-vous !

En réalité les humains cherchent souvent à cacher leurs rondeurs sous leurs habits comme les gros fruits du marronnier sous leur bogue ; jamais ils ne feront de naturisme, ils ont trop honte de leurs bourrelets de graisse et de leur postérieur joufflus ! Regardez les voisins, Kevin et Jennifer Groseille… « En même temps » (comme dirait leur Président de la République) on n’aurait pas très envie de les voir en tenue d’Eve et d’Adam ces deux là ! Et en plus, ils utilisent des pinces à linge en plastoc ! C’est encore pire pour la nature ça, non ? Le plastoc c’est bien du pétrole solidifié ? Pouah ! Berk ! Dégueu ! Ah, ces humains, y a vraiment rien à en tirer, parole de chêne !

Jeu numéro 19

Voici une histoire écrite « à multiples mains » avec des amis sur un réseau social : le principe, quelqu’un lance un début, puis chacun écrit un paragraphe au gré de ses envies et de son temps.

                                                     LA BELLE VIE

1/ MH

Dans la famille Tournecuisse de Belgrange, il y avait le père, Jean-Eudes, la mère Marie-Josèpha, et les deux fils  Tugdual  et Gontran. Tous vivaient dans un très chic arrondissement de Paris, au dernier étage d’un magnifique immeuble haussmannien. Chaque matin Jean-Eudes partait travailler à la Banque du Pactol tandis que son épouse conduisait  les garçons à l’école élémentaire de la Boisserie. Quant à Iphigénie, la chatte persane de la maison, elle se prélassait toute la journée sur la méridienne belle époque du salon. Un beau matin de décembre, Marie-Josépha resta clouée au lit par une effroyable grippe et ne put préparer le petit-déjeuner de sa charmante famille. Alors…

2/ William

Jean-Eudes qui n’était jamais pris au dépourvu, décida aussitôt d’appeler Aristo Services, une agence spécialisée dans l’aide d’urgence aux particuliers possédant une particule. On lui promit de lui envoyer dans les 5 minutes un extra et il fut immédiatement rassuré. Il se rendit dans la salle de bain, fit ses ablutions et s’habilla afin de recevoir de la meilleure façon le précieux serviteur.

3/Danièle

La sonnette vibra 4 minutes après son appel. Jean-Eudes fut un peu déstabilisé car il était en train de se raser. Il courut toutefois ouvrir la belle porte ouvragée. Sur le pas de la porte une jeune fille aux cheveux mi orange mi violets, flottant dans un jean déchiré arborait un large sourire. Elle tendit un bras tatoué pour serrer la main de Jean-Eudes. Celui-ci, la moitié du visage recouvert de mousse blanche restait figé la bouche ouverte….

4/ Murielle

Pendant ce temps là Gontran, séducteur, s’évertuait à dompter sa mèche rebelle avec une tonne de gel, dans sa salle de bain.,Tugdual, lui, continuait de se prélasser dans son lit douillet en attendant le fatidique « À table !!! » Ce dernier enleva ses écouteurs et tendit l’oreille. Le silence pesant fut interrompu par une glissade inhabituelle du père en pantoufle dans le couloir, la mine défaite et bafouillant :

« – Levez- vous, y’a une fille en bas ! »

Et les garçons de répondre :

« Une fiiille ?? »

5/ MH

Dans le salon, Gwendoline, c’était son nom, avait viré Iphigénie de la méridienne et s’était installée de tout son long  avec son portable, ses cigarettes et sa lime à ongles : « Tant qu’à attendre, autant se mettre à l’aise » telle était la devise de la jeune étudiante en philosophie qui avait trouvé ce petit job chez Aristo Services pour subvenir à ses nombreuses dépenses chez le tatoueur, le coiffeur et dans les friperies du 20 ème où elle dénichait ses tenues excentriques.

6/ William

Quand Jean-Eudes, dont les plus lointains ancêtres remontaient aux croisades, la découvrit dans cette position il faillit s’étrangler une seconde fois. « Mais enfin Mademoiselle, où vous croyez-vous ? » vociféra-t-il tout en semblant prendre à témoin le portait en pied de Geoffroy de Tournecuisse de Belgrange, l’un des grands maîtres des Templiers, trônant au dessus de la méridienne. Gontran, qui malgré sa récente entrée au CM2 était très en avance sur son âge, et ce dans tous les domaines, s’exclama au même moment : » c’est notre nouvelle baby-sitter père ? »

7/ Danièle

Gwendoline ne laissa pas le temps de répondre à Jean-Eudes qui pourtant avait l’avantage d’avoir déjà la bouche ouverte!

Elle sauta sur ses doc Martens cloutées et claqua une bise sur la joue de Gontran dont le visage s’encramoisit violemment! « Oui, je suis votre nouvelle nounou! Appelle-moi Gwen ! » dit-elle. Gontran tourna les talons, se rua dans les escaliers en appelant son frère « viens vite Tugdual ! Allez! Descends! La nounou est là ! ». Iphigénie, retranchée derrière un gros fauteuil contemplait la scène les poils hérissés, les oreilles rabattues et le grondement sourd. Que se passait-il dans cette maison ? Allait-on lui rendre sa méridienne adorée ?

8/ Sylvie

-Ventrebleu, où diable ai-je serré le dossier du Conseil d’Administration ? s’exclama Jean-Eude. La fameuse crispation frontale des Tournecuisse de Belgrange le saisit lorsqu’il extirpa de dessous la lime à ongle de la jouvencelle estampée son précieux porte-documents de crocodile noir. Epoussetant ostensiblement devant la donzelle indifférente les miasmes que son limage y avait incongrument laissés, il pointa le nez en l’air et donna ses ordres.

9/ Isa

-Mademoiselle, puis-je vous demander de préparer une tasse de lait chaud ? Vous trouverez la porcelaine de Sèvres dans le placard de la cuisine. Puis vous porterez ce breuvage lénifiant à mon épouse, dans sa chambre au premier étage. Je n’ai pas le temps de m’y rendre. Ensuite, vous disposerez sur la table ronde du salon ce que vous avez apporté pour notre petite collation matinale. Mais avant tout, je vous prie d’enfiler le tablier bouillonné suspendu là-bas dans l’office. C’est celui de Cunégonde, notre cuisinière, qui ne devrait pas tarder à arriver d’ailleurs.

10/ MH

Gwendoline se leva de mauvaise grâce et, d’un saut agile, Iphigénie reprit immédiatement sa place sur la méridienne. Puis, la jeune fille « haute en couleurs » se dirigea vers l’office que le doigt osseux de Jean-Eudes avait pointé. Les trois males béats observèrent son arrière train dodelinant,  comme trois caniches médusés par le  balancier d’une pendule. Puis, ils entendirent un hurlement :

-Non mais ça va pas ! J’vais pas mettre c’t horreur !!

Sur ce, une clef tourna dans la serrure de la porte d’entrée et la brave Cunégonde fit son apparition. C’était une petite femme aux cheveux et à l’imperméable gris, aussi banale qu’une matinée brumeuse de novembre. Quel ne fut pas son effroi lorsqu’elle vit son tablier chéri dans les mains de l’extravagante créature !

11/ William

Cunégonde était au service des Tournecuisse comme sa mère l’avait été ainsi que toutes ses aïeules depuis Saint Louis. D’ailleurs, elles s’appelaient toutes Cunégonde et, privilège immense, avaient acquis le droit d’accoler un numéro à leur prénom comme les rois de France et d’ailleurs. Et puis, c’est l’une de ces fidèles servantes, excellente cuisinière qui fut, en 1302, à l’origine de la devise et du cri de guerre de la noble lignée : « Tournecuisse tournebroche, fuis ou je t’embroche ! »

12/ Danièle

Gwendoline ne vit même pas la grise Cunégonde plantée dans le vestibule. Elle sortit une paire de ciseaux de sa poche et se mit à debouillonner prestement et consciencieusement le beau tablier empesé. Lui même faisait partie d’une grande lignée de tabliers bouillonnés qui a avaient eu l’honneur d’être les uniformes des Cunigondes successives.

Cunegonge actuelle, au bord de l’évanouissement, eut un sursaut héroïque! Son sang similibleu se rebella. Le cri de guerre ancestral traversa son esprit et levant son parapluie, d’une voix forte qu’elle ne se connaissait pas elle dit

13/Sylvie

, l’accent alsacien de ses serviles ancêtres démultiplié dans sa bouche plébéienne : – Sapotache ! ce Supotte de Satan ha la propakante krafée zur l’épitherme, helle ha tétruit mon hinstrument de trafail ke che ne peux même pas rentre tel k’on me l’a tonné ! Halerte, le péril rouche est hentré tans la plasse !

14/Murielle

Gwendoline éberluée en laissa tomber la paire de ciseaux ! Elle s’avança vers le buffet en question, et avec tout ce charabia ne se souvenait plus ce que Jean -Eude lui avait précisé :

« Porcelaine de quoi déjà …. » elle saisit un bol breton avec le prénom Gontran », versa le breuvage froid, et se dirigea vers l’escalier sans oublier au passage de faire un clin d’œil a Geoffroy qui resta de marbre.

15/ Isa

Quand Marie Josépha vit arriver cette jeune fille si différente de celles envoyées d’habitude par Aristo Service, elle ne put s’empêcher d’éclater de rire. Mon mari s’est bien fait avoir, pensa-t-elle. Il faut dire que Marie-Josépha, en dépit de son prénom, n’était pas du tout d’ascendance aristocratique et elle se moquait souvent des manières désuètes de Jean-Eudes.

Elle fit assoir Gwendoline au bord de son lit et lui posa quantité de questions sur sa vie. Marie- Josépha s’intéressait beaucoup à son prochain. C’était d’ailleurs l’une des nobles qualités qui avait séduit Jean-Eudes.

16/ William

Marie-Josepha avait à peine commencé à poser une première question à la jeune étudiante que, depuis le salon, Jean-Eudes lança : « Très chère, reposez-vous bien, je file à la Banque et dépose en même temps les garçons à l’école. Ah ! j’oubliais, vous renverrez l’extra dès qu’elle aura fini de vous servir. Cunégonde prendra le relais. » « Bien mon ami, à ce soir » répondit la maitresse de maison en faisant un clin d’œil à Gwendoline. « Je crois que je vais vous garder encore un peu. Voyez-vous, je n’ai pas eu de fille et c’est mon grand regret. Alors j’aimerais que vous me parliez un peu de votre vie. Si vous le voulez bien…évidemment.»

17/ Murielle

– Vous savez moi ma vie, elle n’intéresse personne, même pas mon copain Nico. Il en a rien à foutre de moi ! Ma mère elle m’a élevée toute seule et elle s’en est bien sortie. Pour l’instant je bosse le soir dans le restau à côté de chez moi mais je vais pas en rester là ! Moi aussi je fais des études comme vos garçons vous savez !

– Vous voulez un peu de lait frais ?

18/ MH

-Oh oui, merci Madame

-Appelez-moi Marie-Josèpha, mon enfant, ou MJ si vous préférez…

Cette bonté, cette invitation à boire son lait, un lait maternel que sa propre mère ne lui avait jamais donné…Gwendoline se sentit tout à coup pleine d’amour pour cette inconnue. Tout en avalant le liquide blanc, la jeune fille promena ses yeux embués par les larmes de la reconnaissance sur la chambre de Marie-Josèpha. La penderie ouverte laissait entrevoir des robes et des ensembles plus ravissants les uns que les autres. Marie-Josèpha devinant l’envie de Gwendoline l’encouragea 

-Si quelque chose, vous tente, je vous en prie, allez essayer, moi je suis lasse de toutes ces grandes marques et puis nous avons à peu près le même gabarit, il me semble …

19/William

« Par la Sainte Mortadelle et la Sainte Tripe ! Je me suis coupée ! » « Ce n’est pas trop grave Cunégonde j’espère » lança Marie-Josepha. « Je crois qu’elle est jalouse de vous chère Gwendoline. » L’étudiante venait d’enfiler une superbe robe de soirée en satin noir agrémentée d’un dos en dentelle et d’un décolleté mettant en valeur une poitrine parfaitement galbée. « Elle vous va à merveille ! La semaine prochaine, Jean-Eudes et moi donnons une petite réception en l’honneur des 80 ans de belle-maman. Je vous y invite Gwen. Vous permettez que je vous appelle Gwen ? »

20/ Isa

« Evidemment MJ ! Merci pour la robe et l’invit.  » Et après avoir planté deux bises sur les joues enfiévrées de Marie-Josépha, la jeune fille toujours vêtue de la robe de soirée, dévala l’escalier en faisant un bruit d’enfer avec ses docs Martens. « Regardez, Cunégonde, votre patronne m’a donné cette jolie robe, pas mal n’est-ce-pas ?

Cunégonde, encore meurtrie par l’histoire du tablier découpé en morceaux, fit la moue, sans rien dire.

– Et elle m’a invitée à la teuf la semaine prochaine. C’est top cool ! Enfin, on verra, ça dépend qui sera là…

21/ MH

-Pauv Madame mère, elle va ben passer l’arme à gauche le jour de ses 80 ans quand elle va voir eul supote de Satan dans la maison d’son fils !

– Heu… Cunégonde, avouez que je suis plus que présentable dans la belle robe noire de Marie-Josépha… Et puis, j’mexcuse pour votre pauvre tablier, j’vous en rapporte un tout beau tout neuf demain ! Allez, on fait la paix, d’accord ?

22/ Murielle

-Refaites donc plutôt vos lacets, au lieu de dire des bêtises… vous allez vous casser la margoul….

Cunégonde n’avait pas fini sa phrase que Gwendoline avait déjà tourné les talons !

En haut Marie -Josépha fiévreuse, se sentait heureuse d avoir pu converser avec cette nouvelle jeune fille, car sans savoir pourquoi, celle ci lui donnait du baume au cœur. Peut être sa fraîcheur, sa spontanéité, sa franchise, tout cela faisait qu’elle avait vraiment envie de la revoir et pourquoi pas s’en faire une nouvelle amie….elle aurait presque eu envie de se confier à elle alors que l’inverse aurait été plus logique. Elle sortit son carnet et commença à écrire quelques lignes, comme elle avait l’habitude de le faire quand elle était seule.

23/ William

La dernière phrase du nouveau paragraphe de sa vie intime était ainsi libellée : j’ai vraiment hâte d’être à samedi prochain ! Et le jour tant attendu arriva. Il y avait là, dans le grand salon, les premiers invités, c’est à dire les membres les plus proches des deux familles et quelques amis choisis. La reine de la soirée, Marie-Astrid Tournecuisse de Belgrange, recevait comme si elle était chez elle. Cette femme, malgré son âge, avait conservé l’élégance naturelle de sa branche tout en faisant preuve d’un caractère fort et d’une exceptionnelle droiture. Il est vrai que, passionnée d’histoire, elle avait pour modèle Aliénor d’Aquitaine. A ses côtés, comme pour la seconder, sa belle-fille guettait les arrivées avec ce questionnement qui revenait sans cesse : et si elle ne venait pas ?

24/Isa

Elle évitait de croiser le regard de Jean-Eudes qui, une coupe de champagne à la main, devisait poliment avec le directeur de la Banque du Pactole. L’invitation de Gwen avait causé une dispute violente entre eux et Marie-Josépha avait du mal à s’en remettre. Elle avait pourtant tenu bon et n’avait pas annulé. Un peu de piment dans cette assemblée n’était pas pour lui déplaire !

25/Danièle

Ce fut comme une apparition. Les discussions animées s’arrêtèrent. Tous les regards se posèrent sur une même silhouette fine, élancée et élégante.

Le teint diaphane rehaussait la splendeur des boucles brunes et brillantes.

La robe noire moirée soulignait la taille fine.

La jeune femme avançait avec grâce semblant glisser sur ses escarpins vernis. Les yeux bleus parcouraient l’assemblée paraissant hésiter…

La coupe de Dom Perignon glissa des mains de Marie-Josepha et vola en éclats sur le parquet ciré.

Marie-Astrid était une vieille dame bien plus malicieuse qu’il n’y paraissait et surtout bien moins coincée que son Jean-Eudes de fils. Elle se précipita, tout sourire, vers la jeune femme et prit ses mains dans les siennes. « Jeune fille, je ne vous connais pas mais qu’importe ! Vous êtes une brassée de fraîcheur !! »

26/ MH

Sous la table du buffet Tugdual et Gontran s’étaient installés avec une bouteille de champagne qu’ils buvaient au goulot, masqués qu’ils étaient par la longue nappe blanche brodée :

-Cap ou pas cap ?

-Cap ! répondit Tugdual à son frère, je torche cette bouteille et je la coince dans le cagibi

-T’es dingue, y a Cunégonde qui pionce là dedans entre deux plats à servir

-Bon bé dans la salle de bains alors …

-Et tu crois qu’elle va suivre un p’tit con comme toi ?

-Surement plus qu’un boutonneux comme toi !

27/ Murielle

Tugdual qui subissait depuis trop longtemps l’effet grimpant de sa testostérone s’empara de la bouteille et biberonna la moitié du liquide à une vitesse éclair, tout ça sous la mine hilare de son frère boutonneux. Puis Il se dirigea en rampant sous la table vers les escarpins de Gwendoline, il n’en revenait pas de la finesse de ses jambes et commença à lui caresser la cuisse. Gwendoline qui s empiffrait de petits fours près du buffet se retourna stupéfaite et esquissa un sourire de connivence au directeur de la banque du pactole qui discutait derrière elle….

28/ William

Jean-Eudes, qui était loin d’imaginer ce qui venait de se passer, décida au même moment de rejoindre son patron, le très fringuant Miroslav Lefrikcéchik, nouveau Président du Conseil d’Administration de la Banque depuis que celle-ci avait été rachetée par un fond serbo-croate. Miroslav, qui avait la réputation d’être très proche des gens, souhaitait qu’on l’appelle Miro, ce qui déclenchait à chaque fois l’hilarité contenue de ses interlocuteurs car, chacun le savait, il était très myope. « Permettez-moi Miro de vous présenter Gwendoline, une jeune étudiante en philosophie. » Sur ces entrefaites, arrive Marie-Astrid que notre banquier salue alors respectueusement d’un élégant baisemain tout en prononçant dans un français presque parfait : « Ah ! Mademoiselle, combien je serais heureux de vous inviter en privé à un débat autour de la pensée d’Aristote… ou de Descartes. »

29/ MH

-« Mademoiselle ! » Oh comme vous êtes flatteur mon ami, mais oui, je viendrai avec grand plaisir ! En attendant, auriez-vous l’amabilité d’aller me chercher une coupe de champagne ?

-Mais bien sûr très chère…

-« Maaaaaouououou » En se dirigeant vers le buffet, Miro trébuche sur Iphigénie, qu’il avait prise pour un tapis persan sans relief. Il s’étale de tout son long aux pieds de Gwendoline qui l’aide à se relever :

-Ho, je vous en prie Madame, ne courbez pas ainsi l’échine pour moi, vous devez être suffisamment accablée par votre veuvage …

30/ William

« Miroslav ! Miroslav ! » Une blonde platine d’une cinquantaine d’années venait de faire irruption dans la pièce. « C’est toujours la même chose. Tu refuses de prendre tes lunettes pour mieux faire le beau et tu te ridiculises devant tout le monde ! Tu as passé l’âge de faire le jeune homme ! » « Je vous présente Natacha, mon épouse » dit le banquier. « Et voici mon fils Zlatan. » « Père, vous n’êtes pas raisonnable. Voici vos lu… » Le jeune serbe venait de croiser le regard de Gwendoline. Et c’est comme si le temps s’était soudain arrêté. La jeune femme, elle aussi, semblait comme statufiée. On aurait dit un remake de cette scène « so romantic » du Titanic, ce sublime instant où Jack et Rose se découvrent pour la première fois.

31/ MH

Six mois se sont écoulés depuis la réception parisienne, et c’est une autre fête qui a lieu aujourd’hui dans le magnifique château de famille des Tournecuisse de Belgrange, le mariage de Gwendoline et de Zlatan !  Le champagne et la vodka coulent à flot, et pour une fois, même Cunegonde se fait servir par l’armée de valets en costume noir et blanc.

Sous les pampilles du lustre gigantesque, les jeunes mariés ouvrent le bal, suivis de la famille et des amis proches. Miroslav confond sa blonde Natacha avec Iphigénie, mais qu’importe, la chatte persane semble enchantée de faire un tour de piste avec le vieux banquier ; Marie-Astrid s’est fait inviter par Léo un jeune zadiste, témoin de la mariée, quant à Jean-Eudes et Marie-Josèpha, ils tournoient comme des toupies exaltées par le mélange des styles. Sous la table du banquet, Tugdual , Gontran et leurs cavalières, deux petites cousines de Gwendoline maquillées comme des camions, comptent le nombre de pieds écrasés sur la piste de danse en sifflant des bouteilles de Vodka !

                                                                   FIN

Jeu numéro 18

Avocettes de la Grande Conche à Royan

Cette semaine, dans le cadre d’un  Challenge d’écriture sur son blog  L’atmosphérique, Marie nous propose d’écrire un texte commençant par l’incipit : J’étais pigiste dans un journal raté qui nourrissait la cervelle de…

Piafs, mouettes et avocettes

 J’étais pigiste dans un journal raté qui nourrissait la cervelle de moineau de plus de quinze mille piafs parisiens.  Le Cui Cui Quotidien, car tel était son nom, avait un succès fou malgré (ou à cause de) sa légèreté, chez les petits volatiles de la capitale. Moi, je m’occupais de la rubrique  Ces vieilles qui jettent des miettes; chaque jour, je recensais les squares, les  parcs et les jardins publics où se promenaient les meilleures nourrisseuses, et quand l’une de ces braves femmes passait l’arme à gauche, j’éditais un encart pour que les pierrots aillent picorer sur sa tombe.

C’était pas très planant comme gagne-pain mais ça me permettait de grignoter mes miettes, moi aussi. Pourtant, un jour, j’en ai eu ras la huppe et j’ai décidé de migrer vers l’ouest pour faire mon nid dans une petite station balnéaire de la Côte Atlantique. Là-bas, j’ai rencontré des oiseaux bien plus malins qu’à Paris, les mouettes. Elles n’avaient pas besoin d’un canard pour leur dire où trouver leurs sardines et leurs crustacés préférés. Ces rieuses semblaient même se moquer de moi quand je revenais bredouille de la plage avec mon épuisette : Dis donc, tu t’es encore fait pigeonner par les crevettes, toi ! Et si tu t’ faisais embaucher à Littoral Bec Fin ? Tu pourrais pondre des articles utiles ! Ça s’rait pas mieux pour toi, ça, mon coco ? 

Elles n’avaient peut-être pas tout à fait tort, les ricaneuses, alors, oui,  j’allais leur prouver que moi aussi j’avais une plume ! Du coup,  au lieu de leur répondre :  Vos gueules les mouettes ! Je leur ai dit :  Chères conseillères de Pôle Emplume,  je vous suis très reconnaissant pour votre avis judicieux !

Depuis ce jour, je suis pigiste dans un journal renommé qui nourrit la cervelle et  surtout l’estomac de plus de quinze mille estivants et autres retraités. Chez Littoral Bec Fin, je m’occupe de la rubrique Ces paillottes qui en jettent; chaque semaine je recense l’ouverture de nouveaux petits restaus ou bars de plage, et quand l’un de ces charmants lieux fait faillite, j’envoie les avocettes pour picorer les miettes !

Jeu numéro 16

J’ai imaginé ce petit texte dans le cadre du Challenge d’écriture  proposé par Marie sur son blog : L’atmosphérique. Il s’agissait d’inclure dans un texte une liste de mots dans l’ordre suivant : euphorie, menthe, cassette, plan, hydratation, secours, reprographie, filtration, fontaine, nuage.

Jouissance mentholée

Quelle euphorie ! Il était tout nu dans le massif de menthe du jardin, l’avare. Seul, nu, imberbe, au milieu de ce parfum envoutant, avec l’unique objet auquel il tenait vraiment : sa cassette, sa chère cassette brune sauvée de l’incendie. Il avait sauté par la fenêtre de la chambre à coucher, et s’était retrouvé là, sa chute amortie par l’épais tapis de plantes aromatiques. Il n’avait pas de plan, à part celui de profiter, profiter de sa re hydratation grâce aux nombreux diabolo menthe qu’il allait  se préparer. Et même s’il entendait sa blonde crier au secours, il ne retournerait pas dans la maison en feu, non, il valait mieux l’avoir en peinture ou en reprographie  qu’en vrai, celle-là ! Elle était bien trop dépensière et avait une idée fixe : vider la cassette brune ! Alors, qu’elle reste au milieu des flammes, cette gaspilleuse, cette dilapideuse,  pas d’ex filtration  pour elle !

L’avare se roulait dans la menthe, faisait des pirouettes, des poiriers et des roulades, on l’aurait cru immergé dans une fontaine de jouvence tant il semblait libéré et rajeuni tout à coup. Aucun nuage au dessus de sa tête, ni dans son âme, l’avare et sa cassette brune formaient un couple heureux !

Jeu numéro 15

J’ai imaginé ce petit texte dans le cadre du Challenge d’écriture  proposé par Marie sur son blog : L’atmosphérique. Il s’agissait d’inclure les 10 mots suivants : vacances, soupape, discours, horloge, soupir, zone, accumuler, procession, candeur, rente ainsi que 5 mots de notre choix  ayant pour terminaison – aire.

Claire

Claire était une fille solaire. La première fois que je l’ai vue c’était lors d’une procession religieuse à Séville. J’étais en vacances en Espagne pendant la semaine sainte, et elle aussi.  Claire, la candeur même avec ses cheveux clairs, ses yeux clairs, son teint clair dans le clair-obscur de cette soirée ibérique… Elle dégustait une sangria et des tapas à la terrasse d’un bar, Plaza Virgen de los Reyes. Accompagnée de  son amie Brune, aussi sombre qu’elle était blonde, Claire regardait passer les pénitents encapuchonnés et les chars supportant de lourdes statues de Saints.

Quand je me suis approché de leur table, ce fut comme une véritable soupape, toutes mes inquiétudes sur l’avenir évacuées en la voyant ! Je fus attiré comme  un aimant par cette fille dont je ne connaissais pas encore le prénom. Au premier regard, je savais que nos destins seraient liés à jamais.

– Bonjour Mesdemoiselles, je m’appelle Hilaire ! Faites-moi taire si je me trompe mais, vous êtes françaises, non ?

-Comment avez-vous deviné ?  Grace à mes cheveux de geai ou aux yeux clairs de Claire ? Répondit Brune en riant

Claire, elle s’appelait donc Claire, un prénom dont je ne pourrais plus me défaire…Alors je me suis mis à genoux, oui, à genoux devant cette inconnue ! Je n’ai pas fait de long discours, j’ai simplement dit dans un soupir :

-Claire, je ne peux vivre sans vous plus longtemps, rejoignez-moi à minuit tout en haut de la Tour de l’horloge, Cuesta del Reloj et je vous ferai la plus hallucinante des propositions !

De ses yeux pastel, elle accepta sous le regard incrédule de Brune.

Je n’avais que deux heures pour trouver la bague qui scellerait ma demande en mariage. Mes faibles rentes suffiraient-elles pour acquérir un anneau digne de la blanche main de Claire ? Heureusement, j’avais accumulé pas mal de pourboires en bossant pendant deux jours comme serveur à La Cava de Betis. De quoi arrondir mon pactole.

Je courus alors vers la zone du quartier Santa Cruz réputée pour ses bijouteries. Dans une échoppe assez discrète, je tombai sur LA bague. Un anneau en or blanc serti de huit diamants roses.

Dans la nuit sévillane, tout en haut de la tour de l’horloge, je n’y ai vu que du feu. Elles étaient de même gabarit, et Brune avait caché sa chevelure sombre sous une perruque blonde.

Quelques jours plus tard, le Diario de Sevilla a annoncé la découverte d’une jeune française  au fond du Guadalquivir, tandis que moi, j’étais marié à Brune.