Jeu numéro 11

Placer ces 14 mots (qui pourront être déclinés, pris dans le sens que vous voudrez et conjugués bien sûr) SAPIN/TANTE GERTRUDE/ MENDIANT/CROQUETTES/LIT/AME/ LACHE/ CULTURE/ PRESIDENT/ COURSE/CHAMPAGNE/POUBELLE/ CADEAU/ SOURCILS. dans un petit texte de Noël, LE PLUS COURT possible !

Liberté, égalité, fraternité

En ce 25 décembre 2020, ma prudente Tante Gertrude festoyait avec deux invités seulement : un pauvre mendiant et notre beau Président. Sous le sapin, le Père Noël avait déposé sept cadeaux : un lit, des croquettes et une poubelle pour le mendiant, du champagne et une belle âme pour le Président, et, pour Tante Gertrude, une tenue de culture physique et des chaussures de course. Mais, au déballage des paquets, des hurlements firent froncer les sourcils de Tante Gertrude ! C’était le Président qui criait : « Pourquoi lui, il a trois cadeaux et pas moi ! Lâche cette poubelle, mendiant, elle est pour moi ! »

La nuit de Noël

Le noir recouvrait tout. Les voleurs en profitaient pour chaparder, les assassins pour assassiner et les malheureux pour pleurer.

Au fond de son lit, le petit Noël tremblait : l’ogre était forcément dans sa chambre, mais où ?

Sous son lit, derrière l’armoire, ou bien accoudé à sa table de chevet ? S’il allumait la chandelle, ce serait pire encore ! Il imaginait le monstre déformé par la lumière vacillante, immense, jaunâtre, les dents carnassières et le regard fou. Jamais il ne trouverait le sommeil, à moins que …A moins qu’il ne se mette à penser à demain et à tous les jours qui suivraient, à la nuit grignotée par le jour, aux malfaisants repoussés par les bons et à la bougie traîtresse que l’on remiserait dans le tiroir.

Le petit Noël ne se doutait pas que des siècles plus tard, les enfants du monde entier n’auraient qu’à appuyer sur un bouton pour éloigner les peurs, lui qui n’avait que la force de son esprit et un méchant bout de chandelle pour se protéger.

Sous sa couverture, Noël se sentait comme à l’intérieur d’une cabane protectrice. Pourtant, son refuge laineux tenait plus de l’abri de paille du plus paresseux des Trois petits cochons que de la maisonnette en briques du plus laborieux des trois frères ! S’il osait, il tendrait le bras pour attraper le livre de contes au pied de son lit, il ne se souvenait plus en quel matériau le deuxième petit cochon avait construit sa cabane… Mais non, il faudrait rallumer la chandelle et puis le monstre arracherait à coup sûr sa main s’il la laissait sortir de la couverture.

Recroquevillé, l’enfant se mit à réfléchir, à essayer de se souvenir… alors, la première maisonnette était en paille, ça c’était certain, le petit cochon paresseux n’avait pas eu envie de se fatiguer à porter de lourdes charges… Celle du plus vertueux était en briques, il avait énormément transpiré pour en monter tout seul les murs ; mais celle du second ? En quoi était-elle faite ? En torchis ? En terre ? En roseaux ? Impossible de se rappeler. Plus Noël essayait de se creuser la cervelle, plus le conte semblait lui échapper; à la place, il voyait des  dizaines de porcelets et de loups copains comme cochons, dansant et riant ensemble au bord du lac ; les loups du monde entier s’étaient alliés à la communauté porcine autour d’un grand banquet où trônaient les gâteaux et les friandises les plus colorés et les plus extraordinaires qu’on n’ait jamais vus, sous un soleil radieux.

Quand Noël ouvrit enfin les yeux, une lumière éblouissante avait envahi la pièce, il pouvait voir précisément chaque recoin de sa chambre où aucun intrus ne se cachait à part quelques moutons de poussière. D’en bas, il percevait les bruits familiers de vaisselle dans la cuisine.

Le petit-déjeuner attendrait, Noël allait pouvoir lire dans la lumière rassurante de cette belle matinée de décembre. Il tendit le bras sans crainte pour attraper son livre de contes : Alors, de quoi était-elle faite cette deuxième petite maison ?

Bravissimo l’artista !

Ma foi, je pense avoir réussi mon coup ! C’était si triste et si fade ici avant mon intervention… j’en avais les bajoues qui pendaient, le chapeau qui dépérissait et l’ombrelle qui défrisait ! Mais maintenant, grâce à quelques coups habiles de marqueurs et de bombe, voyez comme ce wagon trivial resplendit ! Mon corsage et ma veste en pèteraient presque d’orgueil ! Moi, Solenzara Contessa d’Il Campo, je suis fière de mon œuvre, et je revendique la customisation des lieux publics. Et si la maréchaussée venait à me coffrer, que diable, je passerais la nuit au trou ! J’en ai vu d’autres ! Et c’est souvent là que l’on rencontre les personnages les plus rafraîchissants. L’an dernier, après mon emballage du Colisée avec du papier toilette épaisseur triple, j’ai croisé un merveilleux dessinateur dans le panier à salade. Il avait caricaturé Berlusconi sous la forme d’un  taureau en rut ! Hilarant !

Mais je demeure sans conteste la plus grande artiste italienne de notre siècle « Santa Subita » scandait le peuple il y a deux mois, lorsque j’ai nagé en tenue de gala dans la Fontaine de Trevi.

Alors, chers français, si vous me repérez un jour près de votre Tour Eiffel, sur votre pont Alexandre 3 ou dans votre métro parisien, prenez garde ! Avec moi, tout peut arriver !

Le monstre du train fantôme

Fait divers:

Foire du trône, hier, 23 heures

Le monstre du train fantôme

A kidnappé la marchande de pommes d’amour.

Déposition de Dédé :

Moi, Dédé, le monstre du Train Fantôme, j’en pouvais plus ! Quinze ans que j’faisais ce boulot ; quinze ans que j’croisais des trognes tordues par la trouille ; quinze ans que j’ supportais les gueulements des belettes qui faisaient dans leur culotte et les minots avec le trouillomètre à zéro…Mais bon, j’l’avais bien cherché quand j’avais dit ok pour ce gagne pain, parce que j’avais la tête de l’emploi et pas l’diplôme pour faire docteur.

En plus, le grand Bébèl, mon boss, il m’foutait les nerfs avec Mimi Calamité, la tenancière des auto-tamponneuses ; Les deux, ils passaient des plombes à se sucer la pomme dans un  wagon du Grand Huit, leur bouche pleine de barbe à papa ! J’en avais vraiment ras la casquette… Pourquoi j’aurais pas l’droit à un p’tit béguin moi aussi, à une p’tite gonzesse qui m’ bécoterait l’museau…

Alors, à 23 heures, ce samedi-là, pendant que la fête battait son max, j’ai décidé de m’barrer d’mon poste et d’aller traîner la savate dans les allées de la foire. Quand ils me r’péraient, les gosses se cachaient dans les jupes de leur mère, les poulettes se carapataient, et leur mecton sortaient les poings. Moi, j’me sentais de plus en plus mal… dans le Train Fantôme ou dehors, c’était kifkif, j’fichais la trouille… personne pouvait m’blairer ! Je m’trouverais jamais de p’tite belette !

Alors, j’ai tracé vers le stand des bombecs. Y avait des tonnes de sucettes, de roudoudous, de croustillons, de sucres d’orge, de guimauves et de beignets bien gras sur l’étal ; et au milieu de tout ça, Fanny Rigolette, la marchande aux joues roses et aux bouclettes jaunes. Quand elle m’a vu, elle s’est fendu la tirelire, c’était la première fois qu’on m’donnait ça, à moi, un sourire… et puis, elle m’a tendu une pomme d’amour. Moi je lui ai dit : « Et si on se barrait tous les deux ? » Et elle, du tac au tac, elle m’a répondu qu’elle en avait sa claque des bombecs et du boucan d’la foire, qu’elle  rêvait que d’cambrouse et de p’tits zoziaux !

C’est comme ça qu’on s’est fait la malle, elle et moi.

Y a pas eu kidnapping, M’sieur l’agent, je vous l’jure ! Vous avez qu’à cuisiner Fanny Rigolette si vous m’croyez pas !

Traumatisme capillaire

Monsieur le coiffeur, je vous en supplie, ne me coupez pas les cheveux ! Hurlait Gonzague.

Il aurait tant voulu les garder, ses boucles blondes… Mais Sylvaine sa maman et surtout Monsieur Raztout, le coiffeur, en avaient décidé autrement.  

Perdu sous le grand tablier à fines rayures, Gonzague s’échappait dans ses rêves. Il revoyait ses longues mèches dorées virevolter dans le vent quand il jouait au preux chevalier, défenseur de Claudie et Ninette la petite voisine et sa poupée de chiffon.

Monsieur le coiffeur, je vous en supplie, ne me coupez pas les cheveux !

Pourtant, les effroyables ciseaux s’étaient approchés de se nuque tendre. Ils avaient effleuré la peau toute douce et le garçonnet avait frémi sous leur contact glacial. Et puis « cccrac » il avait entendu la première coupe au plus près de sa petite oreille rose, sous le regard sadique de Monsieur Razetout.

Des dizaines de petits anneaux d’or s’étaient répandus sur le tablier comme des bribes de paradis perdu et le sourire carnassier du coiffeur avait resplendi.

La mère avait été vaguement émue par le regard désemparé de son fils. Elle avait essuyé une larme mesquine du coin de son mouchoir brodé ; mais à aucun moment elle n’avait donné l’ordre au faucheur de blé d’interrompre son inhumaine moisson. 

Monsieur le coiffeur, je vous en supplie, ne me coupez pas les cheveux !

Le lendemain c’était déjà le départ pour le pensionnat, l’arrachement à la maison maternelle, au jardin ébouriffé et aux aventures médiévales avec Claudie et Ninette.

Plus tard, ce fut le service militaire et les séances hebdomadaires chez le Maître barbier. Gonzague n’avait plus l’age de crier, mais intérieurement il hurlait toujours :

Monsieur le coiffeur, je vous en supplie, ne me coupez pas les cheveux !

Et puis, Gonzague avait eu trente ans et était devenu écrivain. Après l’armée, il avait épousé Claudie et n’était plus jamais retourné chez le coiffeur. Il avait longtemps espéré recouvrer ses belles boucles dorées, mais à la place, de tristes mèches filasse avaient poussé.

Demain, Gonzague aura soixante ans. Monsieur Razetout, son tortionnaire d’antan est mort il y a quinze ans, dans son salon, en faisant une teinture à Sylvaine. Celle-ci était ressortie mi-brune, mi-blanche comme la « Cruella » des « Cent un dalmatiens » ! Gonzague avait beaucoup ri ce jour-là, intérieurement bien sûr…

Maintenant Gonzague a deux vilaines tonsures sur son grand front ridé, mais il s’en fiche. « Gonzague numéro deux » son petit-fils, adore lui faire des bisous à cet endroit là : C’est tout doux ! dit-il en chatouillant le cou de son grand père avec ses belles boucles dorées.

Quand les deux Gonzague se promènent dans le village, ils longent souvent l’ancien salon de Monsieur Razetout aujourd’hui transformé en salon de tatouage :

– Et qu’est-ce qu’on crie quand on passe ici ? Interroge le grand-père

– Monsieur le coiffeur, je vous en supplie, ne me coupez pas les cheveux ! Hurle le petit en riant.