Immunité inattendue

Tableau sujet FB (2)

 

Le jour du déconfinement, je m’étais dit, ça ira, il n’y aura pas grand monde dans le métro, la plupart des gens auront continué de télétravailler, je ne risque pas grand-chose. Alors j’ai mis mon beau masque bleu ciel, mes gants de vaisselle, bleus aussi, et je suis entrée dans un wagon. Et là, oh surprise, ils étaient tous agglutinés ! Sans masques ni gants, ils se serraient les uns contre les autres en lisant leur journal ! Alors j’ai poussé un grand cri et je leur ai dit : « Vous êtes dingues ou quoi ? Et le mètre de sécurité, c’est pour les chiens ? » Alors ils se sont retournés comme un seul homme en me dévisageant et j’ai eu l’impression que c’était moi, le folle.

Et puis, j’ai remarqué une autre chose étonnante : les hommes portaient tous des chapeaux haut de forme, de fines moustaches ciselées et des manteaux de laine; les femmes avaient des coupes de cheveux à la Louise Brooks et étaient vêtues d’élégantes vestes et jupes fluides. Aucun jean, aucune paire de baskets, aucun look décontracté à la ronde juste une foule de voyageurs bien mis et très corrects. Que pouvaient-ils penser de moi avec ma salopette rose, mes cheveux verts, mon masque bleu et mon air ahuri ? Je parvins à lire le nom, la date et le gros titre du journal lu par le monsieur le plus proche de moi :

Le petit parisien, 11 mai 1924. La visite de M Poincarré à Mac Donald est avancée d’un jour

Mais, je suis où ?? Où plutôt, je suis quand ? On parle pas de Mc Do le fast-food, là, on est bien d’accord ??

 J’ai dû hurler cette réflexion, alors que je la croyais intérieure parce que tous les contemporains de Poincarré se mirent à me fixer avec encore plus d’intensité.

C’est alors que je vis la panique dans leurs yeux. L’un d’eux osa tout de même me répondre : « Nous sommes le 11 mai 1924 voyons ! Auriez-vous trop forcé sur le Dubonnet, mon amie ? »  Puis j’entendis son voisin lui chuchoter : « Il faut l’interner d’urgence à la Cité des fous de Saint-Anne… »

Et puis, ce fut le trou noir. Quand je me suis réveillée dans un lit d’hôpital, j’ai crié : « Je ne suis pas folle, je ne veux pas qu’on me fasse des électrochocs !! » « Mais calmez-vous Mademoiselle, me répondit l’infirmière habillée comme un cosmonaute, vous avez juste fait un petit malaise dans le métro, et bonne nouvelle, nous vous avons testée : vous êtes immunisée contre le covid 19! »

Cette bénédiction était-elle due à mon voyage dans le temps ? Jamais je ne le saurais… mais jamais je n’oublierais ces élégants voyageurs des années folles.

MH

Le beau du métro

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Le texte ci-dessous m’a été inspiré par cette belle photo d’Arthur Humeau dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 325.

 

Qu’il est beau l’homme du métro, avec sa blondeur, son front lisse et son imperméable ! Pourtant, comme deux des singes de la sagesse, il n’entend rien, avec sa musique plein les oreilles, et il ne parle pas avec sa bouche fermée comme une tirette… MAIS il voit de ses yeux fixes, rivés sur Clara…
Il détone parmi les travailleurs de huit heures, il est bien obligé de se mêler à la foule mais il n’apprécie pas, avec son corps en biais et ses cheveux affolés. Heureusement, il est grand, il les surplombe tous, et puis son regard à lui reste sur le quai, il n’entre pas dans le wagon surpeuplé.
Son regard reste sur toi, Clara, parce que c’est trop dur de te quitter, même pour quelques heures, même pour quelques secondes. Absurde d’aller travailler avec des gens qui ne lui sont rien, de perdre son temps à pianoter sur l’ordinateur, à parler à des enquiquineurs alors qu’il pourrait être à tes côtés, toute la journée.
Ne pas prendre sa correspondance à la station Denfert, ne pas te laisser filer vers le Sentier mais descendre tous les deux à la Porte Dorée et flâner dans le Paris printemps du mois de mai.

MH

Ligne 8

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D’habitude je choisis toujours le wagon de queue, c’est plus pratique pour ma correspondance à la station Daumesnil, mais hier, je l’ai vue, assise à une fenêtre de la deuxième voiture. Elle était si mignonne avec son air sage, son chapeau de feutre beige et son petit col bien blanc, bien classique, bien boutonné …Alors je suis monté, hypnotisé par son regard doux. Mais à peine les portes de fer s’étaient-elles refermées sur moi que Gertrude et Berengère ont surgi comme deux diables de leur boite. Ma femme et ma maîtresse, sous le même toit ! (même s’il ne s’agissait que du toit du Métropolitain), côte à côte, droites comme des i, et l’air bien décidé à m’empêcher d’aborder la jolie inconnue. Moi, je me tenais un peu en biais, hésitant à passer ma tête à travers la fenêtre à guillotine ou à affronter les deux gardiennes de prison « façon Demoiselles de Rochefort ». C’est alors que le métro s’arrêta à la station Bonne nouvelle et que j’eus la surprise de ma vie : Gertrude et Berengère descendirent comme un seul homme pour se jeter sur le seul homme planté sur le quai, un bouquet de fleurs dans chaque main. Ma femme et ma maîtresse se sont éloignées, bras dessus bras dessous avec l’inconnu tandis que le métro redémarrait, m’emportant avec et la mystérieuse beauté assise vers la Pointe du lac.

MH

Petite questionnette: Et vous, avez-vous déjà eu d’incroyables surprises dans le métro ?