Bjarkar

Dans le cadre de l’Agenda Ironique du mois de mai, Photonanie nous propose d’écrire un texte qui se passera dans un pays froid, l’Islande éventuellement. Elle aimerait assez que s’y glissent les mots suivants: ailurophile, syllogomanie, bec à foin et puis aussi coquecigrue parce qu’elle aime bien ce mot. Si en plus le texte se présente sous forme d’anadiplose, elle sera comblée !!

Bjarkar  était un bec à foin. « Bec à foin » qui se disait  « hálfviti » dans sa langue islandaise, et qui n‘en voulait pas moins dire qu‘il était sot et naïf. Naïf au point de croire qu‘il pourrait, lui, pauvre petit éleveur de moutons, séduire Björk la célèbre chanteuse au faciès de chat. Chats dont il était fan depuis sa plus tendre enfance, lorsque sa maman avait rapporté à la ferme, une pauvre bête transie de froid trouvée au pied du glacier Vatnajökull.
C’est donc ainsi que Bjarkar était devenu ailurophile, sa passion le poussant à adopter tous les félins errants du secteur et à rêver en secret à Björk, l’illustre femme chat qu’il épouserait un jour.
Un jour mais pas tout de suite…. car pour oser installer la star du rock à la ferme familiale, il devrait, outre le rangement et le nettoyage de toutes les litières, gamelles, coussins et autres arbres à chats, se débarrasser de l’amoncellement  de boites,  cartons, canettes, caisses, journaux, magazines et papiers divers qui  jonchaient le sol de toute la maison. Maison devenue une vraie poubelle après la disparition de la maman  et la syllogomanie aggravée de Bjarkar.
Bjarkar, très sûr de lui, n’écouta pas ses voisins quand ceux-ci lui dirent qu’il ne viendrait jamais à bout de son capharnaüm : Coquecigrues ! («vitleysa» en islandais)
Lança-t- il à tous les dubitatifs, Foi de Bjarkar, j’y arriverai et la femme chat m’épousera !
Fort de sa détermination, Bjarkar commanda un camion benne dès le lendemain. Lendemain qui fut le premier jour du reste de sa vie. Vie qui fut complètement chamboulée après les opérations de tri, de déblayage, d’assainissement et de décoration qu’il mena en sa demeure. Demeure qui faisait désormais l’admiration de tous ! 
Quelle ne fut pas la stupéfaction des villageois lorsqu’ils virent la célèbre chanteuse au minois de chat franchir le seuil de la ferme dans les bras de Bjarkar le bec à foin !
 Bec à foin, finalement, il ne l’était pas tant que ça !

			

Marinette et le loup

Consigne : Ecrire un texte qui se passera la nuit dans la montagne au XIX -ème siècle et où il sera question d’un chat, d’une jeune fille et d’un verre à pied.

Avertissement : Aucune intention politique, juste de la grosse farce !

On dit que la nuit, tous les chats sont gris, et pourtant en cette nuit d’hiver glaciale, c’était la jeune Marinette qui était grise. Grise des trois verres de vin qu’elle avait bus pour se réchauffer dans ce refuge montagnard où son père et elle faisaient escale, en chemin pour le Pic du Vautour.

Son père, le bon berger Jeannot Lassalle, avait promis Marinette à l’ogre Méchanchon qui vivait tout là-haut. S’il lui offrait sa fille en mariage, Méchanchon avait assuré qu’il ne s’attaquerait plus à aucun des moutons du troupeau et qu’il trancherait même la gorge aux jeunes loups qui s’aventureraient à le faire.

Le nez trempant dans son verre à pied (car elle l’avait long) Marinette se demandait pourquoi les verres étaient si chics en ce refuge pourtant si précaire. Alors elle se mit à songer à Peau d’âne qui avait transformé l’immonde taudis où elle logeait en une cabane raffinée pleine de dorures, d’objets précieux et de robes merveilleuses. Elle aussi rencontrerait peut-être un prince qui dévierait l’affreux destin qu’on lui réservait.

Alors que le vieux Jeannot Lassalle ronflait à même le sol près de la cheminée, Marinette décida de s’aventurer à l’extérieur, son verre à pied toujours à la main. La nuit était profonde. Aucun son, aucune lueur à part l’Etoile du Berger au-dessus de sa tête : Non, non ne me parlez plus de bergers, je vous en supplie !! Hurla-t-elle au néant avant de s’effondrer en pleurs dans la neige poudreuse qui crissa sous son poids (car Marinette était fort rondelette)

C’est alors qu’elle entendit des loups hurler au lointain : Haouou, haouou, haouou !!! Les cris semblaient se rapprocher dangereusement du lieu où Marinette était tombée. Elle essaya de se relever, mais, impossible, elle était trop grise, trop saoule même, pour tenir sur ses deux pieds. Qu’importe, dévorez-moi, bêtes sauvages, puisque de la vie, je n’ai plus rien à espérer…

C’est alors que le chef de la meute s’approcha si près de son visage, qu’elle put voir ses yeux briller dans les siens. A sa plus grande surprise, le loup se mit à lui parler dans un langage des plus châtiés :

-« Marinette, belle et blonde Marinette,  veux-tu toujours fuir ton mariage arrangé avec l’ogre Méchanchon ?

– Oh, que oui, beau loup, mais comment le pourrais-je … mon père le berger Jeannot Lassalle a tous les pouvoirs sur moi et je ne puis lui désobéir, à moins que …

– A moins que tu ne me donnes ta voix, mignonnette Marinette ! Si tu chantes pour moi, je te saupoudrerai de poudre de perlimpinpin et tu échapperas à ta funeste destinée ! Je t’emmènerai dans une contrée côtière qu’on appelle Le Touquet !

– Mais quel est donc ton nom, beau loup des neiges ?

– Manu Macroc, ma splendeur !

Alors, de sa voix la plus suave Marinette entonna la Marseillaise et le loup se transforma aussitôt en un beau prince élancé au regard bleu, au nez pointu et à la chevelure claire.

Ils se marièrent mais n’eurent aucun enfant car Marinette n’était finalement pas si jeune que ça, et que le prince Manu Macroc avait bien trop de travail à diriger le royaume de France !

Les seize mollets d’Edgar

Elles n’étaient pas timbrées les huit filles de la carte postale. Elles avaient simplement accepté de montrer leurs mollets à Edgar.

Edgar, c’était le jeune instituteur du village, et Justine, Delphine, Pauline, Nine, Joséphine, Iseline, Léontine et Augustine en étaient toutes amoureuses.

Le soir du bal de la Saint Jean, Edgar avait dansé avec elles huit, chacune leur tour ; mais il n’avait su choisir entre les boucles de Justine, les yeux bien coupés de Delphine, le parfum boisé de Pauline, les bras enveloppants de Nine, la bouche en cœur de Joséphine, le petit nez en trompette d’Iseline, les pommettes roses de Léontine et les taches de rousseurs d’Augustine.

Alors, il leur avait fait cette surprenante proposition : 

«   – Rendez-vous dimanche prochain sur la plage du Port Vieux et vous soulèverez vos jupes pour moi.

-Hoooooooooooo !!! Protestèrent les huit donzelles effarouchées.

-Mais enfin, rassurez-vous mes jolies, je ne souhaite pas regarder plus haut que ne l’autorise la décence ! Je veux juste un aperçu de l’arrière de vos  tibias… de vos mollets si vous préférez. Car, voyez-vous, j’ai pour cette partie de l’anatomie féminine une tendresse et une admiration toutes particulières ; en effet, c’est le long des mollets de ma chère « moman » que je m’endormais lorsque j’étais enfant, un peu comme au creux de deux traversins moelleux…

Rassurées, les huit poupées acceptèrent. Et c’est ainsi qu’en ce dimanche premier juillet 1900, elles étaient là, en rang d’oignon, dos à Edgar,  leurs orteils frétillant dans le sable fin.

-Un peu plus haut Mesdemoiselles ! Je ne vois que de petits petons très mignons et des chevilles fort gracieuses mais c’est autre chose que j’attends comme vous le savez… Allons, allons, plus haut, plus haut !

C’est alors que l’émerveillement, l’enchantement, que dis-je, l’éblouissement frappa Edgar ! Il y en avait de toutes variétés : des ronds, des fins, des dodus, des quilles, des poilus, des lisses, des marbrés, des timides, des volontaires, des blancs, des bronzés, des marcheurs, des paresseux… Mais comment diable faire son choix parmi toutes ces splendeurs ? Ces petits monticules de chair et de muscles auraient tous eu leur place au Musée de la Femme !

Alors Edgar se mit à quatre pattes et les embrassa un à un : seize baisers sur des rotondités plus douces que des joues de nourrissons.

-Mes jolies, après contemplation et embrassades, je ne puis toujours pas me décider… Vos mollets sont plus envoutants que les collines de Rome ! Voilà donc ce que je vous propose : Une croisière à vie, tous ensemble, sur notre bel Atlantique !

Depuis ce jour, un magnifique voilier nommé « Les seize mollets d’Edgar » vogue au large de la Côte Basque, et il n’existe de communauté plus réjouie que les neuf personnes à bord !

Joey le canapé

Joey le canapé était là. Planté au milieu du salon. Ses formes arrondies et son revêtement « effet peau de pêche » lui donnait un look chic mais un peu désuet, conforme à celui de son propriétaire.

Il se demandait bien quels séants inconnus Paul  ramènerait ce samedi soir ; Pourvu qu’il n’aille pas draguer du coté de Pigalle… les arrière-trains de ce quartier portaient volontiers des étoffes synthétiques aux  couleurs criardes qui irritaient le gout et le tissu si délicats de Joey.

Mais il avait surpris une conversation téléphonique : Paul parlait avec Julien son camarade de toujours, un homme dont Joey appréciait les pantalons de velours côtelés Burton of London.

Il semblait que Paul et Julien aient décidé de sortir dans le seizième arrondissement cette fois-ci. Ils y avaient l’adresse d’un bar à vin des plus coquets.

A vingt heures pétantes, Paul claqua la porte de son petit appartement parisien et Joey le canapé se retrouva seul aux prises avec les griffes de Moustachu, l’arrogant Persan qui le grattait dés que Paul avait le dos tourné. Joey souffrait en silence de tant de maltraitance, mais que pouvait-il  faire… il n’existait aucun numéro de secours « SOS Canapés Griffés ».

Autour de minuit, Joey ouvrit bien grand ses accoudoirs : oui, c’était bien la clef de son propriétaire qui tournait dans la serrure. C’est alors qu’il vit dans l’encadrement de la porte le long fourreau de soie noir qui accompagnait Paul.

-Et voici mon modeste logis,  Bérangère !

-Modeste, modeste… charmant je dirais, et très cosy, hooooooo, quelle adorable table basse !

-Oui, je viens d’en changer, je l’ai dénichée chez Roche Bobois

-Je l’adooore ! En revanche, le canapé aurait peut-être besoin d’un remplaçant lui aussi, sa couleur est passée et il semble quelque peu affaissé …

-Vous avez tout à fait raison chère Bérangère, au prochain passage des encombrants je m’en débarrasse ! J’ai repéré chez Poltronesofà un modèle très chic et confortable. Mais en attendant, asseyiez-vous, je vous en prie Bérangère. Je vais chercher deux coupes et une bouteille de ruineux Ruinart à la cuisine.

Joey n’en revenait pas ! Que la pimbêche le critique, c’était une chose, mais que Paul, son fidele propriétaire veuille se débarrasser de lui !!!

Avait-il simplement dit cela pour aller dans le sens de la fille et la séduire  plus efficacement, ou bien le pensait-il vraiment ? Inutile de se poser mille questions, il allait se venger « illico presto » pour parler comme les vulgaires banquettes de chez Poltronesofà.

-Aie !!!

-Que vous arrive-t-il chère Bérangère ?

-Mais c’est affreux, on sent tous les ressorts de votre vieux canapé !

-Vous êtes sûre ? Je n’avais jamais remarqué… mais, vous êtes tellement mince, Bérangère ! Aucune couche de graisse sur votre fessier pour amortir les défaillances de ce pauvre  Joey…

-Joey ??

– Oui, Joey mon canapé

-Parce qu’il a un nom en plus ?!

-Oui, ici tout porte un nom, il y a Moustachu le chat, Robert le lampadaire, Jipsy le tapis, Grace la table basse, René le buffet et Joey le canapé.

-Bon, et bien puisque vous êtes en si belle compagnie, je vous laisse avec…Charlemagne le champagne, c’est ça ??

Sur ces mots, Bérangère tourna ses talons aiguille et claqua la porte. Paul ne chercha pas à la retenir. Il se servit une petite coupe, retira ses mocassins à glands et s’allongea sur Joey avec un soupir de soulagement :

-Alors Joey, maintenant que tu connais les bêcheuses du seizième, tu ne vas plus critiquer mes petites pinup de Pigalle, n’est-ce-pas ? Et puis, je te rassure tout de suite, bien sûr que je ne vais pas te remplacer par un Poltronesofà, je les aime trop moi, tes ressorts farceurs et ton tissu râpé !!

Docteur Psychien et Monsieur Chatounet

-Allongez-vous sur le divan Monsieur Chatounet

– Ah… Le divan du Docteur Psychien, on m’en avait parlé mais cette fois-ci,  j’y suis…

-Qui, vous en avait parlé ?

– Monsieur Raminagrobis, l’un de vos patient qui a des relations compliquées avec son humain, mais aussi Mademoiselle Mini , une souris du restaurant

– Comment Monsieur Chatounet ? Vous bavardez avec les souris de votre restaurant maintenant ? Je croyais que vous y étiez employé entant que nettoyeur de rongeurs ?

– C’est bien cha mon problème Docteur Psychien…

-Développez…

-Je suis devenu végétarien

-Nom d’un chien ! Vous n’aimez plus la chair vive ?

-Ni vive, ni morte, même les restes d’entrecôtes des clients ne me tentent plus…

-Cha alors ! Voyons…est-ce que votre mère vous lisait le conte de Marlaguette quand vous étiez chaton ?

– Marlaguette ?

-Oui, l’histoire de ce loup qui devient végétarien pour faire plaisir à une gamine…

-Non, je ne crois pas…

– Le problème ne viendrait donc pas de l’enfance… Et, à quelle occasion vous êtes-vous rendu compte de ce changement chez vous ?

-Il y a une semaine, quand j’ai coursé Mademoiselle Mini dans les cuisines du restaurant, elle a failli faire une crise cardiaque, puis elle m’a raconté qu’elle était dans une association de cervidés contre la chasse à cour.

– Cha alors ! Voyons…est-ce que votre mère vous lisait le conte du Grand cerf quand vous étiez chaton ?

-Non, mais vous m’agacez à la fin avec mon enfance ! Ma mère, le soir, elle ne me racontait pas d’histoires pour chatons, elle se contentait de draguer tous les matous du quartier sur les toits !

-Je vois…Je vois… Avez-vous vu le film La chatte sur un toit brulant, quand vous étiez adolescent ?

– Mais ça suffit avec le passé ! Je vous parle d’aujourd’hui, moi, je vous parle de solidarité entre animaux différents, moi ! Je vous parle de lutte !

-Mais alors, pourquoi êtes-vous venu me voir ?

-Parce que je vais perdre mon job au restau si je ne bouffe plus de souris, moi !

– Mais, vous semblez avoir trouvé votre voie dans la politique, non ? Politichien, c’est votre destin !

-Politichat Pluto, politichat !

Un petit plus

Le texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Jakub Arbet dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 413.

Hier j’ai mangé des flageolets « des musiciens » comme on dit. C’était bon, mais alors… Qu’est-ce que je le regrette aujourd’hui ! Je n’ai qu’une peur, c’est que les bruits chantants de mes flatulences viennent parasiter le son de mon instrument…Quelle honte devant les passants ! Ce n’est pas aujourd’hui que je ferai recette. Enfin, on verra bien, je vais jouer la Sarabande de Bach, c’est un morceau très dynamique qui devrait bien couvrir mes gargouillis et autres pétarades.

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– Quelle interprétation fabuleuse de la Sarabande !!! M’interpella soudain une vieille dame en déposant un billet de 50 euros dans mon escarcelle. Mais je n’arrive pas à définir la nature du son si subtil qui accompagne votre instrument…

– Oh…ça,  c’est mon petit secret, je ne peux pas le révéler… Sinon j’ai peur que la magie n’opère plus…

Depuis ce jour, je ne me nourris plus que de haricots blancs, rouges, jaunes, Saint-Esprit à œil rouge, nombrils de bonne-sœur, orteils de pécheurs, mogettes, cocos et crochus de Montmagny et j’ai un public de fou !

Brève de Nice

A midi juste, je me mets à la recherche de mon déjeuner. Pissaladière, spécialité de la ville. Une faim de loup. Restaus fermés, deuxième confinement. Je me rabats sur une boulangerie. Vendeuse sympathique et rondelette comme ses brioches. Pissaladière, trois euros la part. J’ai faim, j’achète. Pâte industrielle (stries sur le dessous)

Boulangerie suivante. Pour comparer. Proche du Marché aux fleurs. Contemplation des anchois qui transpirent sur leur lit d’oignons. Le Monsieur avant moi en prend trois morceaux : « C’est la meilleure du coin ! » qu’il me dit. Confiance. Pur Niçois. Il a le look. Deux euros cinquante la part. J’achète.

Je m’assois sur un banc. Vue sur fleurs, touristes et autochtones.  Lavande entêtante. Je goûte la première pissaladière, l’industrielle. Dégueue. Sèche, comme la peau de mes mollets que j’ai pas assez hydratée.  La seconde…déception. Écœurante. Sucrée ! C’est les oignons qui donnent ce goût ou alors, ils ont carrément rajouté du sucre dans la pâte ?! Le Monsieur devait être payé par la marchande, c’est pas possible ! Poubelle en vue. Tout dedans. J’ai toujours aussi faim. Tant pis pour moi.

Lapinades



Le petit texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Claude Huré dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 403

Lorsque je l’ai vu dans la Forêt des Charmes, j’ai tout de suite su que ce serait lui : son poil lustré, ses oreilles aux aguets, ses grands yeux noisette… mon chaud lapin chéri.

Lui aussi me regardait, à la fois surpris et épaté. Avait-il jamais vu une humaine ? Une imberbe aux oreilles collées aux tempes, au long nez et au corps immense recouvert de tissus. J’ai osé l’interpeller :

-Oh mon lapin, mon beau lapin, j’ai un enclos plein de lapines, aimerais-tu faire leur connaissance ?

-Volontiers, mais je suis un lièvre, pas un lapin !

-Qui peut le plus, peut le moins !

-Alors d’accord !

C’est ainsi que le beau sauvageon sauta dans ma gibecière. Quand je le libérai dans le pré carré de ces demoiselles, elles en furent tout ébaubies, et lui aussi !

Depuis lors, je me suis lancée dans la cuniculture et chaque jour, dés six heures du matin, je coupe des kilos de carottes, d’épis de maïs et de foin pour mes petits. Tout le monde me demande : « Sont-ce des lapereaux ou des levrauts ? Et moi, de leur répondre, ni l’un ni l’autre mais une chose est sure, c’est que ce sont des lève-tôt ! »

Trois mini parodies

Photo de Lisa Fotios sur Pexels.com

Parodie d’une scène d’aventure

Dyson propulsa son grappin à trois griffes par-dessus le donjon. Il savait que Bellissima dormait là, dans son lit à baldaquin, chaperonnée par Gina la vieille servante somnolente. Dyson arracha un pissenlit dans l’herbe matinale et le coinça entre ses dents blanches et alignées. De ses bras déformés par les muscles saillants, il se hissa le long de la corde lisse en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Mais, alors qu’il atteignait les vertigineux créneaux de la tour, il ressentit soudain une effroyable douleur dans les doigts ! C’était Darkos qui avait surgit de derrière une meurtrière et qui lui écrasait les phalanges sous ses énormes bottes cloutées ! De toutes ses dents pourries, l’infâme grimaçait de plaisir devant la souffrance de Dyson ; il se réjouissait à l’idée de le voir lâcher prise et s’écraser en contrebas comme un misérable cloporte, lui cédant ainsi la place sur la couche mollassonne de Bellissima. Mais c’était sans compter avec l’esprit rusé de notre héros, qui, malgré sa position plus qu’inconfortable, parvint à éjecter de sa puissante bouche, un mollard carabiné qui alla s’écraser pilepoil dans l’œil droit de son rival.

Aveuglé par la bave acide, Darkos s’écroula en arrière, laissant ainsi le champ libre à Dyson vers la chambre de toutes les promesses…

Photo de Gratisography sur Pexels.com

Parodie d’une scène policière

L’Inspecteur Quatrezieux se concentra sur le corps de la femme qui gisait dans la boue. Il savait que la simple observation du cadavre pourrait lui apprendre bien des choses.

Les vêtements pour commencer, une robe élégante taillée dans un imprimé fleuri… à coup sûr la victime se rendait chez sa belle-famille et souhaitait faire bonne impression.

Les cheveux coiffés en un chignon sage pour ne pas attirer la main baladeuse du beau-père et ainsi, rassurer la belle-mère.

Les talons hauts de ses escarpins étaient bien la preuve qu’elle n’avait pas envisagé la fuite et se rendait sur un lieu de confiance.

Merdum ! A regarder de trop près sans cesser de fumer, il avait fait tomber un peu de cendre sur le visage de la morte… Qu’importe, au point où elle en était de saleté, un peu plus ou un peu moins …Et puis, il n’aurait qu’à dire que la cendre était déjà présente avant son arrivée. D’ailleurs n’avait-il pas vu un paquet de cigarillos traîner sur la console dans l’entrée de chez les beaux-parents ? Et bé voilà ! L’enquête était résolue ! Il dirait que le beau-père avait fait le coup et personne n’aurait idée de le contredire.

Satisfait de cette enquête rondement menée, l’Inspecteur Quatrezieux monta dans sa 4L bleu ciel et s’en retourna dans son petit pavillon de banlieue pour une soirée au coin du feu bien méritée avec son teckel.

Photo de Alex Andrews sur Pexels.com

Parodie d’une scène sentimentale

Elle :- Mais comment vous reconnaîtrai-je ??

Lui :- Je porterai un œillet rose à la boutonnière… Et vous ? Non, non, ne répondez pas ! Je le sais déjà… Je vous reconnaîtrai parce que vous serez aussi belle que ma mère, que votre voix sera douce comme du lait maternisé, que vos yeux brilleront comme les agates que « moman » m’avait offertes pour me consoler de mon appendicite, que vos cheveux seront aussi brillants que ma carrière dans l’usine maternelle, que votre cœur battra la chamade quand j’aurai un gros chagrin, que vos lèvres s’entrouvriront pour dire : « Mon petit chéri adoré » d’un ton extatique, lorsqu’enfin vous me verrez,  et que vos jambes seront aussi longues qu’une journée sans ma « moman » …………………………………Allo ? Allo ? Allo ? Allo ? Vous avez raccroché ?

Jeu numéro 11

Placer ces 14 mots (qui pourront être déclinés, pris dans le sens que vous voudrez et conjugués bien sûr) SAPIN/TANTE GERTRUDE/ MENDIANT/CROQUETTES/LIT/AME/ LACHE/ CULTURE/ PRESIDENT/ COURSE/CHAMPAGNE/POUBELLE/ CADEAU/ SOURCILS. dans un petit texte de Noël, LE PLUS COURT possible !

Liberté, égalité, fraternité

En ce 25 décembre 2020, ma prudente Tante Gertrude festoyait avec deux invités seulement : un pauvre mendiant et notre beau Président. Sous le sapin, le Père Noël avait déposé sept cadeaux : un lit, des croquettes et une poubelle pour le mendiant, du champagne et une belle âme pour le Président, et, pour Tante Gertrude, une tenue de culture physique et des chaussures de course. Mais, au déballage des paquets, des hurlements firent froncer les sourcils de Tante Gertrude ! C’était le Président qui criait : « Pourquoi lui, il a trois cadeaux et pas moi ! Lâche cette poubelle, mendiant, elle est pour moi ! »