Jeu numéro 21

Cette semaine dans le cadre d’un  Challenge d’écriture sur son blog  L’atmosphérique, Marie nous propose d’écrire un poème ou un récit à partir de la célèbre strophe suivante « Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne » en partant sur un style complètement différent de celui du poème initial.

Parodie de Demain dès l’aube… de Victor Hugo

Dimanche dès l’aube

Dimanche, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne

Je me recoucherai. Vois-tu, je sais que le carrelage est glacial

J’irai juste aux toilettes, puis me ferai un thé

Mais je retournerai  en mon lit, très longtemps…

Je me rendormirai les yeux fermés sur mes rêves

Sans rien voir du matin, je ferai « mon mauvais citoyen »

Seul, tranquille, le dos calé par les oreillers

Somnolent, et le jour sera pour moi comme la nuit

Je ne regarderai ni les infos qui tombent

Ni les voiles qui divisent les candidats à la présidence

Et quand arrivera l’heure des résultats, je mettrai dans mon bol

Une tisane d’or, pour redormir encore, des camomilles en fleur

Rappel de l’original !!

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Marinette et le loup

Consigne : Ecrire un texte qui se passera la nuit dans la montagne au XIX -ème siècle et où il sera question d’un chat, d’une jeune fille et d’un verre à pied.

Avertissement : Aucune intention politique, juste de la grosse farce !

On dit que la nuit, tous les chats sont gris, et pourtant en cette nuit d’hiver glaciale, c’était la jeune Marinette qui était grise. Grise des trois verres de vin qu’elle avait bus pour se réchauffer dans ce refuge montagnard où son père et elle faisaient escale, en chemin pour le Pic du Vautour.

Son père, le bon berger Jeannot Lassalle, avait promis Marinette à l’ogre Méchanchon qui vivait tout là-haut. S’il lui offrait sa fille en mariage, Méchanchon avait assuré qu’il ne s’attaquerait plus à aucun des moutons du troupeau et qu’il trancherait même la gorge aux jeunes loups qui s’aventureraient à le faire.

Le nez trempant dans son verre à pied (car elle l’avait long) Marinette se demandait pourquoi les verres étaient si chics en ce refuge pourtant si précaire. Alors elle se mit à songer à Peau d’âne qui avait transformé l’immonde taudis où elle logeait en une cabane raffinée pleine de dorures, d’objets précieux et de robes merveilleuses. Elle aussi rencontrerait peut-être un prince qui dévierait l’affreux destin qu’on lui réservait.

Alors que le vieux Jeannot Lassalle ronflait à même le sol près de la cheminée, Marinette décida de s’aventurer à l’extérieur, son verre à pied toujours à la main. La nuit était profonde. Aucun son, aucune lueur à part l’Etoile du Berger au-dessus de sa tête : Non, non ne me parlez plus de bergers, je vous en supplie !! Hurla-t-elle au néant avant de s’effondrer en pleurs dans la neige poudreuse qui crissa sous son poids (car Marinette était fort rondelette)

C’est alors qu’elle entendit des loups hurler au lointain : Haouou, haouou, haouou !!! Les cris semblaient se rapprocher dangereusement du lieu où Marinette était tombée. Elle essaya de se relever, mais, impossible, elle était trop grise, trop saoule même, pour tenir sur ses deux pieds. Qu’importe, dévorez-moi, bêtes sauvages, puisque de la vie, je n’ai plus rien à espérer…

C’est alors que le chef de la meute s’approcha si près de son visage, qu’elle put voir ses yeux briller dans les siens. A sa plus grande surprise, le loup se mit à lui parler dans un langage des plus châtiés :

-« Marinette, belle et blonde Marinette,  veux-tu toujours fuir ton mariage arrangé avec l’ogre Méchanchon ?

– Oh, que oui, beau loup, mais comment le pourrais-je … mon père le berger Jeannot Lassalle a tous les pouvoirs sur moi et je ne puis lui désobéir, à moins que …

– A moins que tu ne me donnes ta voix, mignonnette Marinette ! Si tu chantes pour moi, je te saupoudrerai de poudre de perlimpinpin et tu échapperas à ta funeste destinée ! Je t’emmènerai dans une contrée côtière qu’on appelle Le Touquet !

– Mais quel est donc ton nom, beau loup des neiges ?

– Manu Macroc, ma splendeur !

Alors, de sa voix la plus suave Marinette entonna la Marseillaise et le loup se transforma aussitôt en un beau prince élancé au regard bleu, au nez pointu et à la chevelure claire.

Ils se marièrent mais n’eurent aucun enfant car Marinette n’était finalement pas si jeune que ça, et que le prince Manu Macroc avait bien trop de travail à diriger le royaume de France !

La grotte de Vallières

 Clothilde de Didonne vit face à l’océan. Elle vient d’avoir seize ans et on va la marier dans un mois.

Chaque jour, dès son éveil, elle court le long de l’escalier de pierre en colimaçon. Il lui faut atteindre le point le plus haut du castel familial pour guetter le Rayon Vert.

La voilà enfin à l’air libre dans la courette circulaire de la tourelle. Le voile de son hennin ondule au vent puissant du large. Elle s’accroupit, le visage calé entre deux créneaux pour mieux voir. Mieux voir la Grotte de Sunilda, baignée par la marée montante, et attendre le Rayon Vert qui la délivrera de son avenir annoncé.

*

Il y a bien, bien longtemps, alors que cette côte était encore vierge de toute empreinte humaine, les Cyto-Allains avaient débarqué sur leurs drakkars. Sunilda était l’une d’entre eux,  une superbe jeune fille encore pure. Son clan l’avait choisie comme modèle de proue pour le navire royal en raison de son exceptionnelle beauté. Les cheveux de Sunilda étaient blonds comme l’astre suprême et ses yeux vert d’eau illuminaient son teint de sable. Sa silhouette chaloupée enchantait tous les hommes de son peuple, mais seul Sven, le jeune sculpteur de la proue à son effigie, était sincèrement tombé amoureux d’elle.

Malheureusement, le sanguinaire roi Bernulf avait lui aussi jeté son dévolu sur l’innocente beauté. Dès que la flotte accosterait, les épousailles auraient lieu à même l’écume.

  – Terre ! » Le cri du guetteur retentit comme la sirène du dernier jour.

C’est une immense conche bordée de rochers et de cavités qui s’étale devant eux. Bernulf choisit la grotte la plus majestueuse pour la cérémonie imminente.

Sunilda vomit ce roi cruel qui ne se complait que dans le massacre des autres peuples, elle voudrait s’enfuir, loin avec Sven, sur ce littoral caressé par une clémente brise.

Mais les gardes de Bernulf ont enchaîné le sculpteur à son œuvre. Il ne pourra plus jamais prétendre qu’à une épouse de bois.

Quatre soldats sont nécessaires pour forcer la malheureuse élue à avancer jusqu’à la grotte. La longue robe couleur d’écume est souillée par leurs pinces de crabes. Les empreintes de ses pas contraints, sont recouvertes par les larmes des vagues.

*

Clothilde repense à ce Seigneur de la Roche Courbon  que son père veut lui faire épouser. Elle sait que le but est de  réunir leurs terres de chasse situées en Saintonge.  

L’homme est un vieillard dont elle a seulement vu le portrait, et à qui elle doit faire parvenir le sien en retour. Cette peinture que l’artiste Anselin a fait d’elle, avec les pinceaux de l’amour.

–  Sunilda, donne-moi la force de braver l’autorité de mon père ! Rayon Vert, apparais !

*

Jetée sous la voute rocheuse par les quatre paires de bras, Sunilda s’effondre sur le sable mouillé en implorant les divinités marines.

Au moment même où Bernulf s’apprête à la relever, son marteau de cérémonie dans la main, un aveuglant Rayon Vert  apparait aux confins de l’océan.

A l’intérieur de la grotte, toute la noce demeure pétrifiée face à cette luminosité surnaturelle,  tandis que les gardes restés auprès du sculpteur enchainé constatent sa disparition avec stupeur.

Quelques instants plus tard, une immense vague chargée de longues algues ondoyantes s’abat sur la grotte, emportant tout le clan avec elle. Seule, la jeune vierge est épargnée.

Sa robe d’écume est maintenant recouverte d’une parure de varech, et le vert de ses yeux est plus vert encore. Le corps sans vie de Sven lui est ramené par un second rouleau semblable à un tapis de mer.

*

Pendant des décennies l’on a nommé cette grotte : Grotte de Sunilda et puis le nom s’est perdu dans les rouages du temps … La légende racontait que l’éternelle fiancée hantait ce lieu, allongée sur le corps de bois du sculpteur.

La légende disait aussi que lorsque le Rayon Vert paraissait, aux confins de l‘océan, Sunilda exauçait le souhait d’une jeune fille entravée.

*

Nous sommes en 1975 et la jeune fiancée sait que ces parcelles face à la Grotte de Vallières ont toujours appartenu à sa famille. Installée sur la terrasse de la villa blanche, le cœur  bercé par les remous de la marée montante,  Fanny étudie son arbre généalogique en compagnie de  Clément son futur mari.

C’est sa grand-mère qui avait cette passion des ancêtres. Elle a pu remonter, loin, très loin dans le passé, du temps où un petit castel trônait sur cette parcelle.  La révolution n’avait pas effacé les traces de leur famille. Seule la bâtisse d’origine avait été détruite et certains noms de lieux et de rues changés  comme dans bien des villes de France …

Fanny relit ces noms qui l’ont toujours fait rêver, les noms situés sur la circonférence la plus périphérique de l’arbre généalogique en forme d’éventail. 

Clothilde, née (de) Didonne et Anselin Chaussoy avaient donnés naissance en 1440 à un garçon et une fille prénommés Sunilda et Sven. Quelle originalité pour l’époque !

– Et nous, Clément, comment appellerons nous nos enfants ? Que dirais-tu de Clothilde et Anselin ? 

Sous la luminosité du Rayon Vert apparu à la cime des vagues, les deux fiancés s’étreignent en une complicité éternelle.