Obsession végétale

verre de rosé sur haie

 

Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.
Mon obsession têtue, inusable, c’est ma haie. Elle a bientôt quarante ans, la moitié de mon âge…
Ils veulent tous que je la coupe, que je la taille. Eh bien, non ! Moi, je l’aime comme elle est : large, haute, énorme, touffue et mal peignée. Elle empêche les voitures de se garer dans le jardin, tant mieux ! Elle pique ceux qui s’approchent trop d’elle, tant mieux ! Elle recouvre le banc de pierre, tant mieux, il est laid et de toute façon personne ne s’y assoit.
Le dernier jour des vacances, ma fille et mon gendre ont convoqué le tailleur de haies : un immonde bonhomme, style bourreau avec des mains d’assassin. Ils ont parlementé des heures, mes enfants et lui ; ils faisaient tous les trois de grands gestes agressifs en direction de ma pauvre haie et puis, ils m’ont appelée, ils m’ont servi un petit verre de rosé et ils m’ont dit : Maman, en octobre, on va faire une coupe sévère, ça lui redonnera de la vigueur à ta haie, et puis quand tu reviendras, l’été prochain, tu ne t’apercevras même pas qu’elle a été taillée. 
Alors moi, j’ai dit d’accord pour faire plaisir et puis aussi parce que le tueur me faisait très peur avec ses grosses paluches pleines de poils.
Le 28 aout, on a quitté la maison de vacances et ma haie. On est rentrés à Paris.
Dès le 29, j’ai commencé à faire cet horrible cauchemar : je voyais le monstre, tronçonneuse en main, s’approcher de ma pauvre haie, un rictus démoniaque sur les lèvres.
Pendant tout le mois de septembre, chaque nuit ce rêve revenait, et ça finissait toujours pareil, je me réveillais transpirante en hurlant : Pitié, pitié pour ma pauvre haie !
Chaque après-midi de ce mois-là, j’allais chez mes enfants prendre le thé et avant chaque première gorgée de Darjeeling, je leur rappelais le sinistre décompte :  Quand je pense à ma pauvre haie qui sera décapitée dans 30 jours….29 jours…28 jours…27 jours… 
La veille de l’assassinat, ma fille a fini par craquer :  C’est bon, maman, j’ai appelé le jardinier ce matin pour tout annuler !  Moi, je lui ai répondu :  Ah bon ? Mais il ne fallait pas, je m’étais habituée à l’idée … 
Aujourd’hui, c’est le premier juillet, je bois un verre de rosé bien frais sur la terrasse ; je suis aux premières loges pour admirer ma haie. Ma belle, ma grosse, ma somptueuse haie non taillée. Certaines de ses branches pointent au-dessus de son corps robuste comme des cheveux hirsutes ; les moineaux s’y balancent puis se cachent pour nicher dans sa verte épaisseur.
Tiens ! Mes enfants remontent de la plage ; je les distingue à peine derrière ma chère haie, mais je reconnais le haut du crane déplumé de mon gendre… Les voilà qui me rejoignent pour prendre un verre et déjeuner ! Alors moi, pour leur couper l’appétit je leur dis :  N’est-ce pas qu’elle est belle, ma haie ! 
MH

Petite questionnette: Et vous, préférez-vous les jardins à l’anglaise ou à la française ?

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Test à faire sur la plage entre copines: QUEL TYPE D’AMIE ETES VOUS ??

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A/ Votre amie vous dit : « Cette robe te va atrocement mal, si je te dis ça c’est pour ton bien, pour que tu ne te ridiculises pas en public! »
*1/ Vous la remerciez chaleureusement pour sa sincérité.
$2/ Vous lui jetez la robe à la figure.
µ3/ Vous lui envoyez un pain dans la tronche.

B / Votre amie vous présente son beau petit copain, ainsi que le camarade de celui-ci, un gros rougeaud boutonneux.
*1/ Vous la remerciez d’avoir pensé à vous et embrassez à pleine bouche le copain boutonneux pour faire plaisir à votre amie.
$2/ Vous draguez le beau et conseillez à votre amie d’essayer le moche pour varier les plaisirs.
µ3/ Vous allez chercher votre copine gay pour qu’elle drague votre amie et qu’ainsi vous récupériez le beau et le moche.

C/ Votre amie ne sait pas nager, elle est entrain de se noyer dans une grosse vague.
*1/ Vous la sauvez
$2/ Vous récupérez sa gourmette en or et laissez votre amie couler
µ3/ Vous laissez votre amie se noyer et vous retournez sur le sable chaud pour dire à son petit copain : « Enfin seuls … »

D/ Votre amie vous traite de « pouffiasse » à cause de votre nouvelle mini-jupe
*1/ Vous lui dites : « Tu as raison je le mérite… »
$2/ Pour son anniversaire vous lui offrez la même mini-jupe
µ3/ Vous lui crachez à la figure mais vous changez quand même de look car en fait, elle n’avait pas tout à fait tort…

E/ Votre amie accouche du plus vilain des bébés, poilu, criard et écarlate, vous lui dites :
*1/ Qu’est-ce qu’il ressemble au facteur !!
$2/ Qu’est-ce qu’il ressemble à ton mari !!
µ3/ Qu’est-ce qu’il te ressemble !!

F/ Votre amie n’a pas eu le temps de se faire épiler ; sur la plage tout le monde regarde la toison épaisse sur ses cuisses et ses mollets. Vous lui dites :
*1/ Je te prête mon paréo si tu veux.
$2/ Tu n’as pas un peu chaud avec tout ça ?
µ3/ La nouvelle mode « yéti » te va à merveille !

G/ Votre amie est en pleurs, son petit copain vient de la larguer
*1/ Vous lui proposez un petit restau pour la consoler.
$2/ Vous lui dites qu’il a déjà beaucoup de mérite de l’avoir supportée plus d’une semaine.
µ3/ Vous lui demandez le 06 de son petit copain pour tenter votre chance.

H/Votre amie vous dit que si elle ne vous avait pas connue, elle se demande ce qu’elle ferait aujourd’hui.
*1/ Vous lui répondez : « Moi pareil » et vous lui offrez une coupe de champagne dans un bar branché.
$2/ Vous lui répondez : « Moi pareil » et lui demandez de vous offrir la jolie robe rose dans la vitrine.
µ3/ Vous lui répondez : « Et bien moi, si je ne t’avais pas rencontrée, qu’est-ce que je serais tranquille !! »

RESULTATS :
Vous avez un maximum de µ : Celle qui est votre amie a de la chance, votre amitié est indéfectible. Bravo pour votre âme vertueuse !
Vous avez un maximum de $ : Votre amitié est parfois intéressée. Vous pouvez être distrayante pour votre amie mais celle-ci devra rester vigilante.
Vous avez un maximum de * : Votre amie est en fait votre pire ennemie. Etes-vous sûre de vouloir une amie pour autre chose que de profiter d’elle ?!?!

Avertissement : les résultats sont truqués.

MH

 

Le ba chat lauréat

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Passer le bac, pour un chat
Cela ne se fait pas.
Pourtant, j’aurais tant de chose à dire, moi …
En sciences naturelles, je raconterais la vie des souris,
Et leur mort aussi
A laquelle je contribue, parfois
Parce que la chaîne alimentaire dit que c’est comme ça
Sauf que moi, personne ne me mange
A part peut-être les chinois …
Heureusement, je n’en connais pas.
En philosophie, je disserterais sur l’attention
« Suffit-il d’observer pour connaître ? »
Moi je réponds : OUI ! Sans hésitation,
Toute la journée je fixe les mouches, les papillons
Et je sais toujours à quel moment
Ils vont se poser au plafond
Alors, je m’élance, pour attaquer
Et je les croque, sans hésiter !
A l’épreuve d’histoire, je parlerais des pharaons
De leur respect pour les chatons
Et de la déesse Bastet
Protectrice et secrète.
Les mathématiques, la physique, je n’en aurais pas
Je suis littéraire, ça ne se voit pas ?
Pour l’oral de langue, je donne la mienne
Au chat du voisin qui s’appelle Etienne,
Il est amoureux de moi !
Pour finir ce texte, je dirais que moi, Grisette
Je suis fin prête
Pour le ba chat lauréat
Alors dites-moi pourquoi
Je ne le passerais pas ??

MH et Grisette

 

La micheline fantastique

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Dans le compartiment à l’ancienne d’une « micheline » démodée, six personnages sont contraints de cohabiter pendant plusieurs heures entre Royan et Niort.
. Louisia, quatre-vingts ans, un peu sourde, vêtue d’un survêtement rose bonbon et chaussée de baskets assorties
. Claudie, sa fille, soixante ans, style vieille demoiselle timide
. Sylvaine et Charles un couple bourgeois et guindé, la cinquantaine
. Leslie, une jeune fille de vingt ans bien dans sa peau
. Nono, un SDF cinquantenaire qui fait la sieste dans tous les trains régionaux avec sa bouteille de gros rouge

Il est midi dans la torpeur du petit compartiment bringuebalant.

Sylvaine : Charles, voulez-vous votre œuf dur ?
Charles : Oui, si vous avez pensé au sel …

Sylvaine fouille nerveusement dans un sac plastique en faisant beaucoup de bruit. Les ronflements de Nono deviennent irréguliers. Leslie lève le nez de son téléphone portable et sourit, amusée. Louisia se penche vers l’oreille de sa fille Claudie comme pour chuchoter, mais finit par hurler :

Louisia : MAIS QU’EST-CE QU’ELLE CHERCHE LA BONNE FEMME ?
Claudie : Chut maman ! Tu vas réveiller le monsieur
Nono émergeant : C’est pas la vieille qui m’a réveillé, c’est la bourgeoise avec son plastique !
Sylvaine : OH !
Charles : Non, mais, espèce de traîne la guêtre, comment osez-vous insulter ma femme ?!
Nono : j’l’insulte la pimbêche ?? (Puis, prenant Leslie à témoin) J’l’insulte parce que j’la traite de bourgeoise ? C’est quoi alors ? Une mendigote ?
Sylvaine : OH ! Quelle impudence !
Nono : QUOI?? En plus, elle dit que je pue, la bourgeoise !
Louisia : ça c’est pas faux !
Claudie : Maman !
Nono (jetant un regard incendiaire sur Louisia) : J’dis rien par respect pour votre grand âge, sinon …
Louisia : QUOI ? QU’EST-CE QU’IL A DIT LE PUTOIS, IL A PARLÉ DE MON AGE ?!
Claudie désespérée : Maman…
Leslie sortant promptement un petit bout de papier alu pour détendre l’atmosphère : Moi, j’en ai du sel, si vous voulez !
Sylvaine : Merci mademoiselle ! Heureusement qu’il reste des gens polis en ce bas monde…

Deux serviettes blanches brodées à leurs initiales posées sur les genoux, Charles et Sylvaine dégustent leurs œufs durs au sel.
Nono avale une bonne lampée de vin et se rendort aussitôt.
Claudie sort de son sac de voyage un hamburger pour Louisia et une salade composée pour elle-même.
Leslie assaisonne un cornet de frites avec le sel qui reste et picore tout en faisant des selfies.
Tout est redevenu calme dans le compartiment mais soudain, les freins de la micheline se mettent à crisser comme un millier de sacs plastique. Le train s’arrête brusquement faisant valser, œufs, salade, frites, hamburger et vin rouge en un bouquet des plus variés. Les six passagers poussent un cri à l’unisson. On entend des pas pressés dans le couloir et une voix autoritaire qui se rapproche :

Le contrôleur : Incident technique !
Louisia (comprenant de travers) : Un siphon tellurique ?!
Claudie exaspérée : MAMAN !
Le contrôleur : TOUT LE MOINDE DESCEND, ET VITE !

Paniqués, les passagers sortent à toute allure, à part Nono qui prend le temps de s’étirer et d’entonner une chanson de Jacques Brel en regardant Sylvaine et Charles se presser dans le couloir : LES BOURGEOIS C’EST COMME LES COCHONS …

………………………………………………………………………………

Au dessus des six personnages, le ciel n’a pas bougé mais tout le reste est différent. Le paysage familier d’Aquitaine s’est mué en une steppe aride. Le train a disparu ainsi que le contrôleur.
Au loin, se profile une silhouette étrange, vêtue d’une houppelande et d’un casque en écailles argentées. La silhouette progresse parmi les herbes sèches et les buissons épineux. Serrés les uns contre les autres, Louisia, Claudie, Nono, Leslie, Charles et Sylvaine ne peuvent détacher leur regard de ce personnage surnaturel. Une fois à leur hauteur, celui-ci s’arrête et fixe chacun des six humains de ses yeux de métal avant de prendre Leslie par la main. La jeune fille, nullement effrayée, sourit sous le regard médusé de ses compagnons de voyage.
Tout à coup, une soucoupe volante fend le ciel pour se poser au pied du groupe. L’extraterrestre et Leslie montent à bord du vaisseau en agitant la main vers les autres en signe d’au revoir. L’engin disparaît aussi vite qu’il était venu et les cinq personnages restants se tiennent immobiles, pétrifiés.
Au bout de quelques instants, Nono prend enfin la parole :

Nono : Et si je vous offrais un verre, je crois qu’on a quelque chose à fêter !
Sylvaine : Vous voulez dire, le départ de la petite ?
Claudie : Elle avait l’air plutôt contente, non ?
Charles : Je crois même qu’on pourrait parler de fiançailles !
Louisia : Et d’un voyage de noces !
Claudie : Maman, c’est extraordinaire, tu ne comprends plus de travers !
Nono : Et moi, je ne boirai pas plus d’un verre !
Sylvaine : Bravo Nono, je vous adore, d’ailleurs j’aime tout le monde désormais !
Charles : Ma chérie, tu es merveilleuse. Plus d’œufs durs ni de sel, je t’invite au wagon-restaurant tous les jours !
Nono : Belle Claudie, dînerons-nous ensemble nous aussi ?
Claudie : Oh oui ! Si maman le permet …
Louisia : Bien sur, ma chérie, vis ta vie, moi, j’ai trois amants qui m’attendent à Paris !

MH

Petite questionnette: Et vous, avez-vous déjà rencontré des personnages singuliers dans l’intimité d’un compartiment ?

 

 

Incompatibilité

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Mon imprimante déteste mon ordi
Pourtant, ils sont liés par un câble de vie,
Un vrai cordon ombilical
Mais ils ne peuvent se supporter.
Je ne sais qui des deux a entamé les hostilités
Mais à chaque fois que mon ordi lui demande de travailler,
Cette garce d’imprimante répond : « Bourrage de papier ! »
Ou bien, elle sort une page d’alignement au lieu du bon document.
Mon pauvre ordi lui dit : « C’est quoi ton but ? Dépenser un maximum d’encre
Ou me retarder dans mon boulot pour qu’on me gronde et qu’on me débranche…
Et elle répond invariablement : « Echec align, bourrage de papier »
En d’autres mots … « Va ch… ! »
Mais elle reste polie cette saleté,
Sûrement pour ne pas en rajouter…
Pour éviter qu’on ne la balance du haut du balcon,
Sur quelque malheureux passant innocent.

MH

Petite questionnette: Et vous, avez-vous déjà piqué des crises avec votre matériel de bureau ? 

Véridique

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Tour de France 2016 : En juillet, lors de la huitième étape entre Pau et Bagnères-de-Luchon, des lamas se sont tranquillement installés sur la route du Col du Tourmalet en attendant les coureurs.

Je m’appelle Sosthène Raigner et j’ai vingt-trois ans.
J’étais en tête de peloton au moment où je les ai vus.
Impossible de les éviter.
Je croyais vraiment remporter le maillot jaune pour cette étape ; j’avais au moins dix mètres d’avance sur les autres coureurs quand « boum » j’ai percuté Cordoba, le chef des lamas.
Son nom, je l’ai su plus tard ; mais j’ai tout de suite deviné que c’était lui le chef. Il était immense, blanc comme neige et il me fixait avec ses grands yeux noirs aux longs cils recourbés.
La roue de mon vélo s’était complètement tordue sous le choc et je me suis retrouvé par terre, un peu sonné, sous le regard consterné des spectateurs et le crachat verdâtre de Cordoba.
Je me suis relevé doucement parce que le bestiau, il avait pas l’air commode et que je voulais m’éviter un deuxième mollard dans la figure. Mon seul but, c’était de m’éponger avec la serviette qu’un spectateur me tendait…sans trop oser s’approcher.
Le lama m’a laissé faire et puis, il s’est agenouillé devant moi comme un dromadaire. C’est là que j’ai vu sa médaille gravée au nom de « Cordoba ».
Entre temps, tous les autres cyclistes étaient arrivés et descendus de leurs vélos. Devant chaque coureur, un membre du troupeau avait pris la même position que Cordoba…

Je m’appelle Max et j’avais douze ans en 2016. C’était la première fois que mon père m’emmenait à l’arrivée du Tour de France et j’étais super content ! Mais quand j’ai vu les coureurs se pointer à dos de lamas, j’en ai pas cru mes yeux ! Trop drôle ! Qu’est-ce qu’ils avaient fait de leurs vélos ?
Le premier à franchir la ligne d’arrivée, c’était Sosthène Raigner, mon préféré, sur le dos d’un magnifique lama blanc !
Pendant que le champion aspergeait son public de champagne, Cordoba le lama émettait de tas de sons bizarres, tantôt rauques, tantôt aigus… on voyait bien qu’il essayait de dire quelque chose.
Le lendemain, les journalistes avaient déniché un interprète pour traduire la langue des lamas. Cordoba expliqua que le troupeau en avait eu « ras les oreilles » de brouter dans les Pyrénées et qu’il revendiquait désormais le droit de galoper, de voir du pays et d’être interviewé !

MH

Petite questionnette : Et vous, quels types de faits-divers préférez-vous, les drôles, les tristes, les sanglants, les insolites ?

 

 

Une Peau d’âne de quartier

 

man giving eat donkey farm, animals and nature

Mon père, il est devenu carrément taré depuis que la daronne est morte.
Il veut se remettre à la colle avec une meuf, mais il en kif pas une dans le quartier, à part…
moi, Jennifer, sa propre gosse !
Il m’appelle sa princesse, il m’emmène au Mc Do tous les jours, il me paye des tas de trucs, c’est vraiment trop chelou !
Alors, j’ai décidé de me casser, mais il a tellement de potes dans la cité, que je flippe de me faire coincer…
Du coup, je suis allée voir Momo, le boucher. Lui, c’est le seul qui est de mon côté. Il est allé fouiller dans sa poubelle, il a sorti un truc trop dégueu et il m’a dit :
-Tiens, mets ça !
C’était super crado, une peau d’âne, avec la tête, les bouts de sabots et aussi la queue. Momo, il venait juste de trucider le bourriquot pour faire ses saucissons halal.
-Tu vas te planquer là-dessous et te tirer d’ici, et après tu vas te débrouiller pour dégoter un mec dans Paris intra-muros ! Qu’il m’a dit, Momo.
Moi, ça me dégoûtait grave de me cacher sous son truc merdique, mais j’lai quand-même fait, parce que j’avais pas le choix et que ça me bottait trop d’aller traîner dans le seizième.
Je me faisais déjà des films, j’allais me trouver un keum genre prince avec un I phone 7 et une doudoune Montcler. On allait se marier et habiter dans un loft. Il me paierait une fausse fourrure bien clean à la place de ma peau d’âne et p’têt un sac Louis Vuitton aussi…
Le mec, je l’ai tout de suite repéré. Je me suis assise en mode SDF au pied de son immeuble, rue de Passy. Il était super beau et pété de tunes. Chaque matin, il jetait la masse de fric dans ma gamelle.
Au bout d’une semaine, j’avais de quoi me payer une robe trop dar chez H&M, des chaussures à talons de quinze centimètres chez Eram et un shampoing-brushing chez Tchip.
Et voilà comment j’ai pécho mon prince de Passy !
Depuis, je reparle à mon daron. Au fait, il s’est pacsé avec Momo, comme quoi, c’est pas une femme qui lui fallait !
MH
Petite questionnette : Et vous, accepteriez -vous de vous cacher sous une peau d’âne répugnante pour atteindre votre but ?

Le pèlerinage de la discorde

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Un pèlerinage en famille, c’était la dernière idée de tata Huguette : ça va nous ressouder, Virginie. On se voit trop peu ces temps-ci, ce sera l’occasion de nous retrouver tous, dans l’effort, le partage et le dénuement, ça va être formidable ! On marchera de Lille à Saint Jacques, j’ai déjà réservé tous les gîtes.
Alors moi, je lui ai demandé ce qu’il fallait emporter.
Ton courage, ta brosse à dents, ta foi, deux culottes, trois paires de chaussettes, un tee-shirt de rechange, ton duvet et tes chaussures de marche, ça sera amplement suffisant!
Apres son coup de fil, je me suis assise devant ma coiffeuse et j’ai pleuré ; tous ces petits pots de vernis fluorescents, ces rouges à lèvres veloutés, ces crèmes ruineuses ne seraient donc pas du voyage …Et dans mon armoire, cette robe à fleurs vaporeuse, cette veste en soie turquoise et ces escarpins aux talons aiguille de seize centimètres seraient donc condamnés à rester pendus dans l’obscurité sans aucun espoir de villégiature ? Non c’était trop injuste et ma charité chrétienne m’interdisait une telle cruauté. Certes, il ne s’agissait que d’objets inanimés, mais lorsque je les portais, il prenaient vie sur moi et contribuaient à mon éclat, à mon succès, à mon bonheur quoi …plus sûrement qu’une paire de godillots crottés, de chaussettes bouchonnées ou de vieux tee-shirts déformés.
Non, il fallait que je trouve une solution ; une solution pour satisfaire tout le monde, ma tata, la famille, mais surtout moi et ma garde-robe.
C’est alors qu’allumant la télé pour me délecter d’un nouvel épisode d’ « Amour, gloire et beauté » je vis LA pub… la pub qui allait me sauver la vie. Sur l’écran, un magnifique paquebot rempli de femmes élégantes et d’hommes chic-issimes… Ce n’est pas une croisière ordinaire, c’est une croisière MSC commentait une voix suave.
– Qu’est ce que tu me proposes là, Virginie ! Une croisière ?! Enfin, tu ne te rends pas compte, la croisière c’est la débauche… le trop boire, le trop manger, le trop flemmasser, la croisière c’est l’anti-pèlerinage par excellence !!
– Mais tata, il y a même une petite chapelle sur le Maravilloso ! Elle reste ouverte 24 heures sur 24 comme les bars ! Du coup, après la soirée cabaret et juste avant la boite de nuit tu as un battement de dix minutes pour aller te confesser !
« Crac » le bruit sec du raccrochage de ma tante me flagella le tympan. Tant pis, je la ferais toute seule ma croisière, sans ma tata, sans la famille, mais avec mes trois valises remplies à tribord !

MH

 

Un agent immobilier en déroute

Sun shining through deep forest. Flare, vintag

Non mais c’est pas vrai … Je suis où, là ?
Je vois même plus la tour Eiffel ! Plus de bruit, plus de métro, plus de voitures, plus de râleurs.
Du vert, du marron, du végétal, du végétal, et encore du végétal…et moi au milieu de tout ce silence. Moi et mon costume Hugo Boss, mes pompes à mille balles, ma serviette cirée et mon Iphone dix.
J’avance dans la boue spongieuse, mes mocassins s’enfoncent et font « chplok » à chacun de mes pas. Il faut que j’appelle Jim, mon patron à l’agence, que je lui dise qu’il n’y a pas de château à lister dans ce coin-là , qu’il s’est gouré dans la programmation du GPS et que je suis dans la mousse jusqu’au cou !
Pas de connexion bien sûr et encore moins de wifi. Je sais pas moi, Blanche-Neige, les sept nains, Bambi, l’amant de Lady Chatterley, HELP !! Ma bagnole est embourbée et le bien à répertorier n’existe pas, comment je fais ma fiche, moi… ?
Je m’effondre sur une souche, je me mets à pleurer comme un saule et à gémir comme une vieille branche quand …

– Ne vous lamentez pas ainsi, beau prince, nous sommes là !

La voix de fée vient de derrière un gros chêne et soudain, c’est toute la drôle de bande que j’avais appelée au secours qui apparaît : Blanche-Neige enlacée avec l’amant de Lady Chatterley sur le dos de Bambi et les sept nabots en file indienne.

– Bienvenue au château des Fougères, beau prince ! Voici ta fiche, déjà rédigée par nos soins.

A céder à écolos ou bobos parisiens, le château des Fougères, entièrement meublé en bouleaux, peupliers et châtaigniers. Matelas de mousse garantis jusqu’à la fin des temps. Toiture de canopée indestructible. Etangs et mares intérieurs pour vos baignades. Champignons et baies assurés pour toutes vos réceptions.

– Mais… Où habiterez-vous si vous cédez votre château ?
– Bé pardi, chez la Belle au Bois Dormant, à Disneyland Paris !

MH