Les mots prisonniers

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© Hannes Wolf

Le texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Hannes Wolf dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 316.

 

BEAUTE, AMOUR, BIENVEILLANCE, GENTILLESSE, AMITIE, LIBERTE, BONTE, DOUCEUR, GAITE, RIRE.

Les dix mots avaient été fixés là, sur cette plaque de fonte, enchâssés dans des rails. Ils n’auraient plus le droit d’enchanter la bouche des poètes, des orateurs, des amoureux ou des enfants. Ils resteraient bloqués à jamais, ne côtoieraient plus la grande communauté du vocabulaire.
Laideur, Haine, Malveillance, Méchanceté, Mépris, Enfermement, Cruauté, Rudesse, Tristesse et Pleurs se moquaient bien de leurs dix contraires. Chaque jour, un plus grand nombre de bouches les prononçaient, dans toutes les langues et sur tous les continents. Ils régnaient sur le monde et parfois même se reproduisaient; c’est ainsi qu’ Enfermement et Cruauté donnèrent naissance à Torture, que Haine et Mépris engendrèrent Dictature et que Tristesse et Pleurs mirent au monde Suicide.
La vie des hommes était devenue effroyable. Chevillés sur leur plaque, les bons mots se lamentaient de ne pouvoir intervenir.
Du fin fond de la forêt où son amie Patience l’avait entraîné pour échapper à la plaque de fonte, Courage trépignait pour mener une action spectaculaire.
-Attend, attend encore! murmurait Patience, attend que les sales mots soient distraits ou engourdis, et là tu pourras agir…
Et ce jour ne tarda pas.
Dictature et son père Mépris décidèrent d’organiser une grande soirée de gala à laquelle ils invitèrent Drogue, Alcool et Orgie pour régaler tous les sales mots de la terre. Au bout de quelques heures, plus aucun n’était capable de parler ni de réagir, leurs lettres disséminées, tremblotantes ou en italique aux quatre coins de l’immense salle des fêtes.
Alors, Courage se prit lui-même à deux mains, s’élança hors du bois, traversa prairies et vallées pour atteindre le sinistre entrepôt où les bons mots avaient été relégués. D’un coup sec il assomma les trois gardes que Mépris n’avait pas voulu convier à la fête, et dégagea les dix prisonniers de la fonte.

Depuis ce jour, Beauté, Amour, Bienveillance, Gentillesse, Amitié, Liberté, Bonté, Douceur, Gaîté, Rire, Courage et Patience gouvernent le monde et changent le mal en bien :
Laideur se regarde plus souvent dans la glace et trouve qu’elle embellit.
Haine a pris Amour comme coach et s’améliore à vue d’œil.
Malveillance a épousé Bienveillance et a jeté son « mal » au fond d’un puits.
Méchanceté s’est délestée de son « mé » et aussi de son « té » pour se donner une Chance!
Mépris ne méprise plus personne depuis qu’il distribue des primes à tout le monde.
Enfermement s’est métamorphosé en Firmament.
Cruauté est douce comme une agnelle depuis qu’elle ne mange plus que des crudités.
Rudesse est maintenant une déesse de la rue !
Tristesse n’est plus jamais triste depuis qu’elle a rencontré Tristan.
Et Pleurs a transformé ses larmes en pluie pour arroser les fleurs.

MH

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Maria, Rosalie et leurs divagalogues

yada-yada-1432923_1920J’ai imaginé ce texte dans le cadre de l’atelier « Agenda ironique de novembre » Il s’agissait de créer sa propre rencontre autour d’un café comprenant des « mots-valises » et des bouts de dialogues inventés par tous les membres du groupe.
Maria et Rosalie, deux amies de longue date, viennent de finir leur cours de zumbaboum. Elles se détendent près de la machine à cafthé du club de remise en norme…

Maria : Tu te débroudanses vachement bien, toi dis donc !

Rosalie : Tu n’imagines même pas la pinguouination qu’il a fallu déployer pour en arriver là !

Maria : Et notre coach, quel punch elle a !

Rosalie : Elle est dotée d’une polimalie à toute épreuve ! Hé, regarde ce petit malingre qui fait de la gonflette. On voit qu’il n’est pas beaucoup rentré dans la cabine de bronzage !

Maria: En effet, un vrai gymnasticot !

Rosalie : Comment aimes-tu les hommes, toi, Maria ?

Maria : Résolument abomifreux, ce sont de loin les plus séduisants !

Rosalie : Holala, regarde ce petit ver existancié qui tire les artificelles de ses neurones !

Maria : Ridicule ! Je ne l’ai pas trouvé dans mon agengouin celui là ! On peut dire que Creaginaire est de retour !!

Rosalie : Je dirais plutôt, quinquagénaire !!!

Des ecriames se font entendre non loin.

Maria : Tu entends ce grondement sourd ?

Rosalie : C’est le cri de balument des martinets bleus au-dessus d’un nid de roudoudous à poil roux.

Maria : Ah ! Ceux qui font du body pump à poil dans la saldenbas !

Rosalie : Elle enchanquise fort, la dame d’à côté, non ?

Maria : Oui, mais pas pire que Charonne !

Rosalie : Ah oui ! Cette femme américaine qui sentait mauvais comme un animal tué sur la route !

Maria : Exactement ! Eh bien tu connais pas la dernière… à la mi-mois, nous nous sommes retrouvées pour ce délibule délire de club d’éléphantastique. Il s’agit de sauter à l’élastique à dos d’éléphant fantasque.

Rosalie : Ah ouais ?! Tu as revu Charonne là-bas? Encore une histoire qui se veut drolatour ?

Maria : Bof… elle est enceinte ! Et tu sais pas de qui ?

Rosalie : Non ?!

Maria : De mon mari !!! Ce saperlipopard a osé me dire : Nous passons des moments mergnifiques elle et moi…

Rosalie : Calculot !

Maria : Moi, pour me venger je lui ai dit que tous les bébés sont des tartuffoliques : on croit qu’ils sourient quand ils ont mal au ventre. Et surtout les bébéfilles !

Rosalie : Bien fait !

Maria : Cette folle de Charonne, elle veut appeler sa petite Jumeleine !

Rosalie: Elle n’a pas peur que ça lui fasse pousser des dents de cheval ?

Elles rient de bon cœur

Maria : Hier soir, j’ai demandé à mon mari, Qu’est-ce que tu vas m’offrir de beau pour Fatalimace ? Pour Fatalimace tu auras des poux, qu’il m’a répondu le salichien ! Alors moi je lui ai dit, Demain la saison de la couettivité débute ! Les femmes peuvent inviter tous les hommes qu’elles veulent sous la couette matrimoniale !
Rosalie : Houlahoups ! Et vous en êtes venus aux mains ?
Maria : Non… Après un rapide chocile nous décidâmes de remettre à plus tard la suite de nos tractations. Mais l’infidélité de mon époux me fait douter de mon pouvoir de séduction, Ô miroir, miroir. Dis-moi, suis-je le plus mirififique de tous les miroirs ?
Rosalie : Mais ne t’en fais donc pas, mon amie, tu es toujours la plus mirififique, tu es juste mariée à un gougeât et heureusement, d’autres y mettraient plein de délicaristique et te réciteraient des chanpoèmes à longueur de journée. Et puis… padomme, c’est pas la mort non plus !

Maria : C’est vrai, en espérant que notre insolitude ne se remarquera pas trop, si on sortait un peu, l’air frais nous fera du bien.

Les deux amies marchent maintenant dans la rue.

Rosalie : Holala, comme c’est amipluqué : les mots gèlent sitôt dans l’air brumageux, et si vite qu’ils se collent à leurs voisins !

Maria : Alors, on n’a qu’à prononcer des mots d’amour comme ça, ils se tiendront chaud !

MH

Femme art-buste

tyler-dozier-157879-unsplash© Tyler Dozier.

Le texte ci-dessous m’a été inspiré par cette belle photo de Tyler Dozier dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 315.

 

Lasse d’être femme, elle avait décidé de devenir plante…
Elle n’irait plus travailler ni s’amuser, ne regarderait plus les hommes.
La sève dans ses veines, la chlorophylle aux lèvres,
Elle serait ramure au sein des buissons, feuille parmi les feuillages,
Charme au milieu des charmilles, liane dans la jungle ou roseau parmi les chênes.
Elle n’aimerait plus que le vert et n’aurait plus besoin de se déplacer pour manger.
Elle resterait juste plantée là, subissant tempêtes, grands froids ou grosses chaleurs
Sans se plaindre ni gémir, parce qu’elle accepterait que la nature ait tous les droits.

MH

Rejoindre Mathilde…

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Derrière le mur, il y avait Mathilde, ses parents l’enfermaient dans leur grande bastide.
Et moi, je n’avais qu’une seule idée, l’embrasser. Mais avec mon pied bot, pas facile d’escalader. J’aurais pu demander son échelle à Gaston le maçon, mais il s’en servait pour gravir un autre mur, celui où Graziella faisait sécher ses bas.
Et si je nouais des draps comme Gaspard le taulard qui s’était échappé de sa cellule pour retrouver Ursule …L’affaire était plus délicate pour aller de bas en haut que de haut en bas…
A moins que je ne persuade Jean-Paul de me prêter sa chignole, je ferais un gros trou et m’y introduirais, tout simplement… Mais si je cassais sa mèche, Jean-Paul m’en voudrait, éternellement.
Au pied du mur, me vint une dernière idée, celle de murmurer. Certains murmurent bien à l’oreille des chevaux, alors pourquoi pas à l’oreille d’un mur ?
Je t’aime Mathilde, je voudrais t’embrasser.
Alors, au plus profond de la pierre, j’entendis le plissement de ses lèvres et le son d’un baiser.

MH

Petite questionnette: Et vous qu’avez-vous fait de dingue pour rejoindre un amoureux ou une amoureuse ?

Du pub au paradis

old-man© Kyle Wagner

Le texte ci-dessous m’a été inspiré par cette belle photo de Kyle Wagner dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 314

 

Non mais c’est pas vrai, Boby est mort ?? Alors… c’est pour ça que je le voyais plus ces jours-ci ! Et faut qu’j’l’apprenne par le journal, c’est dur ça … Elle aurait pas pu m’appeler la Betty pour me prévenir ! Elle savait bien pourtant qu’on était potes, qu’on se retrouvait au Queen’s head pour jouer aux fléchettes, Boby et moi ! Mais… mais…non mais c’est pas vrai ! J’en crois pas mes lunettes ! Betty, morte, elle aussi ! Non mais c’est dingue ça !

– Joe, vite, une autre pinte !
– T’as quelque chose à fêter Duncan ?
– Non, c’est plutôt pour me remettre ! T’étais au courant toi, Joe, que les Wilson étaient morts hier, TOUS LES DEUX ?
– Bah non, mais tu sais, les vieux, c’est leur lot !

Quel salopard ce Joe ! Qu’il m’apporte ma bière et basta, j’ai plus rien à lui dire à celui-là, demain je change de pub, comme ça j’verrai plus sa tronche.

– Et, une autre pinte pour Duncan !

Ouais c’est ça … et elle est même pas fraîche sa blonde ! En revanche, les p’tites brunettes sur la banquette, elles sont bien fraîches, elles ! Dix-neuf, vingt, pas plus; que c’est beau la jeunesse ! Quand j’ai rencontré Jane elle devait pas être plus âgée que ces deux là ; c’était ici même, au Queen’s head, elle buvait un shandy avec sa copine Sally et moi j’leur avais offert la deuxième tournée.

– Une troisième, Joe ! Et pas tiède comme les deux autres, si possible !

A l’époque c’était Steve qui servait ; bien plus aimable que Joe ! Et puis la mousse, elle débordait des verres ! Ah il était pas pingre le Steve et puis le bol de cacahuète, c’est la maison qui l’offrait ça coûtait pas quatre-vingt pence comme maintenant !

– Et la voilà ta petite troisième, Duncan !

Toujours aussi tièdasse… Quand j’ pense à Boby et à Betty… Enfin, ils seront partis ensemble au moins. Moi, à quoi je sers depuis que Jane est plus là… Entre elle et Sally, j’avais pas hésité une seconde, Sally, elle était bien gentille avec ses bouclettes dorées, mais plutôt fadasse, un peu comme cette pinte que j’ me force à boire… Tandis que Jane et sa crinière rousse, quel caractère, quel éclat, quel pétillant et quelle longueur en bouche pour notre premier baiser et même pour tous les suivants …

– Steve !…Euh…Joe ! Ramène-moi une brune pour changer, puisque t’arrives pas à servir tes blondes assez fraîches !

Les filles d’aujourd’hui, elles boivent plus de shandy, c’est trop doux, il leur faut de la vodka… et leur allure j’en parle même pas, c’est jeans troués, tatouages et boucle d’oreille dans le nez !

– Et UNE belle brune pour Duncan !

Non mais c’est pas vrai, il sert ses blondes chaudes et ses brunes glacées cet abruti ! J’le jure sur la mémoire de Jane, à partir de demain, je vais au Rosebud ! Tiens, les gamines d’à côté s’en vont… la vodka était peut-être pas assez corsée « Bye » elles sont quand même polies, elles répondent à un vieux schnock comme moi. Pas facile à boire la Guinness glacée mais bon… j’arrive au bout ; reste à savoir si j’vais pouvoir me l’ver.
Mais, mais, attendez voir, j’ai l’impression de m’envoler, y a quelqu’un qui me soulève, c’est pas possible !? Qui c’est qui me tient sous les bras ? Nom d’une pinte ! Mais… c’est Boby et Betty !? «Vous ressemblez à des anges… Quoi ? Quoi ? Qu’est-ce que vous dites ? Vous m’emmenez auprès de Jane ?!?! »

MH
Petite questionnette : Et vous appréciez-vous l’atmosphère des pubs anglais bien typiques ?

Ma petite chérie

syes- Copie

 

A Lihons, le 25 janvier 1916

Ma petite chérie,

Je n’en peux plus Jeannette, j’ai envie de rentrer
Je n’en peux plus de la boue et de l’odeur des autres
J’ai envie de te voir et de te respirer.

Heureusement, j’ai Jojo pour parler du pays
De l’océan bleu gris, des plages infinies
Toi, tu vois ça tous les jours, moi j’ai peur d’oublier…

Ecris-moi, s’il te plait les dunes et le sable fin.
Peut-être pourrais-tu m’en envoyer quelques grains ?
Dans l’enveloppe, ça ne pèsera pas lourd
Mais pour mon cœur ça sera de l’amour.

Ici, la terre pue de tout ce qu’elle avale,
De tous ces corps détruits …
Jojo et moi, on survit,
Il est là près de moi, il écrit à Marie.
On ne pense qu’à vous, on ne parle que de vous
Pour ne pas oublier la vie et l’amour fou.

Je vais bien, ne sois pas inquiète
Et toi ? Comment vas-tu ?
C’est déjà la saison des roulantes
Je t’imagine sur la plage de Saint-Georges
Tu les ramasses avec Marie
Comme elles doivent être bonnes, gorgées d’océan salé.

Ici c’est le rata quotidien
La soupe claire et le pain noir
Mais je mange, je m’applique à ne pas mourir
Pour toi, pour nous, pour un lendemain.

Je t’embrasse ma petite chérie, envers et contre tout.
Jojo a reçu une lettre, moi j’attends toujours
Peut-être la semaine prochaine…
Mais n’aie pas peur, Jeannette,
Si elle n’arrivait pas, je t’écrirais quand même.

Ton Emile.

 

MH

Anéantissement

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Le texte ci-dessous m’a été inspiré par cette belle photo de Jon Tyson dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 313.

 

Je pourrais vous dire que j’ai réussi à m’en sortir par la danse
Mais non …
Je pourrais vous raconter que j’ai quitté mon quartier, mes parents, grâce à ma passion
Mais non …
Je pourrais remercier toute cette adversité qui donne la niaque
Mais non …
Les ballerines ont été piétinées
Le collant a été déchiré
Le tutu rose, brûlé.
A la place… la longue robe noire
Qui recouvre tout, même les rêves les plus fous.

MH

Kévin et Papé

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Cette petite nouvelle est née du défi numéro 10 proposé par L’atelier sous les feuilles, et qui proposait de placer huit mots issus du poème Chanson d’automne de Verlaine : sanglots, violons, langueur, suffocant, heure, jours, vent, feuille dans un texte ne traitant PAS de l’automne.

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« J’ai fait quoi, Kévin ????
Papé était dur de la feuille ! Pourtant il avait fait un sacré vent digne d’un staccato au violon ! Dans l’atmosphère suffocante de sa chambrette, je ne comptais pas rester plus d’une heure. Pourtant, Papé attendait mes visites comme un oisillon affamé attend le retour de la mère nourricière. Alors je me résignai …Je passerais deux longs jours avec Papé, dans sa chambrette, pour le sortir de sa langueur, couché sur le matelas d’appoint qu’il gardait pour moi, sous son propre lit.
– Tu te souviens de Mamé, Kevin ? Comme elle était belle et gentille…
– Oui, oui …
– Et comme elle t’adorait …
– Oui, oui …
– Toi, son premier arrière petit-fils…
– Oui, oui …
– Toi son premier arrière petit con !
– Quoi !?
– Rien, rien, mon Kevin, je voulais juste voir si tu m’écoutais.

Et puis, Papé éclata en sanglots, comme ça, d’un seul coup. Il pleurait comme une vraie fontaine, les yeux fixés sur la photo de Mamé épinglée au mur de sa chambrette.

– Papé, je suis là, parle-moi, je vais t’écouter cette fois, parle-moi encore de Mamé ! »

Alors, dans la torpeur de la petite pièce, couché sur le matelas d’appoint, j’écoutai Papé me raconter leur rencontre sur les bords de Loire, leur belle vie à Angers et les derniers jours de Mamé aussi …

Aujourd’hui j’ai soixante ans, je ne suis plus un petit con, peut-être un vieux con… mais je n’oublierai jamais le récit de Papé, couché sur le matelas d’appoint.

MH

 

Cœlacanthe

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© Timo Wagner

Le texte ci-dessous m’a été inspiré par cette belle photo de Timo Wagner dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 312.

 

 

Allongée sur les vagues
La femme redevient poisson
Le poisson primitif
Qu’ils étaient tous
Avant de devenir humains
Pensants et réfléchis
Philosophes ou chirurgiens
Drogués ou alcooliques
Assassins ou victimes
Promoteurs ou dictateurs
Golden-boys ou filles-de-joie
Un cœlacanthe
Au corps de fossile
Au poumon ancestral
Et aux nageoires charnues
Prémices de leurs membres
Elle s’enfonce dans les profondeurs
Où la lumière s’éteint
Elle ne sait plus penser
Aux ravages causés par les siens
Sur cette terre
Elle ne réfléchit plus aux conséquences
De son « évolution »
Son cerveau s’est réduit
Bras et jambes s’atrophient
En de courts moignons recouverts d’écailles
Elle respire différemment, mais elle vit
Descendant au plus profond des abysses
Une seule conviction ancrée dans son instinct
Ne plus jamais refaire surface.

MH

Le wagon à la porte bleue

 

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© Rishi Deep

Le texte ci-dessous m’a été inspiré par cette belle photo de Rishi Deep dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 311.

 

Si j’étais assise dans le wagon à la porte bleue,
Je ne serais pas française, ni même européenne.
J’habiterais une contrée lointaine
Où l’on prend encore le temps…

Le temps de poser un coude fatigué sur l’accoudoir de bois usé
Le temps de se laisser aller au rythme du train cadencé.

Si j’étais assise dans le wagon à la porte bleue,
Je n’aurais pas de téléphone à la main, je parlerais à mes voisins
Je me raconterais, ils se raconteraient, on deviendrait amis.

Loin des carrés famille, des espaces pro et des wagons wifi, je retisserais ma vie,
Si j’avais su… si j’avais fait… si je n’avais pas fait… si j’avais pensé…

Ce serait un voyage dans le temps d’un avant bringuebalant et d’un futur réinventé.

MH