Les mots prisonniers

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© Hannes Wolf

Le texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Hannes Wolf dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 316.

 

BEAUTE, AMOUR, BIENVEILLANCE, GENTILLESSE, AMITIE, LIBERTE, BONTE, DOUCEUR, GAITE, RIRE.

Les dix mots avaient été fixés là, sur cette plaque de fonte, enchâssés dans des rails. Ils n’auraient plus le droit d’enchanter la bouche des poètes, des orateurs, des amoureux ou des enfants. Ils resteraient bloqués à jamais, ne côtoieraient plus la grande communauté du vocabulaire.
Laideur, Haine, Malveillance, Méchanceté, Mépris, Enfermement, Cruauté, Rudesse, Tristesse et Pleurs se moquaient bien de leurs dix contraires. Chaque jour, un plus grand nombre de bouches les prononçaient, dans toutes les langues et sur tous les continents. Ils régnaient sur le monde et parfois même se reproduisaient; c’est ainsi qu’ Enfermement et Cruauté donnèrent naissance à Torture, que Haine et Mépris engendrèrent Dictature et que Tristesse et Pleurs mirent au monde Suicide.
La vie des hommes était devenue effroyable. Chevillés sur leur plaque, les bons mots se lamentaient de ne pouvoir intervenir.
Du fin fond de la forêt où son amie Patience l’avait entraîné pour échapper à la plaque de fonte, Courage trépignait pour mener une action spectaculaire.
-Attend, attend encore! murmurait Patience, attend que les sales mots soient distraits ou engourdis, et là tu pourras agir…
Et ce jour ne tarda pas.
Dictature et son père Mépris décidèrent d’organiser une grande soirée de gala à laquelle ils invitèrent Drogue, Alcool et Orgie pour régaler tous les sales mots de la terre. Au bout de quelques heures, plus aucun n’était capable de parler ni de réagir, leurs lettres disséminées, tremblotantes ou en italique aux quatre coins de l’immense salle des fêtes.
Alors, Courage se prit lui-même à deux mains, s’élança hors du bois, traversa prairies et vallées pour atteindre le sinistre entrepôt où les bons mots avaient été relégués. D’un coup sec il assomma les trois gardes que Mépris n’avait pas voulu convier à la fête, et dégagea les dix prisonniers de la fonte.

Depuis ce jour, Beauté, Amour, Bienveillance, Gentillesse, Amitié, Liberté, Bonté, Douceur, Gaîté, Rire, Courage et Patience gouvernent le monde et changent le mal en bien :
Laideur se regarde plus souvent dans la glace et trouve qu’elle embellit.
Haine a pris Amour comme coach et s’améliore à vue d’œil.
Malveillance a épousé Bienveillance et a jeté son « mal » au fond d’un puits.
Méchanceté s’est délestée de son « mé » et aussi de son « té » pour se donner une Chance!
Mépris ne méprise plus personne depuis qu’il distribue des primes à tout le monde.
Enfermement s’est métamorphosé en Firmament.
Cruauté est douce comme une agnelle depuis qu’elle ne mange plus que des crudités.
Rudesse est maintenant une déesse de la rue !
Tristesse n’est plus jamais triste depuis qu’elle a rencontré Tristan.
Et Pleurs a transformé ses larmes en pluie pour arroser les fleurs.

MH

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Maria, Rosalie et leurs divagalogues

yada-yada-1432923_1920J’ai imaginé ce texte dans le cadre de l’atelier « Agenda ironique de novembre » Il s’agissait de créer sa propre rencontre autour d’un café comprenant des « mots-valises » et des bouts de dialogues inventés par tous les membres du groupe.
Maria et Rosalie, deux amies de longue date, viennent de finir leur cours de zumbaboum. Elles se détendent près de la machine à cafthé du club de remise en norme…

Maria : Tu te débroudanses vachement bien, toi dis donc !

Rosalie : Tu n’imagines même pas la pinguouination qu’il a fallu déployer pour en arriver là !

Maria : Et notre coach, quel punch elle a !

Rosalie : Elle est dotée d’une polimalie à toute épreuve ! Hé, regarde ce petit malingre qui fait de la gonflette. On voit qu’il n’est pas beaucoup rentré dans la cabine de bronzage !

Maria: En effet, un vrai gymnasticot !

Rosalie : Comment aimes-tu les hommes, toi, Maria ?

Maria : Résolument abomifreux, ce sont de loin les plus séduisants !

Rosalie : Holala, regarde ce petit ver existancié qui tire les artificelles de ses neurones !

Maria : Ridicule ! Je ne l’ai pas trouvé dans mon agengouin celui là ! On peut dire que Creaginaire est de retour !!

Rosalie : Je dirais plutôt, quinquagénaire !!!

Des ecriames se font entendre non loin.

Maria : Tu entends ce grondement sourd ?

Rosalie : C’est le cri de balument des martinets bleus au-dessus d’un nid de roudoudous à poil roux.

Maria : Ah ! Ceux qui font du body pump à poil dans la saldenbas !

Rosalie : Elle enchanquise fort, la dame d’à côté, non ?

Maria : Oui, mais pas pire que Charonne !

Rosalie : Ah oui ! Cette femme américaine qui sentait mauvais comme un animal tué sur la route !

Maria : Exactement ! Eh bien tu connais pas la dernière… à la mi-mois, nous nous sommes retrouvées pour ce délibule délire de club d’éléphantastique. Il s’agit de sauter à l’élastique à dos d’éléphant fantasque.

Rosalie : Ah ouais ?! Tu as revu Charonne là-bas? Encore une histoire qui se veut drolatour ?

Maria : Bof… elle est enceinte ! Et tu sais pas de qui ?

Rosalie : Non ?!

Maria : De mon mari !!! Ce saperlipopard a osé me dire : Nous passons des moments mergnifiques elle et moi…

Rosalie : Calculot !

Maria : Moi, pour me venger je lui ai dit que tous les bébés sont des tartuffoliques : on croit qu’ils sourient quand ils ont mal au ventre. Et surtout les bébéfilles !

Rosalie : Bien fait !

Maria : Cette folle de Charonne, elle veut appeler sa petite Jumeleine !

Rosalie: Elle n’a pas peur que ça lui fasse pousser des dents de cheval ?

Elles rient de bon cœur

Maria : Hier soir, j’ai demandé à mon mari, Qu’est-ce que tu vas m’offrir de beau pour Fatalimace ? Pour Fatalimace tu auras des poux, qu’il m’a répondu le salichien ! Alors moi je lui ai dit, Demain la saison de la couettivité débute ! Les femmes peuvent inviter tous les hommes qu’elles veulent sous la couette matrimoniale !
Rosalie : Houlahoups ! Et vous en êtes venus aux mains ?
Maria : Non… Après un rapide chocile nous décidâmes de remettre à plus tard la suite de nos tractations. Mais l’infidélité de mon époux me fait douter de mon pouvoir de séduction, Ô miroir, miroir. Dis-moi, suis-je le plus mirififique de tous les miroirs ?
Rosalie : Mais ne t’en fais donc pas, mon amie, tu es toujours la plus mirififique, tu es juste mariée à un gougeât et heureusement, d’autres y mettraient plein de délicaristique et te réciteraient des chanpoèmes à longueur de journée. Et puis… padomme, c’est pas la mort non plus !

Maria : C’est vrai, en espérant que notre insolitude ne se remarquera pas trop, si on sortait un peu, l’air frais nous fera du bien.

Les deux amies marchent maintenant dans la rue.

Rosalie : Holala, comme c’est amipluqué : les mots gèlent sitôt dans l’air brumageux, et si vite qu’ils se collent à leurs voisins !

Maria : Alors, on n’a qu’à prononcer des mots d’amour comme ça, ils se tiendront chaud !

MH

Rejoindre Mathilde…

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Derrière le mur, il y avait Mathilde, ses parents l’enfermaient dans leur grande bastide.
Et moi, je n’avais qu’une seule idée, l’embrasser. Mais avec mon pied bot, pas facile d’escalader. J’aurais pu demander son échelle à Gaston le maçon, mais il s’en servait pour gravir un autre mur, celui où Graziella faisait sécher ses bas.
Et si je nouais des draps comme Gaspard le taulard qui s’était échappé de sa cellule pour retrouver Ursule …L’affaire était plus délicate pour aller de bas en haut que de haut en bas…
A moins que je ne persuade Jean-Paul de me prêter sa chignole, je ferais un gros trou et m’y introduirais, tout simplement… Mais si je cassais sa mèche, Jean-Paul m’en voudrait, éternellement.
Au pied du mur, me vint une dernière idée, celle de murmurer. Certains murmurent bien à l’oreille des chevaux, alors pourquoi pas à l’oreille d’un mur ?
Je t’aime Mathilde, je voudrais t’embrasser.
Alors, au plus profond de la pierre, j’entendis le plissement de ses lèvres et le son d’un baiser.

MH

Petite questionnette: Et vous qu’avez-vous fait de dingue pour rejoindre un amoureux ou une amoureuse ?

A quoi ça sert ?

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– Dépêche-toi de finir ta tartine, Matéo ! On part à l’école dans cinq minutes, si tu lambines trop je vais être en retard au travail, moi !
-Le travail, dis, ça sert à quoi ?
– Eh bien, le travail, ça sert à occuper les parents pendant que les enfants sont à l’école, sinon, les parents, ils pleureraient toute la journée tellement ils s’ennuieraient !
– Et la journée, ça sert à quoi ?
– La journée, ça sert à découper la vie en tout petits morceaux pendant lesquels on fait plein de choses différentes selon les heures, sinon, la vie, elle ressemblerait à une longue plaine monotone avec un grand fossé au bout.
– Et un fossé, ça sert à quoi ?
– Un fossé ça sert à se planquer quand on joue à cache-cache avec les policiers, ça sert aussi de chambre aux gens qui n’ont pas de maison, mais c’est pas très confortable en hiver à cause de la boue.
– Et une chambre, ça sert à quoi ?
– Ç’est un endroit où on se met couché pour se reposer après une journée de travail. Ça peut aussi servir à faire les bébés pour qu’il y ait toujours plus d’êtres humains sur terre ; et quand la chambre est froide on peut même y stocker de la viande !
– Et la viande, ça sert à quoi ?
– A donner des sous au boucher, du cholestérol à ses clients et à remplir les Mac Do.
– Et les bouchers à quoi ça sert ?
– A aiguiser les couteaux, à boire un coup au bistrot avec les boulangers, et à transformer les animaux en steaks et en saucisses !
– Et les animaux, à quoi ça sert ?
– Ça sert à distraire les chasseurs, les « mémères à leurs chienchien » et les sales gosses qui veulent jamais changer la litière du chat !
– Et les sales gosses, à quoi ça peut bien servir ?
– Bé enfin … à poser des questions débiles aux parents pressés !!

MH

Petite questionnette: Et vous, quelles questions rigolotes ou pertinentes vos enfants vous ont-ils posées, étant petits ?

Fille de loup et de chèvre

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Ce texte est ma participation au défi de l’Agenda ironique de juin 2018 organisé par Carnets paresseux. http://www.bricabook.fr/
Le thème était : « Tout et son contraire » et on avait le choix de s’inspirer ou non de la photo ci-dessus. Il fallait aussi utiliser au moins cinq des mots suivants: soleil, brousse, chaussure, pingouin, tentacule, épuiser, vert.

 

Loupèvre, la petite bête cornue n’était pas fille de loup et de chèvre pour rien. Elle avait sans cesse envie de tout et son contraire ; avancer sous le soleil et reculer sous la pluie, faire plaisir aux bambins et leur balancer un coup de corne, se marier et rester vieille chèvre, enfiler ses chaussures et marcher sabots nus dans la verte… Les deux cotés opposés de sa nature la torturaient chaque jour, en particulier au mois de juin, lorsqu’elle tirait la carriole dans les chemins creux où déambulaient aussi le bouc, le chien et le pingouin du voisin.
Cette lutte intérieure l’épuisait tant, qu’elle finissait par s’endormir debout au grand désespoir de Noé et Noémie, obligés de rentrer à pied au château.
Un beau jour, Madame de Goussainville prit le taureau par les cornes, puisque la demi chèvre n’était pas là…
– Les enfants, cette situation n’est plus tolérable ! Si le mal-être de Loupèvre l’empêche de vous promener, il va falloir lui trouver une psy, saperlipopette !
– Une psychiatre, maman ? demanda innocemment Noémie
– Bien sur que non, petite idiote ! lui répondit sa mère, les psychiatres sont beaucoup trop chers…
– Une psychologue alors ! intervint Noé, on en trouve à la pelle dans toutes les universités !
– Mais enfin, vous galéjez mes chéris…, je voulais parler d’une psyché que je paierai moins de dix tentacules au vide grenier du quartier !
– Ah … conclurent le frère et la sœur, sans vraiment comprendre la logique de leur chère maman.

Plantée devant la psyché au miroir terni par des siècles d’introspection, Loupèvre s’observait.
Planquée derrière la psyché au bâti recouvert de toiles d’araignées, Madame de Goussainville cogitait.
Si la drôle de bête prenait conscience de son unité corporelle, malgré ses parents dépareillés, peut-être cesserait-elle de tergiverser …
Par le trou de la serrure Noé et Noémie tentaient de voir ce qui se tramait dans le salon, mais l’orifice était si petit et leur curiosité si grande qu’ils ne parvinrent qu’à se bousculer et se chamailler. Quand tout à coup, l’attente angoissée de la mère et la bagarre des deux chérubins furent interrompus par un hurlement chevrotant qui émergeait : « Je veux épouser le pingouin du voisin !! »

MH

Petite questionnette : Et vous, qui préfériez vous accueillir dans votre salon, une psychiatre ou une psyché ?

 

Jacques, Berthe, Maria, Bertille, Candy, Eva…

 

Eva

LA CHRYSALIDE

 

Jacques

Comme disait feue mon épouse en accouchant et en calanchant à la fois : Jacques, faut surtout pas appeler la petite Eva, parce qu’on va tout le temps lui dire : « Eva chier ! »
Quelle drôle d’idée ! Pourquoi pas « Eva te coucher » ou bien « Eva faire tes devoirs » … Enfin, j’ai quand même respecté sa dernière volonté et j’ai appelé ma fille Berthe. Manque de bol, Berthe est née avec un pied bot au lieu de deux beaux grands pieds, mais c’est pas grave, elle marche avec une béquille. Et puis, elle a tellement de charme, ma fille, que tous les gamins se pâment. Y en a même un qui lui a offert des mille pattes pour son goûter ! Berthe a trouvé les bestioles si mignonnes qu’elle a préféré les laisser vivre et qu’elle s’est tapée une poêlée de légumes bio à la place. Ah…ma fille Berthe et ses cheveux roses, c’est devenu une sacrée nana de vingt-cinq ans aujourd’hui, et on peut pas dire que la mort de sa mère l’ait beaucoup traumatisée : lauréate du concours de piano de la ville, elle avait bien mérité sa soirée Rock’n roll et bain moussant au Blue Moon

Berthe

Il croit quoi mon père ? Il me prend pour qui ? M’offrir une soirée Rock’n roll et bain moussant ! Mais, qu’est-ce que j’en ai à faire… Il a pas encore compris qu’il y avait que la musique douce et les p’tites bêtes qui m’intéressaient dans la vie ? L’été de la sécheresse, j’avais tellement peur que les insectes du jardin meurent de soif, que je me suis allongée en maillot de bain sur la pelouse et que j’ai balancé un seau d’eau fraîche sur tout mon corps. Au bout de cinq minutes, ils sont tous arrivés : les bourdons, les coccinelles, les charançons, les coléoptères, les papillons, les punaises, les bourdons et les abeilles. Ils se sont désaltérés à même ma peau. Moi, j’étais trop bien avec Mozart dans mes écouteurs, et dans le cœur, ce sentiment profond d’être une source de vie pour toutes ces petites créatures.

Maria (feue l’épouse de Jacques et feue la mère de Berthe)

Merde alors, ils se comprennent vraiment pas ces deux-là ! Moi je vois tout de là-haut et ça m’angoisse trop l’âme. Pauvre Jacques, j’aurais peut-être dû le laisser appeler la petite, Eva, finalement. « Eva discuter avec ton père ; Eva lui dire ce qui te plait dans la vie » ça marchait aussi … Berthe est une fille étrange mais pas comme Jacques l’imagine, Berthe c’est la pureté et l’amour infini et ce n’est pas parce qu’elle a les cheveux roses qu’elle apprécie les boites de nuit !

Jacques

Berthe a adopté une chenille qu’elle a appelée Bertille ! Elle la promène au bout d’un fil de soie dans le jardin et sur le trottoir. Je lui ai demandé si elle voulait pas que je lui offre un chien plutôt (on l’aurait appelé Pluto) Elle m’a regardé comme si j’étais débile, l’air de dire : Papa, va chier… Ca m’a rappelé le prénom Eva que Maria n’aimait pas. Ah, mon Eva ! Si je t’avais près de moi, qu’est-ce qu’on serait bien ensemble : Eva chercher la laisse de Pluto qu’on fasse une balade en forêt tous les trois… Eva mettre ton manteau, je t’emmène au restau…

Berthe

Jacadi a dit : débarrasse toi de cette chenille ! Alors je ne l’ai pas fait, vous connaissez la règle du jeu …. Et puis, Jacques a dit : Fous le camp, je veux plus te voir ici ! Alors je suis partie avec ma béquille et ma Bertille sous la pluie de novembre. Dans un fossé, on est tombées; ma béquille a dérapé à cause de la boue. Bertille s’est installée sur ma joue pour attendre un passant qui n’est jamais passé. Et puis quand mon visage est devenu glacé, elle s’est carapatée pour retrouver d’autres Bertilles et vivre sa vraie vie de chenille : Adieu, Berthe !

Maria

Je l’ai trouvée grâce à ses cheveux roses qui ondulaient sur l’eau boueuse du fossé. Maintenant, on est ensemble là-haut, ma fille Berthe et moi, et on observe Jacques avec Candy, sa nouvelle femme et leur bébé, Eva.
Candy, elle pousse le landau à poil dans tout le quartier, et Jacques a un peu honte, comme quand Berthe promenait Bertille au bout d’un fil de soie. Avec Berthe, ça nous fait bien rigoler la honte de Jacques ; s’il a si peur du « Candy-ra t-on » il avait qu’à pas épouser une femme qui s’appelle Candy !

MH

Un grand bravo à Ann EL qui a astucieusement su illustrer ce texte étrange. Vous pouvez d’ailleurs découvrir toutes ses œuvres plus magiques les unes que les autres sur: https://annelsprayetdentelle.com

 

L’estomac dans les talons

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J’avais l’estomac dans les talons. Je me demandais comment il avait pu descendre aussi bas et surtout, pourquoi.
En avait-il eu assez de son voisin le foie ? Pourtant celui-ci était fort distrayant, surtout à Noël et à Paques avec ses crises aigues.
Ou alors, mon estomac avait voulu voir mes chaussures de plus près… Il faut dire que mes nouvelles Louboutin et leurs talons de dix-huit centimètres avaient de quoi attirer n’importe qui, de surcroît un organe tout mou et tout moche en forme de J majuscule.
C’était donc cela, mon estomac était tombé amoureux de mes souliers. Quelle drôle d’histoire et surtout, quel voyage ! Il avait dû passer par l’intestin, se faire tout mince comme une pieuvre dans un tuyau, pour emprunter ce tunnel. Et puis après, quel avait été son itinéraire ? Je n’ose même pas l’imaginer …
Toujours est-il qu’il était là, dans mes talons et que ça me faisait une drôle de sensation molle sous la plante des pieds.
Quelqu’un me dit : « Mange et tu verras, il va remonter ! » Mais l’idée de sentir cet organe cheminer de bas en haut me donna tout de suite la nausée.
Et puis, avais-je vraiment le courage de briser cette idylle naissante entre mon estomac et mes souliers ?

MH

Petite questionnette: Et vous, quelle expression de notre langue vous amuse ?

Pas de baraka pour MH

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Le Baraka, c’est un bar super branché où seuls les K ont le droit d’aller.
Moi, je m’appelle MH alors je ne peux pas y entrer…
Pourtant je suis un cas dans mon genre, mais pas un K comme il faudrait pour boire un verre au Baraka.
J’ai bien essayé de tordre mon M et aussi mon H pour ressembler à un K. Pendant toute une journée j’ai tiré, plié et replié les jambes de mes initiales mais je n’ai réussi qu’à me faire un tour de reins, un bleu au Q et un pied bot. Encore moins de chances pour moi de pénétrer le Baraka. Car les K sont tous beaux et sans pied bot. Leur dos bien droit, leur uni-jambe élégante et leur nez qui pointe vers l’avant, quelle classe, quelle grâce, quand ils s’alignent au comptoir. Je les observe de l’extérieur, j’ai même essayé de draguer leur videur, un beau W hyper musclé, c’est pour ça qu’ils l’ont choisi, les K.
– Comme vous avez de gros biscoteaux ! Les miens sont minuscules à coté… Je peux toucher ? S’il vous plaiaiaiaiaiaiaiaiat !!!! Je rêve d’entrer au Baraka…
– Pas de MH au Baraka ! Filez ou je prends votre H pour taper sur votre M !
Ô, Pourquoi tant de N ? Moi, je voulais juste aller au Baraka…

MH

Un appétit contrarié dans sa continuation

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Bon appétit ! Il parait que ça « fait plouc ». Moi, je ne le dis jamais mais j’adore qu’on me le souhaite. Dites-moi Bon appétit et je vais avoir une envie dévorante de me jeter sur un bœuf carottes, une tarte Tatin ou un veau Marengo. C’est fou ce pouvoir du mot appétit sur ma personne. Je me demande si cela vient de sa sonorité finale en « i » qui me fait immédiatement penser à de la mie de pain bien moelleuse et réconfortante.
J’ai une amie qui déteste la mie. Elle la roule en boule et la malaxe comme de la pâte à modeler ; elle ne mange que la croûte. Mon amie n’aime pas la mie, mais son mari, si.      Il dévore les boulettes qu’elle pétrit ; c’est dégoûtant, mais c’est ainsi, il lui dit :
« – Je peux manger ta mie, ma mie ?
Et elle répond :
– Oui, mon ami, mange ma mie, mais je ne comprendrai jamais comment tu peux aimer cette saloperie ! »
Au restaurant, les serveurs vous servent du bon appétit à toutes les sauces et à chaque plat. On ne leur a pas appris, à l’école hôtelière, que ça ne se fait pas ? C’est dommage parce que plus ils me le disent, plus j’ai envie de commander, des œufs mimosa par-ci, un poulet rôti par-là… Ils ne pensent pas à ma brioche qui s’arrondit de repas en repas. Ou plutôt, ils ont tout compris, bon appétit, bon appétit et le tiroir-caisse se remplit.
Mais si après le hors-d’œuvre, ils ont le malheur de me souhaiter une bonne continuation, alors là, c’est l’effet inverse. J’arrête tout de suite de manger. Me dire bonne continuation c’est comme me dire stop!
CONTINUATION, quel vilain mot ! D’ailleurs, sa première syllabe est un gros mot que je ne prononcerai pas. Puis vient l’affreuse diphtongue « UA » suivie de l’ignoble « TION » qui fait penser à amputation, accusation, incarcération, décapitation…vous vous sentez pleinement assassin de votre volaille !!
Pourtant, si j’avais vraiment la volonté de me mettre au régime, cette expression serait pour moi une bénédiction. Mais, pour qu’un serveur me souhaite une bonne continuation encore faudrait-il que j’aie commandé deux plats : Entrée plat ou Plat dessert ce qui est déjà trop quand on veut maigrir !
Je vous entends penser tout fort : QUAND ON VEUT PERDRE DU POIDS, ON NE VA PAS AU RESTAURANT !! Ce qui est vrai …On reste chez soi devant son radis et son concombre et on se souhaite à soi-même une bonne continuation pour être sûr de s’arrêter net avant le dessert !

 

MH

Petite questionnette : Et vous, quelles sont vos expressions adorées ou détestées ?

Rendez-vous décoiffant chez le coiffeur

 

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Une dame patiente sous le casque chauffant d’un salon démodé. Le coiffeur s’agite sans cesse des bacs aux fauteuils pivotants et de l’arrière boutique à la caisse enregistreuse. Il dégaine tour à tour ses ciseaux et son peigne, coiffant des personnages imaginaires sans jamais revenir vers sa seule vraie cliente. Mais tout à coup, elle l’interpelle :

– Excusez moi, mais …vais-je attendre sous ce casque de façon permanente ?
– Qui sait ? Cela dépendra de votre indéfrisable… à moins que vous ne préfériez une simple mini vague ?
– Une mini vague… une minivague… comme en mer méditerranée ?
– Ou de gros rouleaux comme sur l’Atlantique, c’est comme vous désirez …
– Ce que je désire, je l’ignore… mais ce qui me défrise c’est l’attente, il est presque midi à votre tondeuse et je rêve d’un Big Mac
– Désolé, mais nous n’avons que des bigoudis…
– Avec quelques mèches poivre et sel arrosées d’un shampoing à la kératine, ça serait parfait !
– Vos délires sont des ordres, Madame !

Le coiffeur disparaît dans son arrière-boutique et en revient presque aussitôt avec l’extravagant menu servi sur un plateau d’argent. La cliente déguste.

– Parfaitement réussi, vous avez un sacré coup de peigne !
– J’avoue que je n’ai pas volé mon épingle au guide mi-cheveux.
– Et pour la coupe, comment la souhaitez-vous ? Au carré, dégradée, asymétrique,     effilée ?
– Inutile de couper les cheveux en quatre, rasez tout !
– Que je rase ?? Quel toupet vous avez ! Vous êtes absolument ébouriffante !

Le coiffeur plein d’admiration pour l’excentricité de sa cliente la tond avec enthousiasme. Puis il file dans son arrière-boutique et en revient avec un appareil photo

– Chère madame, permettez que je vous fige sur la pellicule, c’est pour le book du salon…
– Entendu ! Mais, frictionnez d’abord mon désert capillaire avec une bonne lotion ! Les boucs aiment les femelles brillantes !
– Avec plaisir ! (Le coiffeur se met à frotter vigoureusement le crâne de sa cliente avec une lotion à l’ortie) Jamais cuir tondu n’aura été aussi luisant !

Une fois la photo prise, il est temps de passer en caisse.

– Cela vous fera un total de 150 moumoutes.
– 150 moumoutes !!! Eh bien vous pouvez toujours vous brosser pour que je paye une somme pareille !
– C’est le tarif chez Coupe tif, Madame !
– Vous savez qu’à Versailles la coupe était gratuite en 1789…
– J’ai entendu dire, oui …Mais nous sommes en l’an 2000 …
– En plus, à l’époque, ils faisaient du « deux en un » avec la nuque, ils étaient un peu moins regardants que vous aujourd’hui !
– Les temps changent ma bonne dame, d’un simple balayage…Mais ne nous crêpons pas le chignon d’avantage, je vous applique une remise en plis de 20 moumoutes en mémoire de l’époque des perruques !

MH