Les humeurs de René Quinquin

Avertissement : Ne prenez surtout pas ce texte comme un discours misogyne, c’est simplement le point de vue d’un requin qui ne fait pas dans la finesse !

Les ailerons de René Quinquin avaient été titillés par les vibrations du  bateau à moteur.

Pourquoi ces satanés humains ne naviguaient-ils pas à la voile entre deux iles aussi proches ? Quelle honte de polluer tout le secteur ! Les eaux transparentes de René Quinquin étaient devenues troubles et ça avait sifflé dans son oreille interne. Alors, il avait décidé de montrer son mécontentement en fonçant de toutes ses forces sur la coque du petit cabotier.

De multiples particules de bois s’étaient mélangées aux herbes marines et le son détestable s’était enfin tu, au grand soulagement de René Quinquin. L’embarcation  commençait à prendre l’eau, tout doucement.

L’homme à la voix grave essayait d’écoper pendant que sa femelle ne cessait de piailler en pataugeant dans la coque. Les décibels suraigus enflammaient les ouïes de René Quinquin, alors il avait décidé que c’était la femelle qui lui servirait de casse-croûte.

À travers la surface de l’océan bleu, il pouvait distinguer

les mouvements saccadés de ses jambes et son bikini ridicule sur ses chairs vieillissantes : pas de doute, elle était mûre pour la casse !

En la croquant, il rendrait service à l’homme, assez bien conservé, qui pourrait retrouver une compagne plus attrayante et moins exaspérante … Mon Dieu, quelle voix détestable elle avait !

René Quinquin fit un impressionnant saut de carpe à quelques centimètres seulement de l’embarcation endommagée. Il voulait jauger l’épaisseur de la femme : était-elle assez replète pour satisfaire son appétit ?

La brutale apparition de René à la surface fit redoubler les glapissements de la niaise … Mais, qu’importe, il n’aurait plus longtemps à les supporter. Il tenait sa réponse : OUI, les délicieux kilos en trop étaient bien là ! Les bourrelets prometteurs d’un merveilleux repas l’avaient rassuré.

Pour la première fois de son existence il allait faire une bonne action : libérer un humain mâle du joug de sa femelle.

Fort de cette satisfaction, René prit son élan pour atteindre l’avant du bateau où s’étaient réfugiés les deux mammifères terrestres. D’un coup de mâchoire vigoureux, il  saisit  la cuisse grassouillette de la femme qu’il entraina au fond de l’océan en un mouvement oscillatoire des plus gracieux. Le rouge-sang se mêlait au bleu outre-mer créant ainsi une sublime palette de couleurs.

Tout en dégustant sa proie, René Quinquin, débonnaire, se réjouissait silencieusement pour l’homme : celui-ci ne manquerait pas d’être secouru, tant de voiliers pleins de jeunes femelles croisaient au large pendant l’été…