Banc public

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Huit heures à ma montre. Vite, j’enfile mon costume Zara collection printemps été. Pas le temps d’avaler un expresso et encore moins de me faire une tartine au miel de Paris…Tant pis, je passerai en coup de vent à la boulangerie près du métro. Merde, l’ascenseur est occupé, je dévale l’escalier en allumant mon I phone. Toujours aucune notification de Meetic. Elles veulent quoi les filles ? Employé de banque c’est pas assez bien pour elles ? Faudra que je modifie mon profil, je mettrai banquier …un demi mensonge et ça fera mieux.

Le temps qui passe est très amical, je viens de le voir devant la boulangerie, il avait des viennoiseries plein les mains ; il m’a offert un croissant de lune en disant, c’est pour vous, si vous me cédez votre montre… alors j’ai répondu, d’accord, de toutes façons, je la regardais trop… Si vous voulez, je vous donne aussi mon portable ! Le temps qui passe a accepté et il m’a tendu une brioche de rêve pour compenser. Je l’ai remercié et il a filé dans le froufroutement de sa queue de pie.

Dès cet instant, je n’ai plus pensé au travail ni à Madame Grand-Pif qui m’attendait avec une pile de dossiers à traiter. J’ai pris une ligne de métro au hasard et je suis descendu à la station Luxembourg.
J’ai poussé la grille du parc et j’ai tout de suite trouvé à m’asseoir face au bassin central. C’était un de ces bancs haussmanniens aux ferronneries magnifiques. J’ai repensé aux cours de théâtre que je suivais adolescent. On faisait souvent l’exercice du «  jardin public » L’un de nous prenait place sur un banc au milieu de la salle, puis un volontaire décidait de s’installer à ses côtés. Aucun texte. Le but était de laisser venir les gestes, les mots, les émotions… Improvisation totale, liberté absolue. Cela donnait lieu à des scènes tantôt cocasses, tantôt émouvantes ou absurdes, mais toujours surprenantes.

J’ai sorti le croissant de lune et la brioche de rêve de ma mallette, et le soleil s’en est allé.

Dans le crépuscule, j’ai vu des petits marins pousser leur voilier à l’aide d’une baguette en bois et des fillettes en dentelle bercer des poupées de porcelaine. Des hommes en redingote et des femmes en robe longue flânaient bras dessus bras dessous, et moi je me sentais ridicule dans mon costume hyper tendance couleur taupe.
Je ne saurais dire combien d’heures je suis resté là, à observer entre chien et loup le balais de ces promeneurs d’un autre temps. J’étais fasciné par leur élégance, leur pas lent et leur visage limpide, mais je me sentais encore plus seul qu’avant. Personne ne me jetait le moindre regard, ni ne m’adressait la parole… comme si j’étais transparent, ou juste insignifiant.

Et puis elle est arrivée, se faufilant entre les personnages surannés qui ne semblaient pas la remarquer. Elle les dominait tous d’au moins deux têtes avec ses longues jambes en écailles, sa chevelure argentée et ses immenses yeux violets. Elle s’est assise tout près de moi, elle n’a pas parlé… mais elle a sorti de son sac en forme d’étoile, une pomme d’amour et deux fruits de passion.

MH

Petite questionnette: Et vous, avez-vous déjà fait une belle rencontre sur un banc ?

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5 commentaires sur “Banc public

  1. J’ai beaucoup aimé ton texte. Lu plusieurs fois. L’ambiance, les références. Me suis sentie un peu chez moi 🙂 Comme ton personnage, nous sommes happés hors du temps…
    En matière de banc et pour répondre à ta question : non, pas de rencontre spécifique mais de beaux moments, emprunts de magie qui squattent ma mémoire 🙂

    Aimé par 1 personne

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