Un petit plus

Le texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Jakub Arbet dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 413.

Hier j’ai mangé des flageolets « des musiciens » comme on dit. C’était bon, mais alors… Qu’est-ce que je le regrette aujourd’hui ! Je n’ai qu’une peur, c’est que les bruits chantants de mes flatulences viennent parasiter le son de mon instrument…Quelle honte devant les passants ! Ce n’est pas aujourd’hui que je ferai recette. Enfin, on verra bien, je vais jouer la Sarabande de Bach, c’est un morceau très dynamique qui devrait bien couvrir mes gargouillis et autres pétarades.

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– Quelle interprétation fabuleuse de la Sarabande !!! M’interpella soudain une vieille dame en déposant un billet de 50 euros dans mon escarcelle. Mais je n’arrive pas à définir la nature du son si subtil qui accompagne votre instrument…

– Oh…ça,  c’est mon petit secret, je ne peux pas le révéler… Sinon j’ai peur que la magie n’opère plus…

Depuis ce jour, je ne me nourris plus que de haricots blancs, rouges, jaunes, Saint-Esprit à œil rouge, nombrils de bonne-sœur, orteils de pécheurs, mogettes, cocos et crochus de Montmagny et j’ai un public de fou !

Brève de Nice

A midi juste, je me mets à la recherche de mon déjeuner. Pissaladière, spécialité de la ville. Une faim de loup. Restaus fermés, deuxième confinement. Je me rabats sur une boulangerie. Vendeuse sympathique et rondelette comme ses brioches. Pissaladière, trois euros la part. J’ai faim, j’achète. Pâte industrielle (stries sur le dessous)

Boulangerie suivante. Pour comparer. Proche du Marché aux fleurs. Contemplation des anchois qui transpirent sur leur lit d’oignons. Le Monsieur avant moi en prend trois morceaux : « C’est la meilleure du coin ! » qu’il me dit. Confiance. Pur Niçois. Il a le look. Deux euros cinquante la part. J’achète.

Je m’assois sur un banc. Vue sur fleurs, touristes et autochtones.  Lavande entêtante. Je goûte la première pissaladière, l’industrielle. Dégueue. Sèche, comme la peau de mes mollets que j’ai pas assez hydratée.  La seconde…déception. Écœurante. Sucrée ! C’est les oignons qui donnent ce goût ou alors, ils ont carrément rajouté du sucre dans la pâte ?! Le Monsieur devait être payé par la marchande, c’est pas possible ! Poubelle en vue. Tout dedans. J’ai toujours aussi faim. Tant pis pour moi.

Lapinades



Le petit texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Claude Huré dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 403

Lorsque je l’ai vu dans la Forêt des Charmes, j’ai tout de suite su que ce serait lui : son poil lustré, ses oreilles aux aguets, ses grands yeux noisette… mon chaud lapin chéri.

Lui aussi me regardait, à la fois surpris et épaté. Avait-il jamais vu une humaine ? Une imberbe aux oreilles collées aux tempes, au long nez et au corps immense recouvert de tissus. J’ai osé l’interpeller :

-Oh mon lapin, mon beau lapin, j’ai un enclos plein de lapines, aimerais-tu faire leur connaissance ?

-Volontiers, mais je suis un lièvre, pas un lapin !

-Qui peut le plus, peut le moins !

-Alors d’accord !

C’est ainsi que le beau sauvageon sauta dans ma gibecière. Quand je le libérai dans le pré carré de ces demoiselles, elles en furent tout ébaubies, et lui aussi !

Depuis lors, je me suis lancée dans la cuniculture et chaque jour, dés six heures du matin, je coupe des kilos de carottes, d’épis de maïs et de foin pour mes petits. Tout le monde me demande : « Sont-ce des lapereaux ou des levrauts ? Et moi, de leur répondre, ni l’un ni l’autre mais une chose est sure, c’est que ce sont des lève-tôt ! »

Trois mini parodies

Photo de Lisa Fotios sur Pexels.com

Parodie d’une scène d’aventure

Dyson propulsa son grappin à trois griffes par-dessus le donjon. Il savait que Bellissima dormait là, dans son lit à baldaquin, chaperonnée par Gina la vieille servante somnolente. Dyson arracha un pissenlit dans l’herbe matinale et le coinça entre ses dents blanches et alignées. De ses bras déformés par les muscles saillants, il se hissa le long de la corde lisse en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Mais, alors qu’il atteignait les vertigineux créneaux de la tour, il ressentit soudain une effroyable douleur dans les doigts ! C’était Darkos qui avait surgit de derrière une meurtrière et qui lui écrasait les phalanges sous ses énormes bottes cloutées ! De toutes ses dents pourries, l’infâme grimaçait de plaisir devant la souffrance de Dyson ; il se réjouissait à l’idée de le voir lâcher prise et s’écraser en contrebas comme un misérable cloporte, lui cédant ainsi la place sur la couche mollassonne de Bellissima. Mais c’était sans compter avec l’esprit rusé de notre héros, qui, malgré sa position plus qu’inconfortable, parvint à éjecter de sa puissante bouche, un mollard carabiné qui alla s’écraser pilepoil dans l’œil droit de son rival.

Aveuglé par la bave acide, Darkos s’écroula en arrière, laissant ainsi le champ libre à Dyson vers la chambre de toutes les promesses…

Photo de Gratisography sur Pexels.com

Parodie d’une scène policière

L’Inspecteur Quatrezieux se concentra sur le corps de la femme qui gisait dans la boue. Il savait que la simple observation du cadavre pourrait lui apprendre bien des choses.

Les vêtements pour commencer, une robe élégante taillée dans un imprimé fleuri… à coup sûr la victime se rendait chez sa belle-famille et souhaitait faire bonne impression.

Les cheveux coiffés en un chignon sage pour ne pas attirer la main baladeuse du beau-père et ainsi, rassurer la belle-mère.

Les talons hauts de ses escarpins étaient bien la preuve qu’elle n’avait pas envisagé la fuite et se rendait sur un lieu de confiance.

Merdum ! A regarder de trop près sans cesser de fumer, il avait fait tomber un peu de cendre sur le visage de la morte… Qu’importe, au point où elle en était de saleté, un peu plus ou un peu moins …Et puis, il n’aurait qu’à dire que la cendre était déjà présente avant son arrivée. D’ailleurs n’avait-il pas vu un paquet de cigarillos traîner sur la console dans l’entrée de chez les beaux-parents ? Et bé voilà ! L’enquête était résolue ! Il dirait que le beau-père avait fait le coup et personne n’aurait idée de le contredire.

Satisfait de cette enquête rondement menée, l’Inspecteur Quatrezieux monta dans sa 4L bleu ciel et s’en retourna dans son petit pavillon de banlieue pour une soirée au coin du feu bien méritée avec son teckel.

Photo de Alex Andrews sur Pexels.com

Parodie d’une scène sentimentale

Elle :- Mais comment vous reconnaîtrai-je ??

Lui :- Je porterai un œillet rose à la boutonnière… Et vous ? Non, non, ne répondez pas ! Je le sais déjà… Je vous reconnaîtrai parce que vous serez aussi belle que ma mère, que votre voix sera douce comme du lait maternisé, que vos yeux brilleront comme les agates que « moman » m’avait offertes pour me consoler de mon appendicite, que vos cheveux seront aussi brillants que ma carrière dans l’usine maternelle, que votre cœur battra la chamade quand j’aurai un gros chagrin, que vos lèvres s’entrouvriront pour dire : « Mon petit chéri adoré » d’un ton extatique, lorsqu’enfin vous me verrez,  et que vos jambes seront aussi longues qu’une journée sans ma « moman » …………………………………Allo ? Allo ? Allo ? Allo ? Vous avez raccroché ?

Jeu numéro 11

Placer ces 14 mots (qui pourront être déclinés, pris dans le sens que vous voudrez et conjugués bien sûr) SAPIN/TANTE GERTRUDE/ MENDIANT/CROQUETTES/LIT/AME/ LACHE/ CULTURE/ PRESIDENT/ COURSE/CHAMPAGNE/POUBELLE/ CADEAU/ SOURCILS. dans un petit texte de Noël, LE PLUS COURT possible !

Liberté, égalité, fraternité

En ce 25 décembre 2020, ma prudente Tante Gertrude festoyait avec deux invités seulement : un pauvre mendiant et notre beau Président. Sous le sapin, le Père Noël avait déposé sept cadeaux : un lit, des croquettes et une poubelle pour le mendiant, du champagne et une belle âme pour le Président, et, pour Tante Gertrude, une tenue de culture physique et des chaussures de course. Mais, au déballage des paquets, des hurlements firent froncer les sourcils de Tante Gertrude ! C’était le Président qui criait : « Pourquoi lui, il a trois cadeaux et pas moi ! Lâche cette poubelle, mendiant, elle est pour moi ! »

Bravissimo l’artista !

Ma foi, je pense avoir réussi mon coup ! C’était si triste et si fade ici avant mon intervention… j’en avais les bajoues qui pendaient, le chapeau qui dépérissait et l’ombrelle qui défrisait ! Mais maintenant, grâce à quelques coups habiles de marqueurs et de bombe, voyez comme ce wagon trivial resplendit ! Mon corsage et ma veste en pèteraient presque d’orgueil ! Moi, Solenzara Contessa d’Il Campo, je suis fière de mon œuvre, et je revendique la customisation des lieux publics. Et si la maréchaussée venait à me coffrer, que diable, je passerais la nuit au trou ! J’en ai vu d’autres ! Et c’est souvent là que l’on rencontre les personnages les plus rafraîchissants. L’an dernier, après mon emballage du Colisée avec du papier toilette épaisseur triple, j’ai croisé un merveilleux dessinateur dans le panier à salade. Il avait caricaturé Berlusconi sous la forme d’un  taureau en rut ! Hilarant !

Mais je demeure sans conteste la plus grande artiste italienne de notre siècle « Santa Subita » scandait le peuple il y a deux mois, lorsque j’ai nagé en tenue de gala dans la Fontaine de Trevi.

Alors, chers français, si vous me repérez un jour près de votre Tour Eiffel, sur votre pont Alexandre 3 ou dans votre métro parisien, prenez garde ! Avec moi, tout peut arriver !

Traumatisme capillaire

Monsieur le coiffeur, je vous en supplie, ne me coupez pas les cheveux ! Hurlait Gonzague.

Il aurait tant voulu les garder, ses boucles blondes… Mais Sylvaine sa maman et surtout Monsieur Raztout, le coiffeur, en avaient décidé autrement.  

Perdu sous le grand tablier à fines rayures, Gonzague s’échappait dans ses rêves. Il revoyait ses longues mèches dorées virevolter dans le vent quand il jouait au preux chevalier, défenseur de Claudie et Ninette la petite voisine et sa poupée de chiffon.

Monsieur le coiffeur, je vous en supplie, ne me coupez pas les cheveux !

Pourtant, les effroyables ciseaux s’étaient approchés de se nuque tendre. Ils avaient effleuré la peau toute douce et le garçonnet avait frémi sous leur contact glacial. Et puis « cccrac » il avait entendu la première coupe au plus près de sa petite oreille rose, sous le regard sadique de Monsieur Razetout.

Des dizaines de petits anneaux d’or s’étaient répandus sur le tablier comme des bribes de paradis perdu et le sourire carnassier du coiffeur avait resplendi.

La mère avait été vaguement émue par le regard désemparé de son fils. Elle avait essuyé une larme mesquine du coin de son mouchoir brodé ; mais à aucun moment elle n’avait donné l’ordre au faucheur de blé d’interrompre son inhumaine moisson. 

Monsieur le coiffeur, je vous en supplie, ne me coupez pas les cheveux !

Le lendemain c’était déjà le départ pour le pensionnat, l’arrachement à la maison maternelle, au jardin ébouriffé et aux aventures médiévales avec Claudie et Ninette.

Plus tard, ce fut le service militaire et les séances hebdomadaires chez le Maître barbier. Gonzague n’avait plus l’age de crier, mais intérieurement il hurlait toujours :

Monsieur le coiffeur, je vous en supplie, ne me coupez pas les cheveux !

Et puis, Gonzague avait eu trente ans et était devenu écrivain. Après l’armée, il avait épousé Claudie et n’était plus jamais retourné chez le coiffeur. Il avait longtemps espéré recouvrer ses belles boucles dorées, mais à la place, de tristes mèches filasse avaient poussé.

Demain, Gonzague aura soixante ans. Monsieur Razetout, son tortionnaire d’antan est mort il y a quinze ans, dans son salon, en faisant une teinture à Sylvaine. Celle-ci était ressortie mi-brune, mi-blanche comme la « Cruella » des « Cent un dalmatiens » ! Gonzague avait beaucoup ri ce jour-là, intérieurement bien sûr…

Maintenant Gonzague a deux vilaines tonsures sur son grand front ridé, mais il s’en fiche. « Gonzague numéro deux » son petit-fils, adore lui faire des bisous à cet endroit là : C’est tout doux ! dit-il en chatouillant le cou de son grand père avec ses belles boucles dorées.

Quand les deux Gonzague se promènent dans le village, ils longent souvent l’ancien salon de Monsieur Razetout aujourd’hui transformé en salon de tatouage :

– Et qu’est-ce qu’on crie quand on passe ici ? Interroge le grand-père

– Monsieur le coiffeur, je vous en supplie, ne me coupez pas les cheveux ! Hurle le petit en riant. 

La Symphonie de l’Escalator

Le  texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Nsey Benajah  dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 385

Niky    – Et bé dis donc, c’est pas simple de jouer du piano !

Didas   – Tu l’as dit ! Surtout un morceau à quatre pieds !

Niky    – Bah oui, on s’emmêle les arpions, on se piétine les panards …

Didas   – On s’bousille les ripatons !

Niky    – Pourtant, Bottines et Sandales y arrivaient super bien tout à l’heure

Didas   – Ouais, mais elles, c’est des pointures, on peut pas se mesurer

Niky    – Pouce ! C’était un sol dièse là ! T’as trébuché !

Didas   – Ça t’botterait pas d’faire des claquettes, plutôt ?

Niky    – Ça marchera pas, on n’a pas de talons ! Des claquettes pour les sourds à la rigueur …

Didas   – Hé Ho ! On finit par un accord en si mineur, tu t’es planté !

Niky    – Un accord sur un piano désaccordé, c’est pas l’pied, moi j’dis…

Lou Boutin qui passait par là, injurie Niky et Didas, il réclame le silence

Didas   – Il va pas nous soulier, lui !

Niky    – De quoi qu’i semelle, l’escarpin !

Didas   – Il s’entend plus claquer du talon, ça l’déstabilise…

Niky    – Fais-lui un pied de nez, ça va le talquer !

Didas   – J’ai pas de nez !

Niky    – Ah, oui, c’est vrai …

Didas   – Bon, on la reprend cette Symphonie de l’Escalator ?!

Mise au point

«  Oh oui, tu es beau, tu es beau mon Rhett, qu’est ce que tu es beau ! En même temps, c’est pour ça que je t’ai choisi parce que, dans ta caboche, y a pas grand-chose …Même pas fichu de te trouver un job correct ! Sois beau et tais toi, c’est ça. Alors que moi je bosse, je trime, je fais tout ce que je peux pour équilibrer le budget familial. Et oui, Monsieur ! Même que les double-rideaux, là, derrière nous, je vais pas tarder à m’en faire une robe puisque Monsieur le fainéant looser n’est pas capable de m’en offrir une ! Bon, c’est vrai, t’es beau ! Je vous trouve très beau comme dit un autre film. Avec tes cheveux gominés et ta petite moustache bien taillée qui souligne ton sourire enjôleur, tu es une merveille, rien à redire sur ton physique…Mais sur tes actes … Tu as congédié la femme de ménage ! Trop chère, tu as dit ! Bé oui, on n’a pas d’esclaves, nous, on n’est pas comme ça, nous ! On les paye nos gens de maison ! Sauf que là, on peut plus…parce que Monsieur le dandy bellâtre préfère le glandouillage au travail ! Et qui c’est qui va faire la boniche maintenant ?? C’est moi ! Oui, oui, tu peux me regarder avec tes petites fossettes craquantes et tes yeux veloutés ; tu veux me faire le coup du baiser langoureux ? C’est pour ça que tu as fermé les persiennes ?  Tu crois que je vais encore craquer et te pardonner ? Mais … Qu’est-ce que je vois ? Là sur ton nez ? Ma parole, mais c’est un bouton ! Un vilain furoncle, même ! Et ton oreille droite …Elle est dégoûtante ! Ne me dis pas qu’on a même plus de quoi s’acheter des coton-tige !

Bon, Rhett, je suis désolée mais tu ne me fais plus du tout rêver ! Je te quitte et je vais tenter pour la énième fois de récupérer Ashley ! »