La licorne de nuages

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Lila, la licorne de nuages avait traversé les bois de Taponnat, rencontré un cerf, un sanglier et un lapin de garenne. Tous lui avaient fait la même réponse : Les chevaux enfermés vivent à l’orée du bois, là où les humains règnent en maitres. Alors elle avait galopé, galopé aussi vite que ses sabots de buée voulaient bien la porter. Un loup famélique lui avait barré la route au tournant du vieux chêne, il avait montré les crocs puis raconté : Je suis le loup de Marlaguette, elle m’affame en voulant faire de moi un végétarien !  Alors, d’un coup de corne magique, Lila avait fait apparaitre un énorme gigot de mouton parfumé aux baies de genièvre, le loup avait tout dévoré, remué la queue, fermé la gueule et fait ses bons yeux à la licorne.
Lila était arrivée au club hippique par un beau matin de brume. Elle s’était promenée dans chacune des trois rangées de box impeccables. Son hennissement sonnait comme le chant d’une sirène et dès qu’elle passait devant la porte d’une stalle, une belle tête de cheval apparaissait et la suivait des yeux. Sullivan, Arabesque, Victor, Ramsès, Chimère, Napoléon, Geronimo et les autres étaient tous là, attentifs et émerveillés, au passage de leur Déesse.
C’est alors que Lila se cabra sur ses pattes arrières et d’un coup de corne magique, fit sauter tous les verrous des boxes. Les chevaux, ébahis d’être libérés sans la contrainte d’un licol ou d’une selle, poussèrent d’abord timidement les ventaux de leurs abris avant de s’élancer à la suite de Lila en une folle équipée grise, noire, blanche, pie et bai.
Depuis ce jour, un troupeau de chevaux sauvages galope dans le ciel, au-dessus des bois de Taponnat derrière la licorne de nuages.

MH

Petite questionnette: Vous est-il parfois arrivé d’imaginer des formes d’animaux ou d’êtres féeriques en observant les nuages ?

Braderie de nuages

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Depuis des mois, j’avais envie d’en acheter. La « nuagerie » se trouvait au coin de mon arc-en-ciel et je passais tous les matins devant, en allant au paradis. La petite échoppe était tenue par un sale vieux bonhomme, le père Tempête. Avec lui, jamais de réductions ni de promotions, un nuage confetti coûtait cent gouttes de pluie, un nuage douceur, cent vingt et cela pouvait aller jusqu’à mille pour un nuage troupeau de moutons ou un meringué.
Jamais je n’aurais assez de gouttes dans mon porte-pluie pour m’offrir mon rêve …
Mais un beau jour, un miracle se produisit, l’enseigne de la boutique avait changé. Au lieu de « nuagerie » il était écrit : « Cumulez vos cumulus pour pas une goutte de plus »
Le marchand aussi était différent, un lutin souriant, vêtu de laine, coiffé d’écume et les joues recouvertes d’une opulente barbe à papa.
– Entrez ! Entrez dans mon ciel ouaté, jeune homme, osez vagabonder dans ma poussière de liberté, parmi mes cumulus soldés !
– Soldés ?
– Soldés, bradés, donnés, tout ce que vous voudrez !
Alors je me mis à déambuler parmi les nuages, je les touchais, je les palpais, je m’allongeais sur les plus gros, je caressais les plus petits, je murmurais aux plus jolis et les entassai dans mon caddie comme des toisons de paradis.
Je noyai le gentil marchand sous une vague de mercis et retournais sur mon arc en ciel.
Mais, quand les couleurs de mon logis me virent chargé de tout ce blanc, elles pâlirent… légèrement. Alors mes nuages se mirent à pleurer, ils se sentaient mal accueillis, rejetés. Leurs larmes de pluie ne pouvaient plus s’arrêter de couler sous le soleil. Et plus les larmes coulaient, plus mon arc-en-ciel rougeoyait, verdissait, bleuissait, se parait d’oranger, de doré et d’un violet profond. Jamais il n’avait été aussi éclatant.
Sous ce flamboiement, mes nuages en étaient réduits à l’état de baudruches dégonflées, de peaux grisâtres, de bedaines crevées d’où suppuraient quelques dernières gouttelettes. Je repensais à ma grand-mère qui disait toujours : « On ne peut pas tout avoir » et moi, qui lui répondais « Mais on peut toujours essayer … »

MH