A la lueur de nos vies

Le texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Kevin Hendersen dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 399

A la lueur de nos vies, j ai aperçu une ouverture

Un espoir de lumières, rondes comme des billes

On sortirait sans crainte, on ne verrait pas net

Une recréation sans mise au point

A la lueur de nos vies, j ai aperçu plein de couleurs

Un flou sur le passé, le présent, l’à venir

Une impression de déjà vu, un brouhaha déjà connu

Une foule auréolée de joie

A la lueur de nos vies, j ai aperçu un autre moi

Qui rencontrait un autre toi, sous une pluie de réverbères

Un scintillement de pointilliste

Une nébuleuse très artistique

A la lueur de nos vies, j ai aperçu une fille orange

Elle avançait en pleine conscience

Dans sa ville illuminée

Dans sa vie retrouvée

L’air vif

Le petit texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de JK dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 397.

Je me barre, la famille, vous entendez, je me casse ! Faudra trouver une autre cruche pour aller chercher de l’eau à la rivière, une autre chienne pour garder les moutons, une autre vache pour allaiter les gosses ! Je pars et j’absorbe l’air vif par la porte ouverte du train ; j’aurais pu me contenter de passer la tête par la vitre mais je veux que tout mon corps soit là, à cheval entre la routine et l’inconnu, entre le passé et l’avenir ! Je ne connais pas encore la ville, mais on dit qu’elle est excitante et merveilleuse, pleine de lumières et de gens qui courent en tous sens. Je trouverai un petit travail, juste pour manger et me loger, et puis je serai libre, libre comme cet air vif qui fait rougir mes joues.

Je reviens, la famille, je reviens, la rivière, les moutons et les gosses m’ont tellement manqués…Je retourne et je respire l’odeur rassurante de notre vallée par la porte ouverte du train. L’air vif entre par tous les pores de ma peau et me purifie, il chasse la puanteur du bidonville et de celle que j’ai failli devenir…

Je repars, la famille, je repars, vous en avez trouvé une autre pour faire mes corvées, les moutons ne m’ont pas reconnue, les gosses m’ont fait la grimace, vous n’avez pas voulu me pardonner… Je me tiens à la porte du train qui file à travers la campagne. L’air vif m’appelle et m’attire irrésistiblement, mon corps est encore en équilibre, mais avant la prochaine gare, j’aurai disparu.

Trois mini parodies

Photo de Lisa Fotios sur Pexels.com

Parodie d’une scène d’aventure

Dyson propulsa son grappin à trois griffes par-dessus le donjon. Il savait que Bellissima dormait là, dans son lit à baldaquin, chaperonnée par Gina la vieille servante somnolente. Dyson arracha un pissenlit dans l’herbe matinale et le coinça entre ses dents blanches et alignées. De ses bras déformés par les muscles saillants, il se hissa le long de la corde lisse en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Mais, alors qu’il atteignait les vertigineux créneaux de la tour, il ressentit soudain une effroyable douleur dans les doigts ! C’était Darkos qui avait surgit de derrière une meurtrière et qui lui écrasait les phalanges sous ses énormes bottes cloutées ! De toutes ses dents pourries, l’infâme grimaçait de plaisir devant la souffrance de Dyson ; il se réjouissait à l’idée de le voir lâcher prise et s’écraser en contrebas comme un misérable cloporte, lui cédant ainsi la place sur la couche mollassonne de Bellissima. Mais c’était sans compter avec l’esprit rusé de notre héros, qui, malgré sa position plus qu’inconfortable, parvint à éjecter de sa puissante bouche, un mollard carabiné qui alla s’écraser pilepoil dans l’œil droit de son rival.

Aveuglé par la bave acide, Darkos s’écroula en arrière, laissant ainsi le champ libre à Dyson vers la chambre de toutes les promesses…

Photo de Gratisography sur Pexels.com

Parodie d’une scène policière

L’Inspecteur Quatrezieux se concentra sur le corps de la femme qui gisait dans la boue. Il savait que la simple observation du cadavre pourrait lui apprendre bien des choses.

Les vêtements pour commencer, une robe élégante taillée dans un imprimé fleuri… à coup sûr la victime se rendait chez sa belle-famille et souhaitait faire bonne impression.

Les cheveux coiffés en un chignon sage pour ne pas attirer la main baladeuse du beau-père et ainsi, rassurer la belle-mère.

Les talons hauts de ses escarpins étaient bien la preuve qu’elle n’avait pas envisagé la fuite et se rendait sur un lieu de confiance.

Merdum ! A regarder de trop près sans cesser de fumer, il avait fait tomber un peu de cendre sur le visage de la morte… Qu’importe, au point où elle en était de saleté, un peu plus ou un peu moins …Et puis, il n’aurait qu’à dire que la cendre était déjà présente avant son arrivée. D’ailleurs n’avait-il pas vu un paquet de cigarillos traîner sur la console dans l’entrée de chez les beaux-parents ? Et bé voilà ! L’enquête était résolue ! Il dirait que le beau-père avait fait le coup et personne n’aurait idée de le contredire.

Satisfait de cette enquête rondement menée, l’Inspecteur Quatrezieux monta dans sa 4L bleu ciel et s’en retourna dans son petit pavillon de banlieue pour une soirée au coin du feu bien méritée avec son teckel.

Photo de Alex Andrews sur Pexels.com

Parodie d’une scène sentimentale

Elle :- Mais comment vous reconnaîtrai-je ??

Lui :- Je porterai un œillet rose à la boutonnière… Et vous ? Non, non, ne répondez pas ! Je le sais déjà… Je vous reconnaîtrai parce que vous serez aussi belle que ma mère, que votre voix sera douce comme du lait maternisé, que vos yeux brilleront comme les agates que « moman » m’avait offertes pour me consoler de mon appendicite, que vos cheveux seront aussi brillants que ma carrière dans l’usine maternelle, que votre cœur battra la chamade quand j’aurai un gros chagrin, que vos lèvres s’entrouvriront pour dire : « Mon petit chéri adoré » d’un ton extatique, lorsqu’enfin vous me verrez,  et que vos jambes seront aussi longues qu’une journée sans ma « moman » …………………………………Allo ? Allo ? Allo ? Allo ? Vous avez raccroché ?

Le Spectacle Essentiel

Le petit texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Elle Kennedy dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 396.

Et si c’était ça la vraie vie ? Se poser, admirer à perte de vue sans penser à soi, sans panser les blessures des autres. Oublier les gens, les villes, les détails. Juste regarder au loin, se laisser renverser, se laisser transpercer par la beauté du Ciel et de la Mer. Ne pas bouger, ne pas repartir. Se nourrir des provisions emportées, dormir là, même s’il fait un peu froid. Se réveiller là, dans la Beauté. Résister à la faim, manger l’herbe autour de soi pour ne pas céder sa place, sa place aux premières loges du plus intense spectacle qui soit, celui du Ciel, de la Mer et de la Terre, le Spectacle Essentiel.