Tortures géographiques

BURRRRRRRRRRRRRR

Le texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de MLN / CH dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 357. Thème imposé: géographie.

Il était grand, gros, gigantesque, le prof de géo, presque aussi effrayant que sa matière !
Avec sa blouse blanche, il ressemblait à un boucher ! D’ailleurs, n’était-ce pas ce qu’il s’évertuait à faire : débiter ses élèves en petits morceaux …
J’étais l’une de ses malheureuses victimes de onze ans. Timide, mal dans ma peau et plutôt réfractaire aux secrets des cartes, je présentais le profil idéal pour ce bourreau des salles de classe.
Ce mardi-là, la France était particulièrement rébarbative, c’était la carte muette des fleuves, des rivières et de leurs affluents qu’il fallait tous identifier sans la moindre erreur.
Le sadique nous faisait passer au tableau dans l’ordre alphabétique de nos noms de famille et c’est par ces mêmes patronymes qu’il nous interpellait, filles comme garçons, abrupte, froid, brutal et sans aucune fioriture.
Les noms de mes condisciples se succédaient à toute allure et malgré les nombreux M et S de la liste, je voyais l’ombre du T se profiler dangereusement.
Bon nombre de mes compagnons de souffrance avaient été renvoyés à leur place avec des réflexions vexantes et déstabilisantes du genre :

LOUCHARD, tu louches sur le Rhône ou sur le Rhin ?

MISERE, tu portes bien ton nom !

Ou pire encore, à une camarade un peu ronde dont la pompe à vélo dépassait toujours de son cartable:

POTRIN, tu vas en avoir bien besoin de ta pompe pour te r’gonfler !

Puis, soudain, c’est à moi qu’il s’adressa, de sa voix métallique : TOURNIER ! A ton tour !
La leçon, je l’avais apprise sur le bout de mes doigts tremblants, et pourtant, face au tyran, j’avais l’impression de ne plus rien savoir.
C’est flageolante que je fis face à la carte suspendue au tableau noir par un crochet de boucher; tous ces petits traits zigzagants, plus ou moins longs qui se jetaient soit dans la mer soit les uns dans les autres n’avaient plus pour moi d’autre noms que celui de SERPENTS. Des serpents prêts à m’inoculer leur venin.

TOURNIER, j’entends tes os qui claquent !

Etait-ce bien la réflexion à faire pour m’insuffler l’inspiration des cours d’eau français ? Le claquement de mes dents qui, lui, était bien réel, ne fit que s’amplifier suite à cette remarque humoristique, et c’est meurtrie et honteuse que je regagnai mon pupitre.

Aujourd’hui j’en ris mais je me souviens encore des nuits blanches et des crises d’angoisse précédant ces séances de tortures géographiques !

MH

22 commentaires sur “Tortures géographiques

  1. Pareil pour moi: la géo, ma hantise, mes pires échecs! Avec le temps j’ai apprivoisé cette matière au fil de voyages, idem pour l’histoire qui maintenant me passionne alors qu’à l’école, beurkk! On change avec l’âge et on rit de ces frayeurs enfantines, heureusement 😉

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  2. Dommage que tu n’aies pas pu en finir (au moins d’une façon littéraire), le crochet de boucher te tendait les bras ! Le stress est bien évoqué avec tout ce qui zigzague, déstabilise, tremble, est flageolant. C’est tellement facile de terroriser un jeune enfant. Un prof malade ou comment faire pour qu’aucun élève ne soit géologue, géographe, géomètre ou n’importe quoi commençant par géo ! Ton écriture arrive à nous faire froid dans le dos !

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