Jacques, Berthe, Maria, Bertille, Candy, Eva…

 

Eva

LA CHRYSALIDE

 

Jacques

Comme disait feue mon épouse en accouchant et en calanchant à la fois : Jacques, faut surtout pas appeler la petite Eva, parce qu’on va tout le temps lui dire : « Eva chier ! »
Quelle drôle d’idée ! Pourquoi pas « Eva te coucher » ou bien « Eva faire tes devoirs » … Enfin, j’ai quand même respecté sa dernière volonté et j’ai appelé ma fille Berthe. Manque de bol, Berthe est née avec un pied bot au lieu de deux beaux grands pieds, mais c’est pas grave, elle marche avec une béquille. Et puis, elle a tellement de charme, ma fille, que tous les gamins se pâment. Y en a même un qui lui a offert des mille pattes pour son goûter ! Berthe a trouvé les bestioles si mignonnes qu’elle a préféré les laisser vivre et qu’elle s’est tapée une poêlée de légumes bio à la place. Ah…ma fille Berthe et ses cheveux roses, c’est devenu une sacrée nana de vingt-cinq ans aujourd’hui, et on peut pas dire que la mort de sa mère l’ait beaucoup traumatisée : lauréate du concours de piano de la ville, elle avait bien mérité sa soirée Rock’n roll et bain moussant au Blue Moon

Berthe

Il croit quoi mon père ? Il me prend pour qui ? M’offrir une soirée Rock’n roll et bain moussant ! Mais, qu’est-ce que j’en ai à faire… Il a pas encore compris qu’il y avait que la musique douce et les p’tites bêtes qui m’intéressaient dans la vie ? L’été de la sécheresse, j’avais tellement peur que les insectes du jardin meurent de soif, que je me suis allongée en maillot de bain sur la pelouse et que j’ai balancé un seau d’eau fraîche sur tout mon corps. Au bout de cinq minutes, ils sont tous arrivés : les bourdons, les coccinelles, les charançons, les coléoptères, les papillons, les punaises, les bourdons et les abeilles. Ils se sont désaltérés à même ma peau. Moi, j’étais trop bien avec Mozart dans mes écouteurs, et dans le cœur, ce sentiment profond d’être une source de vie pour toutes ces petites créatures.

Maria (feue l’épouse de Jacques et feue la mère de Berthe)

Merde alors, ils se comprennent vraiment pas ces deux-là ! Moi je vois tout de là-haut et ça m’angoisse trop l’âme. Pauvre Jacques, j’aurais peut-être dû le laisser appeler la petite, Eva, finalement. « Eva discuter avec ton père ; Eva lui dire ce qui te plait dans la vie » ça marchait aussi … Berthe est une fille étrange mais pas comme Jacques l’imagine, Berthe c’est la pureté et l’amour infini et ce n’est pas parce qu’elle a les cheveux roses qu’elle apprécie les boites de nuit !

Jacques

Berthe a adopté une chenille qu’elle a appelée Bertille ! Elle la promène au bout d’un fil de soie dans le jardin et sur le trottoir. Je lui ai demandé si elle voulait pas que je lui offre un chien plutôt (on l’aurait appelé Pluto) Elle m’a regardé comme si j’étais débile, l’air de dire : Papa, va chier… Ca m’a rappelé le prénom Eva que Maria n’aimait pas. Ah, mon Eva ! Si je t’avais près de moi, qu’est-ce qu’on serait bien ensemble : Eva chercher la laisse de Pluto qu’on fasse une balade en forêt tous les trois… Eva mettre ton manteau, je t’emmène au restau…

Berthe

Jacadi a dit : débarrasse toi de cette chenille ! Alors je ne l’ai pas fait, vous connaissez la règle du jeu …. Et puis, Jacques a dit : Fous le camp, je veux plus te voir ici ! Alors je suis partie avec ma béquille et ma Bertille sous la pluie de novembre. Dans un fossé, on est tombées; ma béquille a dérapé à cause de la boue. Bertille s’est installée sur ma joue pour attendre un passant qui n’est jamais passé. Et puis quand mon visage est devenu glacé, elle s’est carapatée pour retrouver d’autres Bertilles et vivre sa vraie vie de chenille : Adieu, Berthe !

Maria

Je l’ai trouvée grâce à ses cheveux roses qui ondulaient sur l’eau boueuse du fossé. Maintenant, on est ensemble là-haut, ma fille Berthe et moi, et on observe Jacques avec Candy, sa nouvelle femme et leur bébé, Eva.
Candy, elle pousse le landau à poil dans tout le quartier, et Jacques a un peu honte, comme quand Berthe promenait Bertille au bout d’un fil de soie. Avec Berthe, ça nous fait bien rigoler la honte de Jacques ; s’il a si peur du « Candy-ra t-on » il avait qu’à pas épouser une femme qui s’appelle Candy !

MH

Un grand bravo à Ann EL qui a astucieusement su illustrer ce texte étrange. Vous pouvez d’ailleurs découvrir toutes ses œuvres plus magiques les unes que les autres sur: https://annelsprayetdentelle.com

 

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7 commentaires sur “Jacques, Berthe, Maria, Bertille, Candy, Eva…

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