Bjarkar

Dans le cadre de l’Agenda Ironique du mois de mai, Photonanie nous propose d’écrire un texte qui se passera dans un pays froid, l’Islande éventuellement. Elle aimerait assez que s’y glissent les mots suivants: ailurophile, syllogomanie, bec à foin et puis aussi coquecigrue parce qu’elle aime bien ce mot. Si en plus le texte se présente sous forme d’anadiplose, elle sera comblée !!

Bjarkar  était un bec à foin. « Bec à foin » qui se disait  « hálfviti » dans sa langue islandaise, et qui n‘en voulait pas moins dire qu‘il était sot et naïf. Naïf au point de croire qu‘il pourrait, lui, pauvre petit éleveur de moutons, séduire Björk la célèbre chanteuse au faciès de chat. Chats dont il était fan depuis sa plus tendre enfance, lorsque sa maman avait rapporté à la ferme, une pauvre bête transie de froid trouvée au pied du glacier Vatnajökull.
C’est donc ainsi que Bjarkar était devenu ailurophile, sa passion le poussant à adopter tous les félins errants du secteur et à rêver en secret à Björk, l’illustre femme chat qu’il épouserait un jour.
Un jour mais pas tout de suite…. car pour oser installer la star du rock à la ferme familiale, il devrait, outre le rangement et le nettoyage de toutes les litières, gamelles, coussins et autres arbres à chats, se débarrasser de l’amoncellement  de boites,  cartons, canettes, caisses, journaux, magazines et papiers divers qui  jonchaient le sol de toute la maison. Maison devenue une vraie poubelle après la disparition de la maman  et la syllogomanie aggravée de Bjarkar.
Bjarkar, très sûr de lui, n’écouta pas ses voisins quand ceux-ci lui dirent qu’il ne viendrait jamais à bout de son capharnaüm : Coquecigrues ! («vitleysa» en islandais)
Lança-t- il à tous les dubitatifs, Foi de Bjarkar, j’y arriverai et la femme chat m’épousera !
Fort de sa détermination, Bjarkar commanda un camion benne dès le lendemain. Lendemain qui fut le premier jour du reste de sa vie. Vie qui fut complètement chamboulée après les opérations de tri, de déblayage, d’assainissement et de décoration qu’il mena en sa demeure. Demeure qui faisait désormais l’admiration de tous ! 
Quelle ne fut pas la stupéfaction des villageois lorsqu’ils virent la célèbre chanteuse au minois de chat franchir le seuil de la ferme dans les bras de Bjarkar le bec à foin !
 Bec à foin, finalement, il ne l’était pas tant que ça !

			

Jeu numéro 22

Cette semaine dans le cadre d’un  Challenge d’écriture sur son blog  L’atmosphérique, Marie nous propose  en partant du poème Mon rêve familier de Paul Verlaine de changer à notre guise les morceaux de vers en gras:

Rappel du vrai poème :

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon cœur transparent
Pour elle seule, hélas ! cesse d’être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse ? Je l’ignore.
Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore,
Comme ceux des aimés que la vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L’inflexion des voix chères qui se sont tues.

MON GATEAU PREFERE

Je fais souvent ce gâteau excellent

D’une femme inconnue repérée sur le web

Et qui n’est chaque fois, ni tout à fait le même

Ni tout à fait un autre, plus ou moins gonflé, je me comprends…

Car j’oublie parfois la levure, et mon cœur transparent

Se déchire ! Mais cela cesse d’être un problème.

Pour elle seule, je me remets à l’ouvrage

Elle seule sait m’encourager à travers l’écran.

Est-elle brune, blonde ou rousse ? Plutôt ambrée comme un flan

Son nom ? Dans mon esprit, il marmitonne

Comme ceux des stars que l’Internet entier bichonne

Son pouvoir est semblable au regard des statues

Et, pour sa voix, métallique, autoritaire et absolue, elle possède

L’inflexion des ronronnements de mon robot culinaire !

Le départ de Pierre

J’avais prévu ce séjour Poitevin des mois auparavant pour signer la vente, chez le notaire, d’une vieille bicoque que je possédais dans le même village que mes parents. Mais quelques jours avant la date,  la signature avait été repoussée, acheteur covidé.

Je m’étais longuement interrogé : maintenir ce déplacement pour rendre visite à mes vieux parents, ou bien annuler … Non, y aller quand-même ; faire mon devoir ; passer trois jours pénibles de non-dits, de regards pesants et de reproches dans la maison de mon enfance, rien que pour me dire après : C’est fait, je suis tranquille au moins pour six mois, maintenant. 

Ensuite, j’avais hésité entre la voiture et le train ; le TGV, moins cher maintenant avec la Carte Senior. Une Carte Senior… J’étais le vieil enfant de très vieux parents, mais toujours aussi terrorisé.

Non, j’irais en voiture, comme ça, une fois là-bas je pourrais prétexter des courses ou des visites aux cousins pour m’échapper, ne serait-ce que quelques heures de la demeure parentale ; sinon je serais bouclé, bloqué, incarcéré, à leur merci pendant trois longs jours : trois petits déjeuners à la chicorée moisie, trois déjeuners sur la nappe amidonnée face à leurs quatre yeux perçants, trois diners devant les informations régionales. Impossible, insupportable, insurmontable.

Je montai donc dans ma bagnole, ne fis pas le plein à Paris pour ne pas être tenté de faire demi tour ; je prendrais de l’essence sur l’autoroute quand je serais au moins à cent kilomètres de la capitale.

Le temps était franchement désagréable, grisâtre avec des bourrasques violentes et des averses surprenantes. Ma vieille guimbarde tremblait comme une feuille à chaque fois qu’un poids lourd la dépassait, et les essuie-glaces fatigués peinaient à balayer les gouttes de pluie cinglantes sur le pare-brise. Je devais vraiment me concentrer pour conduire au son de l’autoradio qui ne parlait que de Covid, de guerre et des déprimantes élections. Je commençais à avoir très mal à la tête ; toutes les conditions d’un accident étaient réunies.

Mais après tout, si c’était ça la solution ? Plus de contraintes, plus de reproches, plus de sales moments à passer. Juste le néant…

Je décidai pourtant de m’arrêter sur la prochaine aire de repos, ou bien, était-ce ma voiture qui en avait pris l’initiative? Elle semblait soulagée de réduire sa vitesse en empruntant ce biais, ce chemin de traverse.

Un moment d’accalmie dans la tourmente et  l’hostilité.

L’aire était pourtant banale, impersonnelle et aseptisée, mais elle m’apparut comme une oasis.

Après avoir donné à boire à ma vaillante auto, je me garai, et c’est au moment où j’allais entrer dans le magasin autoroutier que je le vis, accroupi près de la porte de la cafétéria.

Il devait avoir la soixantaine, comme moi. A ses pieds, un croisé griffon somnolait. L’homme était vêtu d’un jean trop grand et d’un coupe-vent usé ; il portait la barbe, une barbe blanche de vieux loup de mer ; sa chevelure aussi était blanche, uniformément, pas comme la mienne où le brun avait encore le dessus. C’était un chat maigre, aride, buriné par les vents contraires. Ses yeux bleus délavés regardaient dans le vague, vers un avenir qu’on devinait océanique car dans ses mains sèches et brunes il serrait cet écriteau en carton :

ARCACHON

*

Quinze ans ont passé depuis ce voyage tourmenté. Je ne suis jamais retourné à Paris, et une seule fois à Poitiers, pour enfin vendre ma bicoque. Avec l’argent, j’ai acheté cette cabane de pêcheurs. Pour lui et moi.

Aujourd’hui, j’ai  les cheveux et la barbe aussi blancs que Jacques les avaient. A un gros clou, son vieux coupe-vent est arrimé, et je le porte à chaque promenade venteuse que je fais dans les dunes avec le chien Jim. Sur l’unique étagère, entre deux coquilles d’huitres, trône toujours l’écriteau délavé : ARCACHON

Jeu numéro 21

Cette semaine dans le cadre d’un  Challenge d’écriture sur son blog  L’atmosphérique, Marie nous propose d’écrire un poème ou un récit à partir de la célèbre strophe suivante « Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne » en partant sur un style complètement différent de celui du poème initial.

Parodie de Demain dès l’aube… de Victor Hugo

Dimanche dès l’aube

Dimanche, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne

Je me recoucherai. Vois-tu, je sais que le carrelage est glacial

J’irai juste aux toilettes, puis me ferai un thé

Mais je retournerai  en mon lit, très longtemps…

Je me rendormirai les yeux fermés sur mes rêves

Sans rien voir du matin, je ferai « mon mauvais citoyen »

Seul, tranquille, le dos calé par les oreillers

Somnolent, et le jour sera pour moi comme la nuit

Je ne regarderai ni les infos qui tombent

Ni les voiles qui divisent les candidats à la présidence

Et quand arrivera l’heure des résultats, je mettrai dans mon bol

Une tisane d’or, pour redormir encore, des camomilles en fleur

Rappel de l’original !!

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Marinette et le loup

Consigne : Ecrire un texte qui se passera la nuit dans la montagne au XIX -ème siècle et où il sera question d’un chat, d’une jeune fille et d’un verre à pied.

Avertissement : Aucune intention politique, juste de la grosse farce !

On dit que la nuit, tous les chats sont gris, et pourtant en cette nuit d’hiver glaciale, c’était la jeune Marinette qui était grise. Grise des trois verres de vin qu’elle avait bus pour se réchauffer dans ce refuge montagnard où son père et elle faisaient escale, en chemin pour le Pic du Vautour.

Son père, le bon berger Jeannot Lassalle, avait promis Marinette à l’ogre Méchanchon qui vivait tout là-haut. S’il lui offrait sa fille en mariage, Méchanchon avait assuré qu’il ne s’attaquerait plus à aucun des moutons du troupeau et qu’il trancherait même la gorge aux jeunes loups qui s’aventureraient à le faire.

Le nez trempant dans son verre à pied (car elle l’avait long) Marinette se demandait pourquoi les verres étaient si chics en ce refuge pourtant si précaire. Alors elle se mit à songer à Peau d’âne qui avait transformé l’immonde taudis où elle logeait en une cabane raffinée pleine de dorures, d’objets précieux et de robes merveilleuses. Elle aussi rencontrerait peut-être un prince qui dévierait l’affreux destin qu’on lui réservait.

Alors que le vieux Jeannot Lassalle ronflait à même le sol près de la cheminée, Marinette décida de s’aventurer à l’extérieur, son verre à pied toujours à la main. La nuit était profonde. Aucun son, aucune lueur à part l’Etoile du Berger au-dessus de sa tête : Non, non ne me parlez plus de bergers, je vous en supplie !! Hurla-t-elle au néant avant de s’effondrer en pleurs dans la neige poudreuse qui crissa sous son poids (car Marinette était fort rondelette)

C’est alors qu’elle entendit des loups hurler au lointain : Haouou, haouou, haouou !!! Les cris semblaient se rapprocher dangereusement du lieu où Marinette était tombée. Elle essaya de se relever, mais, impossible, elle était trop grise, trop saoule même, pour tenir sur ses deux pieds. Qu’importe, dévorez-moi, bêtes sauvages, puisque de la vie, je n’ai plus rien à espérer…

C’est alors que le chef de la meute s’approcha si près de son visage, qu’elle put voir ses yeux briller dans les siens. A sa plus grande surprise, le loup se mit à lui parler dans un langage des plus châtiés :

-« Marinette, belle et blonde Marinette,  veux-tu toujours fuir ton mariage arrangé avec l’ogre Méchanchon ?

– Oh, que oui, beau loup, mais comment le pourrais-je … mon père le berger Jeannot Lassalle a tous les pouvoirs sur moi et je ne puis lui désobéir, à moins que …

– A moins que tu ne me donnes ta voix, mignonnette Marinette ! Si tu chantes pour moi, je te saupoudrerai de poudre de perlimpinpin et tu échapperas à ta funeste destinée ! Je t’emmènerai dans une contrée côtière qu’on appelle Le Touquet !

– Mais quel est donc ton nom, beau loup des neiges ?

– Manu Macroc, ma splendeur !

Alors, de sa voix la plus suave Marinette entonna la Marseillaise et le loup se transforma aussitôt en un beau prince élancé au regard bleu, au nez pointu et à la chevelure claire.

Ils se marièrent mais n’eurent aucun enfant car Marinette n’était finalement pas si jeune que ça, et que le prince Manu Macroc avait bien trop de travail à diriger le royaume de France !

La grotte de Vallières

 Clothilde de Didonne vit face à l’océan. Elle vient d’avoir seize ans et on va la marier dans un mois.

Chaque jour, dès son éveil, elle court le long de l’escalier de pierre en colimaçon. Il lui faut atteindre le point le plus haut du castel familial pour guetter le Rayon Vert.

La voilà enfin à l’air libre dans la courette circulaire de la tourelle. Le voile de son hennin ondule au vent puissant du large. Elle s’accroupit, le visage calé entre deux créneaux pour mieux voir. Mieux voir la Grotte de Sunilda, baignée par la marée montante, et attendre le Rayon Vert qui la délivrera de son avenir annoncé.

*

Il y a bien, bien longtemps, alors que cette côte était encore vierge de toute empreinte humaine, les Cyto-Allains avaient débarqué sur leurs drakkars. Sunilda était l’une d’entre eux,  une superbe jeune fille encore pure. Son clan l’avait choisie comme modèle de proue pour le navire royal en raison de son exceptionnelle beauté. Les cheveux de Sunilda étaient blonds comme l’astre suprême et ses yeux vert d’eau illuminaient son teint de sable. Sa silhouette chaloupée enchantait tous les hommes de son peuple, mais seul Sven, le jeune sculpteur de la proue à son effigie, était sincèrement tombé amoureux d’elle.

Malheureusement, le sanguinaire roi Bernulf avait lui aussi jeté son dévolu sur l’innocente beauté. Dès que la flotte accosterait, les épousailles auraient lieu à même l’écume.

  – Terre ! » Le cri du guetteur retentit comme la sirène du dernier jour.

C’est une immense conche bordée de rochers et de cavités qui s’étale devant eux. Bernulf choisit la grotte la plus majestueuse pour la cérémonie imminente.

Sunilda vomit ce roi cruel qui ne se complait que dans le massacre des autres peuples, elle voudrait s’enfuir, loin avec Sven, sur ce littoral caressé par une clémente brise.

Mais les gardes de Bernulf ont enchaîné le sculpteur à son œuvre. Il ne pourra plus jamais prétendre qu’à une épouse de bois.

Quatre soldats sont nécessaires pour forcer la malheureuse élue à avancer jusqu’à la grotte. La longue robe couleur d’écume est souillée par leurs pinces de crabes. Les empreintes de ses pas contraints, sont recouvertes par les larmes des vagues.

*

Clothilde repense à ce Seigneur de la Roche Courbon  que son père veut lui faire épouser. Elle sait que le but est de  réunir leurs terres de chasse situées en Saintonge.  

L’homme est un vieillard dont elle a seulement vu le portrait, et à qui elle doit faire parvenir le sien en retour. Cette peinture que l’artiste Anselin a fait d’elle, avec les pinceaux de l’amour.

–  Sunilda, donne-moi la force de braver l’autorité de mon père ! Rayon Vert, apparais !

*

Jetée sous la voute rocheuse par les quatre paires de bras, Sunilda s’effondre sur le sable mouillé en implorant les divinités marines.

Au moment même où Bernulf s’apprête à la relever, son marteau de cérémonie dans la main, un aveuglant Rayon Vert  apparait aux confins de l’océan.

A l’intérieur de la grotte, toute la noce demeure pétrifiée face à cette luminosité surnaturelle,  tandis que les gardes restés auprès du sculpteur enchainé constatent sa disparition avec stupeur.

Quelques instants plus tard, une immense vague chargée de longues algues ondoyantes s’abat sur la grotte, emportant tout le clan avec elle. Seule, la jeune vierge est épargnée.

Sa robe d’écume est maintenant recouverte d’une parure de varech, et le vert de ses yeux est plus vert encore. Le corps sans vie de Sven lui est ramené par un second rouleau semblable à un tapis de mer.

*

Pendant des décennies l’on a nommé cette grotte : Grotte de Sunilda et puis le nom s’est perdu dans les rouages du temps … La légende racontait que l’éternelle fiancée hantait ce lieu, allongée sur le corps de bois du sculpteur.

La légende disait aussi que lorsque le Rayon Vert paraissait, aux confins de l‘océan, Sunilda exauçait le souhait d’une jeune fille entravée.

*

Nous sommes en 1975 et la jeune fiancée sait que ces parcelles face à la Grotte de Vallières ont toujours appartenu à sa famille. Installée sur la terrasse de la villa blanche, le cœur  bercé par les remous de la marée montante,  Fanny étudie son arbre généalogique en compagnie de  Clément son futur mari.

C’est sa grand-mère qui avait cette passion des ancêtres. Elle a pu remonter, loin, très loin dans le passé, du temps où un petit castel trônait sur cette parcelle.  La révolution n’avait pas effacé les traces de leur famille. Seule la bâtisse d’origine avait été détruite et certains noms de lieux et de rues changés  comme dans bien des villes de France …

Fanny relit ces noms qui l’ont toujours fait rêver, les noms situés sur la circonférence la plus périphérique de l’arbre généalogique en forme d’éventail. 

Clothilde, née (de) Didonne et Anselin Chaussoy avaient donnés naissance en 1440 à un garçon et une fille prénommés Sunilda et Sven. Quelle originalité pour l’époque !

– Et nous, Clément, comment appellerons nous nos enfants ? Que dirais-tu de Clothilde et Anselin ? 

Sous la luminosité du Rayon Vert apparu à la cime des vagues, les deux fiancés s’étreignent en une complicité éternelle.

Jeu numéro 20

Pour la semaine prochaine, dans le cadre d’un  Challenge d’écriture sur son blog  L’atmosphérique, Marie nous propose d’écrire un texte d’après la photo en faisant une partie sous l’angle de la nature et l’autre sous l’angle des pinces à linge !

Les pinces à linge et le grand chêne

Point de vue des pinces à linge de Marie-Soupline et Yves de Javel

Vive le chômage ! Nos employeurs sont partis en vacances pour une semaine ! Pas de chaussettes Burlington à  pincer, pas de robes vichy à retenir, ni de pantalons de golf à présenter au soleil comme de modestes offrandes à un Dieu asséchant.

Rien que le plaisir de se balancer par une merveilleuse journée, poussées par le souffle délicat d’une brise printanière. Regardez comme notre fil à linge est élégant, tout neuf, agréable à mordre, jaune et bleu aux couleurs de l’Ukraine, il soutient à son humble niveau, ce pays assiégé.  

Nous, les pinces à linge de luxe, sommes faites de bois, en parfaite harmonie avec le grand chêne qui nous surplombe. Nous méprisons cordialement les pinces en plastique des voisins ! Anti-écologiques et immondes avec leurs couleurs criardes, elles sont pourtant en totale adéquation avec les caleçons troués, les strings vulgaires et les soutiens-gorge XXL qu’elles soutiennent ! Souvent, elles tentent de nous impressionner en virevoltant sur leur étendoir tourniquet, mais nous restons de bois ! Nous ne sommes pas du  même monde et  n’en pinçons que pour les autres épingles de nos chers employeurs. Là est le ressort de la bonne entente avec Marie-Soupline et Yves de Javel, pas de copinage avec les plastique addicts, on ne mélange pas les torchons et les serviettes, non d’un chien mouillé !

L’autre jour, j’ai entendu Marie-Soupline dire à son mari : « Laisse Yves, je vais l’étendre cette machine, va te reposer… » Ils sont d’une gentillesse l’un envers l’autre ces deux-là, aucune tache sur leur long mariage immaculé !

Point de vue du grand chêne du jardin de Marie-Soupline et Yves de Javel

Ah les humains ! Quelle triste espèce ! Ils nous coupent nous tronçonnent nous débitent, et pour quoi faire ? Des objets ridicules, ineptes, triviaux, comme ces pinces à linge qui pendouillent lamentablement sous mes branches. Quelle honte ! Comment préférer la vacuité de ces trucmuches, à notre noblesse ! Nous les arbres, qui produisons l’ombre généreuse, l’oxygène indispensable, l’énergie vitale !

Tout cela pour faire sécher leurs stupides vêtements ! Et pourquoi ne vivent-ils pas nus, comme les autres mammifères ? A quoi leur servent ces morceaux de tissu inutiles ? A exploiter les pauvres cotonniers du Pérou ?

Arbres de tous les pays, unissez-vous !

En réalité les humains cherchent souvent à cacher leurs rondeurs sous leurs habits comme les gros fruits du marronnier sous leur bogue ; jamais ils ne feront de naturisme, ils ont trop honte de leurs bourrelets de graisse et de leur postérieur joufflus ! Regardez les voisins, Kevin et Jennifer Groseille… « En même temps » (comme dirait leur Président de la République) on n’aurait pas très envie de les voir en tenue d’Eve et d’Adam ces deux là ! Et en plus, ils utilisent des pinces à linge en plastoc ! C’est encore pire pour la nature ça, non ? Le plastoc c’est bien du pétrole solidifié ? Pouah ! Berk ! Dégueu ! Ah, ces humains, y a vraiment rien à en tirer, parole de chêne !

Jeu numéro 19

Voici une histoire écrite « à multiples mains » avec des amis sur un réseau social : le principe, quelqu’un lance un début, puis chacun écrit un paragraphe au gré de ses envies et de son temps.

                                                     LA BELLE VIE

1/ MH

Dans la famille Tournecuisse de Belgrange, il y avait le père, Jean-Eudes, la mère Marie-Josèpha, et les deux fils  Tugdual  et Gontran. Tous vivaient dans un très chic arrondissement de Paris, au dernier étage d’un magnifique immeuble haussmannien. Chaque matin Jean-Eudes partait travailler à la Banque du Pactol tandis que son épouse conduisait  les garçons à l’école élémentaire de la Boisserie. Quant à Iphigénie, la chatte persane de la maison, elle se prélassait toute la journée sur la méridienne belle époque du salon. Un beau matin de décembre, Marie-Josépha resta clouée au lit par une effroyable grippe et ne put préparer le petit-déjeuner de sa charmante famille. Alors…

2/ William

Jean-Eudes qui n’était jamais pris au dépourvu, décida aussitôt d’appeler Aristo Services, une agence spécialisée dans l’aide d’urgence aux particuliers possédant une particule. On lui promit de lui envoyer dans les 5 minutes un extra et il fut immédiatement rassuré. Il se rendit dans la salle de bain, fit ses ablutions et s’habilla afin de recevoir de la meilleure façon le précieux serviteur.

3/Danièle

La sonnette vibra 4 minutes après son appel. Jean-Eudes fut un peu déstabilisé car il était en train de se raser. Il courut toutefois ouvrir la belle porte ouvragée. Sur le pas de la porte une jeune fille aux cheveux mi orange mi violets, flottant dans un jean déchiré arborait un large sourire. Elle tendit un bras tatoué pour serrer la main de Jean-Eudes. Celui-ci, la moitié du visage recouvert de mousse blanche restait figé la bouche ouverte….

4/ Murielle

Pendant ce temps là Gontran, séducteur, s’évertuait à dompter sa mèche rebelle avec une tonne de gel, dans sa salle de bain.,Tugdual, lui, continuait de se prélasser dans son lit douillet en attendant le fatidique « À table !!! » Ce dernier enleva ses écouteurs et tendit l’oreille. Le silence pesant fut interrompu par une glissade inhabituelle du père en pantoufle dans le couloir, la mine défaite et bafouillant :

« – Levez- vous, y’a une fille en bas ! »

Et les garçons de répondre :

« Une fiiille ?? »

5/ MH

Dans le salon, Gwendoline, c’était son nom, avait viré Iphigénie de la méridienne et s’était installée de tout son long  avec son portable, ses cigarettes et sa lime à ongles : « Tant qu’à attendre, autant se mettre à l’aise » telle était la devise de la jeune étudiante en philosophie qui avait trouvé ce petit job chez Aristo Services pour subvenir à ses nombreuses dépenses chez le tatoueur, le coiffeur et dans les friperies du 20 ème où elle dénichait ses tenues excentriques.

6/ William

Quand Jean-Eudes, dont les plus lointains ancêtres remontaient aux croisades, la découvrit dans cette position il faillit s’étrangler une seconde fois. « Mais enfin Mademoiselle, où vous croyez-vous ? » vociféra-t-il tout en semblant prendre à témoin le portait en pied de Geoffroy de Tournecuisse de Belgrange, l’un des grands maîtres des Templiers, trônant au dessus de la méridienne. Gontran, qui malgré sa récente entrée au CM2 était très en avance sur son âge, et ce dans tous les domaines, s’exclama au même moment : » c’est notre nouvelle baby-sitter père ? »

7/ Danièle

Gwendoline ne laissa pas le temps de répondre à Jean-Eudes qui pourtant avait l’avantage d’avoir déjà la bouche ouverte!

Elle sauta sur ses doc Martens cloutées et claqua une bise sur la joue de Gontran dont le visage s’encramoisit violemment! « Oui, je suis votre nouvelle nounou! Appelle-moi Gwen ! » dit-elle. Gontran tourna les talons, se rua dans les escaliers en appelant son frère « viens vite Tugdual ! Allez! Descends! La nounou est là ! ». Iphigénie, retranchée derrière un gros fauteuil contemplait la scène les poils hérissés, les oreilles rabattues et le grondement sourd. Que se passait-il dans cette maison ? Allait-on lui rendre sa méridienne adorée ?

8/ Sylvie

-Ventrebleu, où diable ai-je serré le dossier du Conseil d’Administration ? s’exclama Jean-Eude. La fameuse crispation frontale des Tournecuisse de Belgrange le saisit lorsqu’il extirpa de dessous la lime à ongle de la jouvencelle estampée son précieux porte-documents de crocodile noir. Epoussetant ostensiblement devant la donzelle indifférente les miasmes que son limage y avait incongrument laissés, il pointa le nez en l’air et donna ses ordres.

9/ Isa

-Mademoiselle, puis-je vous demander de préparer une tasse de lait chaud ? Vous trouverez la porcelaine de Sèvres dans le placard de la cuisine. Puis vous porterez ce breuvage lénifiant à mon épouse, dans sa chambre au premier étage. Je n’ai pas le temps de m’y rendre. Ensuite, vous disposerez sur la table ronde du salon ce que vous avez apporté pour notre petite collation matinale. Mais avant tout, je vous prie d’enfiler le tablier bouillonné suspendu là-bas dans l’office. C’est celui de Cunégonde, notre cuisinière, qui ne devrait pas tarder à arriver d’ailleurs.

10/ MH

Gwendoline se leva de mauvaise grâce et, d’un saut agile, Iphigénie reprit immédiatement sa place sur la méridienne. Puis, la jeune fille « haute en couleurs » se dirigea vers l’office que le doigt osseux de Jean-Eudes avait pointé. Les trois males béats observèrent son arrière train dodelinant,  comme trois caniches médusés par le  balancier d’une pendule. Puis, ils entendirent un hurlement :

-Non mais ça va pas ! J’vais pas mettre c’t horreur !!

Sur ce, une clef tourna dans la serrure de la porte d’entrée et la brave Cunégonde fit son apparition. C’était une petite femme aux cheveux et à l’imperméable gris, aussi banale qu’une matinée brumeuse de novembre. Quel ne fut pas son effroi lorsqu’elle vit son tablier chéri dans les mains de l’extravagante créature !

11/ William

Cunégonde était au service des Tournecuisse comme sa mère l’avait été ainsi que toutes ses aïeules depuis Saint Louis. D’ailleurs, elles s’appelaient toutes Cunégonde et, privilège immense, avaient acquis le droit d’accoler un numéro à leur prénom comme les rois de France et d’ailleurs. Et puis, c’est l’une de ces fidèles servantes, excellente cuisinière qui fut, en 1302, à l’origine de la devise et du cri de guerre de la noble lignée : « Tournecuisse tournebroche, fuis ou je t’embroche ! »

12/ Danièle

Gwendoline ne vit même pas la grise Cunégonde plantée dans le vestibule. Elle sortit une paire de ciseaux de sa poche et se mit à debouillonner prestement et consciencieusement le beau tablier empesé. Lui même faisait partie d’une grande lignée de tabliers bouillonnés qui a avaient eu l’honneur d’être les uniformes des Cunigondes successives.

Cunegonge actuelle, au bord de l’évanouissement, eut un sursaut héroïque! Son sang similibleu se rebella. Le cri de guerre ancestral traversa son esprit et levant son parapluie, d’une voix forte qu’elle ne se connaissait pas elle dit

13/Sylvie

, l’accent alsacien de ses serviles ancêtres démultiplié dans sa bouche plébéienne : – Sapotache ! ce Supotte de Satan ha la propakante krafée zur l’épitherme, helle ha tétruit mon hinstrument de trafail ke che ne peux même pas rentre tel k’on me l’a tonné ! Halerte, le péril rouche est hentré tans la plasse !

14/Murielle

Gwendoline éberluée en laissa tomber la paire de ciseaux ! Elle s’avança vers le buffet en question, et avec tout ce charabia ne se souvenait plus ce que Jean -Eude lui avait précisé :

« Porcelaine de quoi déjà …. » elle saisit un bol breton avec le prénom Gontran », versa le breuvage froid, et se dirigea vers l’escalier sans oublier au passage de faire un clin d’œil a Geoffroy qui resta de marbre.

15/ Isa

Quand Marie Josépha vit arriver cette jeune fille si différente de celles envoyées d’habitude par Aristo Service, elle ne put s’empêcher d’éclater de rire. Mon mari s’est bien fait avoir, pensa-t-elle. Il faut dire que Marie-Josépha, en dépit de son prénom, n’était pas du tout d’ascendance aristocratique et elle se moquait souvent des manières désuètes de Jean-Eudes.

Elle fit assoir Gwendoline au bord de son lit et lui posa quantité de questions sur sa vie. Marie- Josépha s’intéressait beaucoup à son prochain. C’était d’ailleurs l’une des nobles qualités qui avait séduit Jean-Eudes.

16/ William

Marie-Josepha avait à peine commencé à poser une première question à la jeune étudiante que, depuis le salon, Jean-Eudes lança : « Très chère, reposez-vous bien, je file à la Banque et dépose en même temps les garçons à l’école. Ah ! j’oubliais, vous renverrez l’extra dès qu’elle aura fini de vous servir. Cunégonde prendra le relais. » « Bien mon ami, à ce soir » répondit la maitresse de maison en faisant un clin d’œil à Gwendoline. « Je crois que je vais vous garder encore un peu. Voyez-vous, je n’ai pas eu de fille et c’est mon grand regret. Alors j’aimerais que vous me parliez un peu de votre vie. Si vous le voulez bien…évidemment.»

17/ Murielle

– Vous savez moi ma vie, elle n’intéresse personne, même pas mon copain Nico. Il en a rien à foutre de moi ! Ma mère elle m’a élevée toute seule et elle s’en est bien sortie. Pour l’instant je bosse le soir dans le restau à côté de chez moi mais je vais pas en rester là ! Moi aussi je fais des études comme vos garçons vous savez !

– Vous voulez un peu de lait frais ?

18/ MH

-Oh oui, merci Madame

-Appelez-moi Marie-Josèpha, mon enfant, ou MJ si vous préférez…

Cette bonté, cette invitation à boire son lait, un lait maternel que sa propre mère ne lui avait jamais donné…Gwendoline se sentit tout à coup pleine d’amour pour cette inconnue. Tout en avalant le liquide blanc, la jeune fille promena ses yeux embués par les larmes de la reconnaissance sur la chambre de Marie-Josèpha. La penderie ouverte laissait entrevoir des robes et des ensembles plus ravissants les uns que les autres. Marie-Josèpha devinant l’envie de Gwendoline l’encouragea 

-Si quelque chose, vous tente, je vous en prie, allez essayer, moi je suis lasse de toutes ces grandes marques et puis nous avons à peu près le même gabarit, il me semble …

19/William

« Par la Sainte Mortadelle et la Sainte Tripe ! Je me suis coupée ! » « Ce n’est pas trop grave Cunégonde j’espère » lança Marie-Josepha. « Je crois qu’elle est jalouse de vous chère Gwendoline. » L’étudiante venait d’enfiler une superbe robe de soirée en satin noir agrémentée d’un dos en dentelle et d’un décolleté mettant en valeur une poitrine parfaitement galbée. « Elle vous va à merveille ! La semaine prochaine, Jean-Eudes et moi donnons une petite réception en l’honneur des 80 ans de belle-maman. Je vous y invite Gwen. Vous permettez que je vous appelle Gwen ? »

20/ Isa

« Evidemment MJ ! Merci pour la robe et l’invit.  » Et après avoir planté deux bises sur les joues enfiévrées de Marie-Josépha, la jeune fille toujours vêtue de la robe de soirée, dévala l’escalier en faisant un bruit d’enfer avec ses docs Martens. « Regardez, Cunégonde, votre patronne m’a donné cette jolie robe, pas mal n’est-ce-pas ?

Cunégonde, encore meurtrie par l’histoire du tablier découpé en morceaux, fit la moue, sans rien dire.

– Et elle m’a invitée à la teuf la semaine prochaine. C’est top cool ! Enfin, on verra, ça dépend qui sera là…

21/ MH

-Pauv Madame mère, elle va ben passer l’arme à gauche le jour de ses 80 ans quand elle va voir eul supote de Satan dans la maison d’son fils !

– Heu… Cunégonde, avouez que je suis plus que présentable dans la belle robe noire de Marie-Josépha… Et puis, j’mexcuse pour votre pauvre tablier, j’vous en rapporte un tout beau tout neuf demain ! Allez, on fait la paix, d’accord ?

22/ Murielle

-Refaites donc plutôt vos lacets, au lieu de dire des bêtises… vous allez vous casser la margoul….

Cunégonde n’avait pas fini sa phrase que Gwendoline avait déjà tourné les talons !

En haut Marie -Josépha fiévreuse, se sentait heureuse d avoir pu converser avec cette nouvelle jeune fille, car sans savoir pourquoi, celle ci lui donnait du baume au cœur. Peut être sa fraîcheur, sa spontanéité, sa franchise, tout cela faisait qu’elle avait vraiment envie de la revoir et pourquoi pas s’en faire une nouvelle amie….elle aurait presque eu envie de se confier à elle alors que l’inverse aurait été plus logique. Elle sortit son carnet et commença à écrire quelques lignes, comme elle avait l’habitude de le faire quand elle était seule.

23/ William

La dernière phrase du nouveau paragraphe de sa vie intime était ainsi libellée : j’ai vraiment hâte d’être à samedi prochain ! Et le jour tant attendu arriva. Il y avait là, dans le grand salon, les premiers invités, c’est à dire les membres les plus proches des deux familles et quelques amis choisis. La reine de la soirée, Marie-Astrid Tournecuisse de Belgrange, recevait comme si elle était chez elle. Cette femme, malgré son âge, avait conservé l’élégance naturelle de sa branche tout en faisant preuve d’un caractère fort et d’une exceptionnelle droiture. Il est vrai que, passionnée d’histoire, elle avait pour modèle Aliénor d’Aquitaine. A ses côtés, comme pour la seconder, sa belle-fille guettait les arrivées avec ce questionnement qui revenait sans cesse : et si elle ne venait pas ?

24/Isa

Elle évitait de croiser le regard de Jean-Eudes qui, une coupe de champagne à la main, devisait poliment avec le directeur de la Banque du Pactole. L’invitation de Gwen avait causé une dispute violente entre eux et Marie-Josépha avait du mal à s’en remettre. Elle avait pourtant tenu bon et n’avait pas annulé. Un peu de piment dans cette assemblée n’était pas pour lui déplaire !

25/Danièle

Ce fut comme une apparition. Les discussions animées s’arrêtèrent. Tous les regards se posèrent sur une même silhouette fine, élancée et élégante.

Le teint diaphane rehaussait la splendeur des boucles brunes et brillantes.

La robe noire moirée soulignait la taille fine.

La jeune femme avançait avec grâce semblant glisser sur ses escarpins vernis. Les yeux bleus parcouraient l’assemblée paraissant hésiter…

La coupe de Dom Perignon glissa des mains de Marie-Josepha et vola en éclats sur le parquet ciré.

Marie-Astrid était une vieille dame bien plus malicieuse qu’il n’y paraissait et surtout bien moins coincée que son Jean-Eudes de fils. Elle se précipita, tout sourire, vers la jeune femme et prit ses mains dans les siennes. « Jeune fille, je ne vous connais pas mais qu’importe ! Vous êtes une brassée de fraîcheur !! »

26/ MH

Sous la table du buffet Tugdual et Gontran s’étaient installés avec une bouteille de champagne qu’ils buvaient au goulot, masqués qu’ils étaient par la longue nappe blanche brodée :

-Cap ou pas cap ?

-Cap ! répondit Tugdual à son frère, je torche cette bouteille et je la coince dans le cagibi

-T’es dingue, y a Cunégonde qui pionce là dedans entre deux plats à servir

-Bon bé dans la salle de bains alors …

-Et tu crois qu’elle va suivre un p’tit con comme toi ?

-Surement plus qu’un boutonneux comme toi !

27/ Murielle

Tugdual qui subissait depuis trop longtemps l’effet grimpant de sa testostérone s’empara de la bouteille et biberonna la moitié du liquide à une vitesse éclair, tout ça sous la mine hilare de son frère boutonneux. Puis Il se dirigea en rampant sous la table vers les escarpins de Gwendoline, il n’en revenait pas de la finesse de ses jambes et commença à lui caresser la cuisse. Gwendoline qui s empiffrait de petits fours près du buffet se retourna stupéfaite et esquissa un sourire de connivence au directeur de la banque du pactole qui discutait derrière elle….

28/ William

Jean-Eudes, qui était loin d’imaginer ce qui venait de se passer, décida au même moment de rejoindre son patron, le très fringuant Miroslav Lefrikcéchik, nouveau Président du Conseil d’Administration de la Banque depuis que celle-ci avait été rachetée par un fond serbo-croate. Miroslav, qui avait la réputation d’être très proche des gens, souhaitait qu’on l’appelle Miro, ce qui déclenchait à chaque fois l’hilarité contenue de ses interlocuteurs car, chacun le savait, il était très myope. « Permettez-moi Miro de vous présenter Gwendoline, une jeune étudiante en philosophie. » Sur ces entrefaites, arrive Marie-Astrid que notre banquier salue alors respectueusement d’un élégant baisemain tout en prononçant dans un français presque parfait : « Ah ! Mademoiselle, combien je serais heureux de vous inviter en privé à un débat autour de la pensée d’Aristote… ou de Descartes. »

29/ MH

-« Mademoiselle ! » Oh comme vous êtes flatteur mon ami, mais oui, je viendrai avec grand plaisir ! En attendant, auriez-vous l’amabilité d’aller me chercher une coupe de champagne ?

-Mais bien sûr très chère…

-« Maaaaaouououou » En se dirigeant vers le buffet, Miro trébuche sur Iphigénie, qu’il avait prise pour un tapis persan sans relief. Il s’étale de tout son long aux pieds de Gwendoline qui l’aide à se relever :

-Ho, je vous en prie Madame, ne courbez pas ainsi l’échine pour moi, vous devez être suffisamment accablée par votre veuvage …

30/ William

« Miroslav ! Miroslav ! » Une blonde platine d’une cinquantaine d’années venait de faire irruption dans la pièce. « C’est toujours la même chose. Tu refuses de prendre tes lunettes pour mieux faire le beau et tu te ridiculises devant tout le monde ! Tu as passé l’âge de faire le jeune homme ! » « Je vous présente Natacha, mon épouse » dit le banquier. « Et voici mon fils Zlatan. » « Père, vous n’êtes pas raisonnable. Voici vos lu… » Le jeune serbe venait de croiser le regard de Gwendoline. Et c’est comme si le temps s’était soudain arrêté. La jeune femme, elle aussi, semblait comme statufiée. On aurait dit un remake de cette scène « so romantic » du Titanic, ce sublime instant où Jack et Rose se découvrent pour la première fois.

31/ MH

Six mois se sont écoulés depuis la réception parisienne, et c’est une autre fête qui a lieu aujourd’hui dans le magnifique château de famille des Tournecuisse de Belgrange, le mariage de Gwendoline et de Zlatan !  Le champagne et la vodka coulent à flot, et pour une fois, même Cunegonde se fait servir par l’armée de valets en costume noir et blanc.

Sous les pampilles du lustre gigantesque, les jeunes mariés ouvrent le bal, suivis de la famille et des amis proches. Miroslav confond sa blonde Natacha avec Iphigénie, mais qu’importe, la chatte persane semble enchantée de faire un tour de piste avec le vieux banquier ; Marie-Astrid s’est fait inviter par Léo un jeune zadiste, témoin de la mariée, quant à Jean-Eudes et Marie-Josèpha, ils tournoient comme des toupies exaltées par le mélange des styles. Sous la table du banquet, Tugdual , Gontran et leurs cavalières, deux petites cousines de Gwendoline maquillées comme des camions, comptent le nombre de pieds écrasés sur la piste de danse en sifflant des bouteilles de Vodka !

                                                                   FIN

Jeu numéro 18

Avocettes de la Grande Conche à Royan

Cette semaine, dans le cadre d’un  Challenge d’écriture sur son blog  L’atmosphérique, Marie nous propose d’écrire un texte commençant par l’incipit : J’étais pigiste dans un journal raté qui nourrissait la cervelle de…

Piafs, mouettes et avocettes

 J’étais pigiste dans un journal raté qui nourrissait la cervelle de moineau de plus de quinze mille piafs parisiens.  Le Cui Cui Quotidien, car tel était son nom, avait un succès fou malgré (ou à cause de) sa légèreté, chez les petits volatiles de la capitale. Moi, je m’occupais de la rubrique  Ces vieilles qui jettent des miettes; chaque jour, je recensais les squares, les  parcs et les jardins publics où se promenaient les meilleures nourrisseuses, et quand l’une de ces braves femmes passait l’arme à gauche, j’éditais un encart pour que les pierrots aillent picorer sur sa tombe.

C’était pas très planant comme gagne-pain mais ça me permettait de grignoter mes miettes, moi aussi. Pourtant, un jour, j’en ai eu ras la huppe et j’ai décidé de migrer vers l’ouest pour faire mon nid dans une petite station balnéaire de la Côte Atlantique. Là-bas, j’ai rencontré des oiseaux bien plus malins qu’à Paris, les mouettes. Elles n’avaient pas besoin d’un canard pour leur dire où trouver leurs sardines et leurs crustacés préférés. Ces rieuses semblaient même se moquer de moi quand je revenais bredouille de la plage avec mon épuisette : Dis donc, tu t’es encore fait pigeonner par les crevettes, toi ! Et si tu t’ faisais embaucher à Littoral Bec Fin ? Tu pourrais pondre des articles utiles ! Ça s’rait pas mieux pour toi, ça, mon coco ? 

Elles n’avaient peut-être pas tout à fait tort, les ricaneuses, alors, oui,  j’allais leur prouver que moi aussi j’avais une plume ! Du coup,  au lieu de leur répondre :  Vos gueules les mouettes ! Je leur ai dit :  Chères conseillères de Pôle Emplume,  je vous suis très reconnaissant pour votre avis judicieux !

Depuis ce jour, je suis pigiste dans un journal renommé qui nourrit la cervelle et  surtout l’estomac de plus de quinze mille estivants et autres retraités. Chez Littoral Bec Fin, je m’occupe de la rubrique Ces paillottes qui en jettent; chaque semaine je recense l’ouverture de nouveaux petits restaus ou bars de plage, et quand l’un de ces charmants lieux fait faillite, j’envoie les avocettes pour picorer les miettes !

Jeu numéro 17

 
 Cette semaine, dans le cadre d’un  Challenge d’écriture, sur son blog  L’atmosphérique, Marie nous propose d’écrire un texte d’après la photo ci-dessus et qui devra inclure  la citation suivante: “Le début de l’absence est comme la fin de la vie.” (Félix Lope De Vega ).

Léa, Théo et…

Léa et Théo, deux lycéens amoureux se retrouvent au pied du mur French kiss de la rue des lilas. On est le 30 juin.  

Léa : – Le début de l’absence est comme la fin de la vie… C’est la prof de français qui nous a sorti ça aujourd’hui …

 Théo : – Alors ça voudrait dire que la fin de l’absence, c’est comme une renaissance ?

Léa : – Oui, surement…

Théo : – Bon bé tu vois, y a pas à s’inquiéter, deux mois c’est vite passé …

Léa : – Vite passé pour toi qui pars à la mer avec tes potes, tandis que moi, toute seule ici avec mon job d’été à la boulangerie …

Théo : – T’en fais pas, on se retrouve dés mon retour, le premier septembre, au pied du mur French Kiss, comme aujourd’hui.

Léa : – Ok, et tu m’en fais un, en attendant ?

Théo : – Un quoi ?

Léa : – Bé,  un french kiss, idiot !

Théo prend Léa dans ses bras et l’embrasse langoureusement.

***

Deux mois se sont écoulés. On est le premier septembre. Théo est au pied du mur French kiss avec son nouvel amour, Jack, un garçon de la bande. Les deux jeunes gens s’embrassent fougueusement. Léa arrive.

Léa : – Théo !?

Théo : – La prof de français avait tort, Léa,  le début de l’absence c’est comme une renaissance.

Léa reste sans voix. Théo et Jack s’éloignent main dans la main, abandonnant la jeune fille à sa solitude.