Lettre du Lynx au Chat, son cousin

Le texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Gatis Murnieks  dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 393.

Je te laisse volontiers, coussins et canapés

Les genoux grassouillets de ta bonne maîtresse,

Les journées au salon, passées dans la paresse

Ô, je ne t’envie point la pâtée mollassonne !

Ni les petites croquettes toutes pleines d’hormones

Tu fais la patte douce, pour mendier les caresses

Tu offres des câlins pour flatter les humains

Et actives tes ronrons pour calmer les ronchons

Dans ton triste quartier, tu pars pour une virée

Puis tu rentres au logis, atrocement soumis.

Moi je reste distant, fier et indépendant

Je dors dans les sous-bois, je m’étale comme un roi

J’arpente mon territoire du matin jusqu’au soir

Je cherche les chevreuils, je chasse les chamois

Mes repas je n’les dois, qu’à mes propres exploits

Et quand l’instinct m’appelle, j’étreins une femelle

Je la mords dans le cou, la charme à tous les coups

Et puis je l’abandonne, pleine de ma descendance

Je m’enfuis par les prés, les steppes et les forêts…

Alors mon cher cousin, Gouttière ou Abyssin

Délaisse tes humains, et puis, viens, viens, viens, viens !

La grande (vue par « la petite ») suivi de : La grande (vue par le chat de « la petite »)

Encore une carafe, encore une carafe, encore une carafe… 

« Je bois des litres d’eau à chaque repas »  m’annonce t-elle. Elle a besoin de ces cascades d’H2O pour hydrater son immense personne !

Chez elle, tout est grand, je me tords presque le cou pour la regarder dans les yeux, ses yeux énormes comme ceux d’un cheval.

« J’ai soif, j’ai soif, j’ai soif ! » Même avec sa soupe il lui faut une carafe, alors, imaginez avec la pizza Napolitaine, le jambon cru ou le roquefort aux noix !

« C’est sec, j’ai soif ! »  Heureusement, elle accepte l’eau du robinet car je n’ai qu’un pack de Cristalline en réserve. Je la regarde mastiquer, déglutir et ingérer. Quand elle boit, je suis le voyage du liquide, de sa bouche géante à son gosier palpitant, c’est comme le cheminement d’un fleuve dans une gorge profonde.

« Encore, encore, encore ! » C’est surnaturel, elle n’est jamais rassasiée. Je la ressers.

Ses gros yeux reconnaissants sur ma main, ses larges narines frémissantes, ses lèvres mouillées avides. Et elle boit, comme une terre asséchée :

« Ça fait du bien … »

Elle se lève enfin, déplie son corps sans fin. Ses longs cheveux broussailleux comme du crin encadrent sa face aux traits démesurés. Son cou interminable porte sa tête comme le pied d’un réverbère ; Ciel ! Elle va voir la poussière sur mon armoire normande !  Mais non, elle préfère se concentrer sur l’infiniment bas et demande à ma minuscule personne : « Pourriez-vous m’indiquer les toilettes ? »

***

Aujourd’hui, un drôle d’humain femelle est venu à la maison. Elle était tellement haute que, même planqué en haut de l’armoire normande, j’ai cru qu’elle pourrait m’attraper. Mais elle n’a pas fait attention à moi, elle a juste enlevé ses sur-pattes et elle s’est dirigée vers l’endroit où on mange. Moi, je suis descendu de mon piédestal sans faire de bruit et je suis allé renifler les sur-pattes. Nom d’un rat, qu’est-ce que ça sentait fort ! Plus fort même que ceux de mon humain mâle !

Et puis, je me suis occupé à observer l’intruse. Elle n’avait pas l’air tellement intéressée par la bonne pâtée que mon humaine lui servait ; pourtant, moi, je peux vous dire que ça sentait bon ! Pour finir, elle a quand même tout avalé, dommage pour moi…

Ce qui lui plaisait vraiment c’était le truc machin chose incolore que je déteste moi, l’élément mouillé où je n’aime pas mettre les pattes ni le museau. Elle en ingurgitait des bols, des bols et des bols !

A la fin de son repas, elle s’est levée, on aurait dit un lynx à deux pattes tellement elle était grande. Elle est allée vers le petit coin qui pue les déjections de mes humains. Moi, j’ai eu la trouille qu’elle m’écrase alors je me suis caché sous la commode. Ses pieds étaient tellement larges et tellement longs ! Si j’avais pas eu si peur je me serais approché pour les mesurer avec ma queue, mais j’ai préféré pas me risquer.

Et puis elle est partie, mais son odeur de femelle dominante est restée longtemps dans la maison, alors moi, je suis allée faire un tour au jardin pour respirer l’air frais.

Nostalgie d’un envol

Le texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo d’ Immo Wegmann dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 391.

Ma Fiat 500 et moi on ne faisait qu’un. Elle était le prolongement de mon corps, mes ailes quoi…

Certains de mes copains, plus riches ricanaient : « Toi et ton insecte rouge ! » qu’ils disaient. Un insecte peut-être, mais un insecte volant ! Avec elle je tutoyais les nuages et le ciel bleu ! Ils pouvaient bien se moquer ces prétentieux, vautrés dans la pesante DS de leur père. Quand je montais dans leur voiture en forme de baleine, j’avais tout de suite le mal de mer ! Tandis que dans ma Fiat, quelle légèreté, quel décollage pour un voyage plein de rêves, d’amusement et de rires !

On s’y serrait à six avec mes amies de toujours. Je prenais toujours Suzy comme copilote, parce qu’elle était nulle avec les cartes routières, et c’est ça qui était bien ! On se retrouvait  sur des petites routes cabossées, ou dans des champs de chardons… A l’arrière il y avait les jumelles et puis Cécile avec sa petite sœur Ninette sur les genoux. On chantait « Le lundi au soleil » à tue-tête en passant devant le lycée où les bons élèves faisaient la queue pour rentrer au bagne, et nous les vilaines redoublantes, les adeptes du radiateur, du bavardage et des cocotes en papier, on filait dans notre petit bourdon rouge à la poursuite du nectar de la vie.

Depuis cette époque joyeuse, bien des choses ont changé… J’ai déménagé, j’exerce un bon métier malgré mon passé de cancre, je vis dans un appartement cossu, je conduis un gros 4×4 et j’ai de nouveaux amis, un peu ennuyeux…

Mais depuis quelques temps, je vois bourdonner des nuées de petits insectes dans les rues et je sens que moi aussi, je vais craquer, retrouver mes anciennes copines et à nouveau, m’envoler !

L’ombre

Le court texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Valentina Alexandrovna dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 390.

L’ombre du végétal sur son visage

Comme le maillage de ses veines

Sous sa peau.

Ou la toile d’une araignée

Appliquée, industrieuse.

Comme la prison d’un voile ou d’un masque

Comme une cage de perles ou de dentelle

La bouche muette d’une résignée

Le regard fixe, pétrifié, d’une mariée déçue au premier soir

Celui d’une morte que le baiser d’aucun prince ne ramènera à la vie

L’ombre d’une couronne d’épine sur son front.

Jeu numéro 12

 Petit jeu proposé dans les Plumes d’Asphodèle par Emilieberd. Placer les 14 mots ci dessous dans un texte.

DECOUVERTE/BLANC/VIDE/CONFIANCE/CROQUER/NATUREL/GRAND/METAL/DEVOILER/CULOTTE/ TETE/FROID/FOYER/FUSIONNER

Le Grand Nord au pied de la porte

Confiance, Clémence et Constance avaient toutes trois la même idée, voyager dans le Grand Nord, croquer la neige à pleines dents et s’enivrer de blanc ! Par le plus merveilleux des hasards, elles dénichèrent une luge en métal au fond du grenier ; cette découverte allait drôlement faciliter leur périple ! Elles décidèrent donc de quitter leur doux foyer devenu vide de sens dés le lendemain matin.

C’est ainsi qu’en ce premier janvier 2021, avec le plus grand naturel, Confiance, Clémence et Constance dévoilèrent leur fessier et mirent leur culotte sur leur tête en guise de cagoule afin d’affronter le froid du dehors. En moins d’une minute, les petites silhouettes des trois sœurs à califourchon sur leur luge avaient fusionné avec le misérable décor de neige grisâtre de leur ruelle de banlieue. Pourtant, dans leur tête, c était le chemin immaculé vers l’aventure !