L’ Amour

Petit facteur presse le pas, l’amour n’attend pas… 

Je sais, je sais et c’est ce que je fais ! Je me hâte dans les rues de Paris, je fais de grandes enjambées, l’amour n’attend pas, mais moi je l’attends et il ne vient pas…

Je les vois pendant ma tournée, les amoureux. Entre eux et la boite aux lettres, il y a moi, moi qui presse le pas, pour qui ? Pour quoi ?

Au lieu de ces deux-là, ça pourrait être elle et moi, installés à cette terrasse de café.

Elle, plus simple que cette fille-là, plus naturelle, plus sincère, moins séductrice mais plus séduisante.

Moi, moins dandy que ce gars-ci, moins riche mais plus drôle, plus Montmartre que Saint Germain des Prés.

Nous, on aurait commandé un cocktail pour mélanger les saveurs de nos personnalités, et on l’aurait bu dans un seul verre avec deux pailles pour deviner nos mutuelles pensées.

Elle n’aurait pas sorti son miroir de poche pour rafraîchir son maquillage, d’ailleurs, elle n’utiliserait pas d’artifices ; ses yeux resteraient plongés dans les miens et c’est moi qui lui dirais : «  Oui, c’est toi la plus belle, la plus belle de la ville et du monde entier »

Nous, on serait un seul, et pas deux êtres qui se jaugent. En nous voyant, les passants ne diraient pas : «  Quel joli couple à cette table de café ! » Ils diraient : « Il y a l’Amour à cette table de café ! »

Petit facteur presse le pas, l’amour n’attend pas…  Pourtant, moi, je l’attends toujours, mais je sais qu’un jour, il viendra.