Les cheveux

Le  texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Lorenzo Cerato dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 382

Laisse-moi te coiffer ma fille, nos longs cheveux, c’est tout ce qui reste de nos traditions

Du temps de mes parents, de mes grands-parents et de tous nos ancêtres …

J’ai dit oui au tatouage, au téléphone portable, à la cigarette, aux pantalons et aux basquets

Tu vas à la salle de sport, tu es musclée comme un garçon,

C’est bien, personne n’osera te faire de mal

Tu es fière et ta détermination se lit sur ton visage

Tu sais ce que tu veux et tu veux tout

Tu as raison ma fille

Mais n’oublie jamais d’où tu viens

N’oublie jamais que bien des femmes ont dû les vendre, leurs cheveux

Pour survivre.

Laisse-moi te coiffer ma fille

Nos cheveux, c’est comme nos poumons, ils respirent la liberté d’exister

Ils bougent, brillent et ondulent telles des algues aquatiques

Ils te suivront partout, même dans tes rêves les plus fous

Peut-être un jour, tu les orneras de rubans et de fleurs ou peut-être pas…

Tu les préféreras libres, indépendants, toujours au naturel

Et quand tu vieilliras, ils blanchiront mais jamais ne te quitteront 

Alors, laisse-moi te coiffer ma fille, nos longs cheveux, c’est la vie.

Mise au point

«  Oh oui, tu es beau, tu es beau mon Rhett, qu’est ce que tu es beau ! En même temps, c’est pour ça que je t’ai choisi parce que, dans ta caboche, y a pas grand-chose …Même pas fichu de te trouver un job correct ! Sois beau et tais toi, c’est ça. Alors que moi je bosse, je trime, je fais tout ce que je peux pour équilibrer le budget familial. Et oui, Monsieur ! Même que les double-rideaux, là, derrière nous, je vais pas tarder à m’en faire une robe puisque Monsieur le fainéant looser n’est pas capable de m’en offrir une ! Bon, c’est vrai, t’es beau ! Je vous trouve très beau comme dit un autre film. Avec tes cheveux gominés et ta petite moustache bien taillée qui souligne ton sourire enjôleur, tu es une merveille, rien à redire sur ton physique…Mais sur tes actes … Tu as congédié la femme de ménage ! Trop chère, tu as dit ! Bé oui, on n’a pas d’esclaves, nous, on n’est pas comme ça, nous ! On les paye nos gens de maison ! Sauf que là, on peut plus…parce que Monsieur le dandy bellâtre préfère le glandouillage au travail ! Et qui c’est qui va faire la boniche maintenant ?? C’est moi ! Oui, oui, tu peux me regarder avec tes petites fossettes craquantes et tes yeux veloutés ; tu veux me faire le coup du baiser langoureux ? C’est pour ça que tu as fermé les persiennes ?  Tu crois que je vais encore craquer et te pardonner ? Mais … Qu’est-ce que je vois ? Là sur ton nez ? Ma parole, mais c’est un bouton ! Un vilain furoncle, même ! Et ton oreille droite …Elle est dégoûtante ! Ne me dis pas qu’on a même plus de quoi s’acheter des coton-tige !

Bon, Rhett, je suis désolée mais tu ne me fais plus du tout rêver ! Je te quitte et je vais tenter pour la énième fois de récupérer Ashley ! »

Le bouquet

Le  texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de David Shoykhet dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 381.

Aujourd’hui, il m’a offert un bouquet. Des tulipes.

Je n’avais que ce vase ordinaire, alors je les ai mises dedans. Je n’ai pas su bien les disposer, j’ai tellement peu l’habitude de recevoir des fleurs…

Il y en a trois rouges et trois jaunes, avec un peu de gypsophile pour habiller le bouquet, pour qu’il paraisse plus gros…

Les tulipes se font belles sous l’abat-jour comme des starlettes sous un projecteur, elles s’épanouissent à vue d’œil depuis six heures que je les observe, et que moi, je dépéris.

C’était à midi ce dimanche, il est rentré du marché avec un rôti, des carottes, quelques clémentines et ces fleurs. Il a dit : « Pour toi, ma chérie » et puis il est allé ranger les courses dans la cuisine. Quand il est revenu au salon, je cherchais le vase tubulaire dans l’armoire. Il était planqué tout au fond, derrière le service en porcelaine de notre mariage et les verres en cristal de sa mère qu’on ne sort qu’à Noël. C’est tellement rare qu’on m’offre des fleurs…

J’ai sorti le vase et il m’a dit : « J’ai oublié d’acheter le pain, je reviens tout de suite » Il avait un drôle d’air… l’air de se demander s’il jouait suffisamment bien la comédie ; mais ça, je m’en rends compte seulement maintenant, après mes six heures d’observation de ces satanées tulipes. Sur le coup, j’ai simplement dit : «  D’accord, chéri, je mets le rôti et les carottes dans la cocotte en t’attendant » Lui, il a répondu : «  Parfait, à tout de suite »

Maintenant, cela fait plus de douze heures que je fixe ces stupides tulipes dans leur vase tubulaire, et je pense à un autre bouquet, un bouquet de trente-six roses rouges qui n’a pas besoin de gypsophile pour paraître plus gros…ce bouquet de trente-six roses rouges que mon mari est en train d’offrir à une autre.

Lendemain de fête




Le petit texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de  Jeff Trierweiler dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 380

« Ben oui, mon coco, je me casse, je me barre, je me fais la malle ! La nuit de noce m’a suffit ! Oui, je pars avec ton témoin, et alors ? T’avais qu’à en choisir un plus moche !

Moi, j’avais juste envie de faire « la chenille », «  le petit train qui redémarre », « la queue leu leu » et « la danse des canards » C’est fou comme ces danses ringardes sont devenues irrésistibles en période de covid et de gestes barrière ! Je rêvais d’entendre Annie Cordy, cette chère défunte et de me dandiner sur « La bonne du curé »

Mais voilà, la fête est finie, et ce matin au réveil, il n’y avait plus que toi et moi dans la chambre nuptiale, nettement moins drôle … Alors j’ai remis ma robe immaculée pendant que tu ronflais, j’ai frappé à la porte de chambre de Didier et il a tout de suite été d’accord ! On est montés dans la berline noire, et c’est juste au moment où on a démarré que tu as rappliqué dans l’allée de l’hôtel, on t’a pas écrasé, estime-toi heureux ! Bye bye mon p’tit mari !

Il y a …Une gare parisienne


Consigne : Ecrire un texte avec des « il y a… » à la manière d’Apollinaire (très humblement)

Il y a mon éternelle angoisse d’être en retard

Il y a tous ces trains comme d’énormes chenilles

Il y a le panneau d’affichage qui rassure et

Le serveur souriant du buffet de la gare

Il y a le chocolat chaud à la table bistrot

Il y a mon passé qui commence à s’estomper

Il y a ma valise pleine de rien

Et mon chat dans sa boite, plein d’amour

Il y a le souvenir d’un film d’Agnès Varda

Il y a mon billet qui renâcle à se faire composter

Il y a cette journée de transit hors du temps

Il y a ma carte senior avantageuse mais déprimante

Il y a cette vue sur la Tour Montparnasse

Il y a cette vue sur le quartier de ma jeunesse

Il y a mon départ pour ne pas revenir.