L’ombre

Le court texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Valentina Alexandrovna dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 390.

L’ombre du végétal sur son visage

Comme le maillage de ses veines

Sous sa peau.

Ou la toile d’une araignée

Appliquée, industrieuse.

Comme la prison d’un voile ou d’un masque

Comme une cage de perles ou de dentelle

La bouche muette d’une résignée

Le regard fixe, pétrifié, d’une mariée déçue au premier soir

Celui d’une morte que le baiser d’aucun prince ne ramènera à la vie

L’ombre d’une couronne d’épine sur son front.

La nuit de Noël

Le noir recouvrait tout. Les voleurs en profitaient pour chaparder, les assassins pour assassiner et les malheureux pour pleurer.

Au fond de son lit, le petit Noël tremblait : l’ogre était forcément dans sa chambre, mais où ?

Sous son lit, derrière l’armoire, ou bien accoudé à sa table de chevet ? S’il allumait la chandelle, ce serait pire encore ! Il imaginait le monstre déformé par la lumière vacillante, immense, jaunâtre, les dents carnassières et le regard fou. Jamais il ne trouverait le sommeil, à moins que …A moins qu’il ne se mette à penser à demain et à tous les jours qui suivraient, à la nuit grignotée par le jour, aux malfaisants repoussés par les bons et à la bougie traîtresse que l’on remiserait dans le tiroir.

Le petit Noël ne se doutait pas que des siècles plus tard, les enfants du monde entier n’auraient qu’à appuyer sur un bouton pour éloigner les peurs, lui qui n’avait que la force de son esprit et un méchant bout de chandelle pour se protéger.

Sous sa couverture, Noël se sentait comme à l’intérieur d’une cabane protectrice. Pourtant, son refuge laineux tenait plus de l’abri de paille du plus paresseux des Trois petits cochons que de la maisonnette en briques du plus laborieux des trois frères ! S’il osait, il tendrait le bras pour attraper le livre de contes au pied de son lit, il ne se souvenait plus en quel matériau le deuxième petit cochon avait construit sa cabane… Mais non, il faudrait rallumer la chandelle et puis le monstre arracherait à coup sûr sa main s’il la laissait sortir de la couverture.

Recroquevillé, l’enfant se mit à réfléchir, à essayer de se souvenir… alors, la première maisonnette était en paille, ça c’était certain, le petit cochon paresseux n’avait pas eu envie de se fatiguer à porter de lourdes charges… Celle du plus vertueux était en briques, il avait énormément transpiré pour en monter tout seul les murs ; mais celle du second ? En quoi était-elle faite ? En torchis ? En terre ? En roseaux ? Impossible de se rappeler. Plus Noël essayait de se creuser la cervelle, plus le conte semblait lui échapper; à la place, il voyait des  dizaines de porcelets et de loups copains comme cochons, dansant et riant ensemble au bord du lac ; les loups du monde entier s’étaient alliés à la communauté porcine autour d’un grand banquet où trônaient les gâteaux et les friandises les plus colorés et les plus extraordinaires qu’on n’ait jamais vus, sous un soleil radieux.

Quand Noël ouvrit enfin les yeux, une lumière éblouissante avait envahi la pièce, il pouvait voir précisément chaque recoin de sa chambre où aucun intrus ne se cachait à part quelques moutons de poussière. D’en bas, il percevait les bruits familiers de vaisselle dans la cuisine.

Le petit-déjeuner attendrait, Noël allait pouvoir lire dans la lumière rassurante de cette belle matinée de décembre. Il tendit le bras sans crainte pour attraper son livre de contes : Alors, de quoi était-elle faite cette deuxième petite maison ?

Les cheveux

Le  texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Lorenzo Cerato dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 382

Laisse-moi te coiffer ma fille, nos longs cheveux, c’est tout ce qui reste de nos traditions

Du temps de mes parents, de mes grands-parents et de tous nos ancêtres …

J’ai dit oui au tatouage, au téléphone portable, à la cigarette, aux pantalons et aux basquets

Tu vas à la salle de sport, tu es musclée comme un garçon,

C’est bien, personne n’osera te faire de mal

Tu es fière et ta détermination se lit sur ton visage

Tu sais ce que tu veux et tu veux tout

Tu as raison ma fille

Mais n’oublie jamais d’où tu viens

N’oublie jamais que bien des femmes ont dû les vendre, leurs cheveux

Pour survivre.

Laisse-moi te coiffer ma fille

Nos cheveux, c’est comme nos poumons, ils respirent la liberté d’exister

Ils bougent, brillent et ondulent telles des algues aquatiques

Ils te suivront partout, même dans tes rêves les plus fous

Peut-être un jour, tu les orneras de rubans et de fleurs ou peut-être pas…

Tu les préféreras libres, indépendants, toujours au naturel

Et quand tu vieilliras, ils blanchiront mais jamais ne te quitteront 

Alors, laisse-moi te coiffer ma fille, nos longs cheveux, c’est la vie.

Il y a …Une gare parisienne


Consigne : Ecrire un texte avec des « il y a… » à la manière d’Apollinaire (très humblement)

Il y a mon éternelle angoisse d’être en retard

Il y a tous ces trains comme d’énormes chenilles

Il y a le panneau d’affichage qui rassure et

Le serveur souriant du buffet de la gare

Il y a le chocolat chaud à la table bistrot

Il y a mon passé qui commence à s’estomper

Il y a ma valise pleine de rien

Et mon chat dans sa boite, plein d’amour

Il y a le souvenir d’un film d’Agnès Varda

Il y a mon billet qui renâcle à se faire composter

Il y a cette journée de transit hors du temps

Il y a ma carte senior avantageuse mais déprimante

Il y a cette vue sur la Tour Montparnasse

Il y a cette vue sur le quartier de ma jeunesse

Il y a mon départ pour ne pas revenir.

Adieu Paris

Le texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Philippe Dehaye  dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 378

Voilà, je te quitte enfin, Paris de mes rêves

Ce rêve qui fut le mien pendant bien des d’années

Est devenu cauchemar sur les Champs Elysées

Les masques et les attaques, et tous ces bars fermés

L’avenue désertée, les musées condamnés

La vie n’a plus de sens dans cette ville immense

On n’peut plus s’embrasser, ni sourire, ni danser,

Juste rester enfermés, dans dix mètres carrés

Et se laisser pleurer face aux actualités

Ainsi je fuis vers toi, campagne de mon enfance

Est-ce que tu m’en voudras de mes années d’absence ?

Depuis le mois de mars, c’est à toi que je pense.

Tes prairies verdoyantes et tes arbres immenses

Tes foyers accueillants, la maison des parents…

Les gâteaux de maman et ma chambre d’enfant. 

Alors moi dans ce car qui file sur l’autoroute

Je chante « Adieu Paris », je n’ai plus aucun doute

Je ne reviendrai pas, ma vraie vie est là-bas.                 

La pub

Le petit texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Kayla Koss dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 376.

On m’avait demandé de jouer dans cette pub ; une pub pour la pureté de l’air et la pureté de l’eau. Parce que j’avais un physique sain, une allure dynamique, parce que j’étais jolie et naturelle, parce que j’avais vingt ans… A l’époque je me fichais bien de l’écologie, j’avais accepté de faire ça pour l’argent, pour sortir, boire, danser, fumer, m’acheter des habits, des chaussures, du maquillage, des trucs et des machins… J’affectionnais particulièrement un magasin qui s’appelait « Au plastique » on y trouvait des tas de babioles, des objets utiles ou pas, aux couleurs vives et attrayantes, toutes faites de ce même matériau : le plastique, vedette des années 80… Pas vrai Plastic Bertrand ?

Aujourd’hui j’ai 60 ans et tout a changé. J’ai des rides profondes et plusieurs kilos en trop. Le magasin « Au plastique » a été remplacé par un magasin « En vrac ». Je m’y traîne chaque semaine avec mon masque, mon gel hydro alcoolique, et mes bocaux de verre parce que c’est bon pour la planète, je le sais bien… Pourtant, je dois l’avouer, j’ai la nostalgie des années 80, époque de folle insouciance, c’est vrai, mais aussi celle de ma jeunesse !

Les mémoires de Paulette

 

 

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Photo de Pixabay sur Pexels.com

 

Paulette voudrait bien écrire ses mémoires mais elle a perdu la mémoire…

J’étais qui ? Elle se regarde dans le miroir : une vieille femme au chignon blanc. Impossible de se souvenir de son visage d’avant.

Je ne sais même plus où je suis née, ni de quelle couleur étaient mes cheveux… Tant pis, je commence.

JE SUIS NÉE À …

Je ne connais plus le nom des villes, il faudrait que je cherche dans un dictionnaire.

Madame Paulette, voilà votre petit déjeuner. Mais …pourquoi vous faites cette tête ? Vous n’avez pas faim, je parie ?

Paris ! C’est ça ! Ça existe, j’en suis sûre ! C’est le nom d’une ville !

Si, si, je vais manger, Marie, ne vous inquiétez pas.

Tout pour qu’elle s’en aille, cette cruche.

Donc, JE SUIS NÉE À PARIS, LE…

Zut, il me faut une date, je ne connais même pas celle d’aujourd’hui. Il faudrait que je rappelle Marie pour lui demander ; mais si elle revient, elle va encore me dire que je n’ai rien mangé et nia nia nia, et nia nia nia… Non, je vais me débrouiller toute seule :

JE SUIS NÉE À PARIS, LE 5… ça c’est comme les doigts d’une main. Maintenant il me faut le mois… Celui où poussent les plantes, c’est le plus joli ; c’est en ce moment ; je les vois, les fleurs jaunes par la fenêtre. Je ne sais plus comment on les appelle d’ailleurs… Je pourrais demander à celle qui apporte le petit déjeuner, c’est quoi son nom déjà … Mais elle va encore m’embêter ! Tant pis, je me lance toute seule :

JE SUIS NÉE À PARIS, LE 5 DU MOIS Où POUSSENT LES FLEURS JAUNES.

L’année, je ne vais pas la mettre. De toute façon, une femme n’a pas à dire son âge, pas vrai ? Et puis je ne sais pas quel âge j’ai, mais je sais que je n’habite plus dans ma maison. Je vis dans un grand truc avec plein de vieux idiots et des jeunes embêtantes qui apportent des plateaux.

Paulette regarde en bas par la fenêtre. Un chien court au milieu des jonquilles, une nourrice ramène deux enfants de l’école, les voitures font la queue au feu rouge, un vieil homme, encore libre, se promène une canne à la main, il observe une équipe de jardiniers qui élaguent un marronnier.

Paulette a déjà rédigé un paragraphe :

JE SUIS NÉE À PARIS, LE 5 DU MOIS Où POUSSENT LES FLEURS JAUNES. MON MÉTIER, C’ ÉTAIT DE SOIGNER LES ANIMAUX QUI ABOIENT. J’AI EU UN MARI QUI MARCHAIT AVEC UN BÂTON ET QUELQUES ENFANTS. JE N’AI JAMAIS SU CONDUIRE LES CABINES ROULANTES. J’AI TOUJOURS DÉTESTÉ LES BONSHOMMES QUI COUPENT LES BRAS DES ARBRES…

– Madame Paulette, c’est l’heure de la toilette !

AH OUI, J’AVAIS UNE EAU DE TOILETTE QUAND J’ ÉTAIS PLUS JEUNE. ELLE SENTAIT SI BON… PAS COMME ICI ! J’AIMERAIS TANT RESPIRER L’EAU DE TOILETTE DES FLEURS JAUNES D’EN BAS …

Quand Marie entre dans la chambre avec son chariot rempli de serviettes, de gants, de savonnettes et de crèmes, Madame Paulette a disparu.

Par la fenêtre grande ouverte monte un délicieux parfum de fleurettes.

MH

Emmagasinage

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Il est six heures du matin

Seule devant la mer grise

Et le ciel gris aussi de ses nuages mouvants

J’emmagasine

Je prends j’absorbe

Les vagues écumantes

Les mouettes inquiètes

Les tamaris froufroutants

Sous le vent qui valse et se déhanche

Les gros camions qui dansent aussi

Et refont une beauté à la plage

Le phare qui domine

Imperturbable à la tempête

Au mauvais temps au gros grain et aux embruns

Je mâche et je digère les merveilles de ce spectacle

Rude typé menaçant

Pour m’en souvenir

Quand je serai de retour dans mon appartement

Sans vue sans vie sans mer

Trop cosy trop protecteur

Où je viens de passer trois mois

Enfermée emmurée

Avec comme seules fenêtres

Les écrans petits et grands

J’en avais oublié la vraie vie

Il est six heures du matin

Seule devant la mer grise

J’emmagasine le monde

MH

Immunité inattendue

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Le jour du déconfinement, je m’étais dit, ça ira, il n’y aura pas grand monde dans le métro, la plupart des gens auront continué de télétravailler, je ne risque pas grand-chose. Alors j’ai mis mon beau masque bleu ciel, mes gants de vaisselle, bleus aussi, et je suis entrée dans un wagon. Et là, oh surprise, ils étaient tous agglutinés ! Sans masques ni gants, ils se serraient les uns contre les autres en lisant leur journal ! Alors j’ai poussé un grand cri et je leur ai dit : « Vous êtes dingues ou quoi ? Et le mètre de sécurité, c’est pour les chiens ? » Alors ils se sont retournés comme un seul homme en me dévisageant et j’ai eu l’impression que c’était moi, le folle.

Et puis, j’ai remarqué une autre chose étonnante : les hommes portaient tous des chapeaux haut de forme, de fines moustaches ciselées et des manteaux de laine; les femmes avaient des coupes de cheveux à la Louise Brooks et étaient vêtues d’élégantes vestes et jupes fluides. Aucun jean, aucune paire de baskets, aucun look décontracté à la ronde juste une foule de voyageurs bien mis et très corrects. Que pouvaient-ils penser de moi avec ma salopette rose, mes cheveux verts, mon masque bleu et mon air ahuri ? Je parvins à lire le nom, la date et le gros titre du journal lu par le monsieur le plus proche de moi :

Le petit parisien, 11 mai 1924. La visite de M Poincarré à Mac Donald est avancée d’un jour

Mais, je suis où ?? Où plutôt, je suis quand ? On parle pas de Mc Do le fast-food, là, on est bien d’accord ??

 J’ai dû hurler cette réflexion, alors que je la croyais intérieure parce que tous les contemporains de Poincarré se mirent à me fixer avec encore plus d’intensité.

C’est alors que je vis la panique dans leurs yeux. L’un d’eux osa tout de même me répondre : « Nous sommes le 11 mai 1924 voyons ! Auriez-vous trop forcé sur le Dubonnet, mon amie ? »  Puis j’entendis son voisin lui chuchoter : « Il faut l’interner d’urgence à la Cité des fous de Saint-Anne… »

Et puis, ce fut le trou noir. Quand je me suis réveillée dans un lit d’hôpital, j’ai crié : « Je ne suis pas folle, je ne veux pas qu’on me fasse des électrochocs !! » « Mais calmez-vous Mademoiselle, me répondit l’infirmière habillée comme un cosmonaute, vous avez juste fait un petit malaise dans le métro, et bonne nouvelle, nous vous avons testée : vous êtes immunisée contre le covid 19! »

Cette bénédiction était-elle due à mon voyage dans le temps ? Jamais je ne le saurais… mais jamais je n’oublierais ces élégants voyageurs des années folles.

MH

Aux confins du confinement

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Thème d’écriture : Poursuivre après l’incipit ci dessous de Tahar Ben Jelloun tiré de L’enfant de sable :

« Il y avait d’abord ce visage allongé par quelques rides verticales, telles des cicatrices creusées par de lointaines insomnies, un visage mal rasé, travaillé par le temps. « 

Et puis ce corps avachi par la vie malsaine, le manque d’amour, le découragement… Malheureusement, il avait décidé de se reprendre en main la veille de l’allocution du président, la veille du confinement, même si le chef de l’état n’avait pas prononcé ce mot.
Chercher du travail, s’inscrire dans une salle de sport, essayer de rencontrer du monde, une femme peut-être … Tous ses projets tombaient à l’eau.
Ce sinistre souplex dont il avait enfin décidé de sortir, le retenait inexorablement comme un poulpe de l’océan agrippe le nageur avec ses tentacules.
La petite chaise bancale, la table en formica, le frigo encrassé, le lit affaissé, il ne pouvait plus les supporter. Si au moins il avait eu une fenêtre… mais son lieu de vie, ou plutôt de survie, était pire qu’un trou à rat, sombre, crasseux et privé de vue sur l’extérieur.
D’un geste rageur, il attrapa la bouteille de whisky couchée au pied de son lit. Il allait la porter à sa bouche, quand soudain, l’écran de son ordinateur qui ne marchait plus depuis des mois s’alluma.
L’homme reposa la bouteille et s’approcha avec suspicion de l’engin, posé sur la vieille commode où il rangeait ses pauvres vêtements.
Une femme en noir et blanc apparut. Ses yeux, profonds comme deux cavernes, le fixaient. Ses cheveux plats et noirâtres encadraient un visage blême, et de sa bouche, sortaient des mots que l’homme ne pouvait entendre, le micro de son appareil ne fonctionnant pas.
L’homme prit l’ordinateur pour le transporter sur la table en formica. Son visage était tout près de celui de la femme. Il était fasciné par ses lèvres qui tour à tour s’arrondissaient et se distendaient pour former des mots qu’il ne comprenait pas. Alors, assis sur sa chaise branlante, il s’appliqua à faire les mêmes mouvements de bouche que l’inconnue pour tenter de décrypter son message. D’abord les lèvres s’ouvraient en grand, on pouvait voir les dents tachées de la femme, puis, elles se positionnaient à l’horizontal, en un curieux rictus avant de revenir en pointe, s’écarter à nouveau puis se refermer.
Pendant de longues minutes, vérifiant son expression dans un miroir cassé, l’homme s’appliqua à imiter la femme. L’expression dramatique de ses yeux et sa physionomie générale étaient là pour exhorter ses mots. Enfin, il saisit le message : « A l’aide, sauvez-moi ! »
L’homme examina le décor autour de la femme pour essayer de voir où elle vivait, s’il pouvait déceler un indice… Mais l’image était tellement centrée sur le visage qu’il était impossible de repérer quoi que ce soit. C’est alors, qu’en se concentrant encore mieux, il distingua quelque chose derrière la chevelure de la femme, un immeuble en brique rouge, un immeuble très semblable au sien.

Alors il mit ses chaussures, franchit la porte de son souplex, puis de son immeuble, traversa la rue, entra dans l’immeuble d’en face, frappa à toutes les portes et finit par enfoncer celle du 6eme étage à travers laquelle filtraient des gémissements.

Là, il fit face à la femme, cloîtrée depuis deux ans par une impitoyable dépression.
Il la prit dans ses bras, comme un prince fatigué une triste princesse, la ramena dans le souplex où ils se confinèrent, s’aimèrent et puis, ensemble, guérirent jusqu’à la fin de cette guerre de l’an 2020.

MH