L’air vif

Le petit texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de JK dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 397.

Je me barre, la famille, vous entendez, je me casse ! Faudra trouver une autre cruche pour aller chercher de l’eau à la rivière, une autre chienne pour garder les moutons, une autre vache pour allaiter les gosses ! Je pars et j’absorbe l’air vif par la porte ouverte du train ; j’aurais pu me contenter de passer la tête par la vitre mais je veux que tout mon corps soit là, à cheval entre la routine et l’inconnu, entre le passé et l’avenir ! Je ne connais pas encore la ville, mais on dit qu’elle est excitante et merveilleuse, pleine de lumières et de gens qui courent en tous sens. Je trouverai un petit travail, juste pour manger et me loger, et puis je serai libre, libre comme cet air vif qui fait rougir mes joues.

Je reviens, la famille, je reviens, la rivière, les moutons et les gosses m’ont tellement manqués…Je retourne et je respire l’odeur rassurante de notre vallée par la porte ouverte du train. L’air vif entre par tous les pores de ma peau et me purifie, il chasse la puanteur du bidonville et de celle que j’ai failli devenir…

Je repars, la famille, je repars, vous en avez trouvé une autre pour faire mes corvées, les moutons ne m’ont pas reconnue, les gosses m’ont fait la grimace, vous n’avez pas voulu me pardonner… Je me tiens à la porte du train qui file à travers la campagne. L’air vif m’appelle et m’attire irrésistiblement, mon corps est encore en équilibre, mais avant la prochaine gare, j’aurai disparu.