Adieu Paris

Le texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Philippe Dehaye  dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 378

Voilà, je te quitte enfin, Paris de mes rêves

Ce rêve qui fut le mien pendant bien des d’années

Est devenu cauchemar sur les Champs Elysées

Les masques et les attaques, et tous ces bars fermés

L’avenue désertée, les musées condamnés

La vie n’a plus de sens dans cette ville immense

On n’peut plus s’embrasser, ni sourire, ni danser,

Juste rester enfermés, dans dix mètres carrés

Et se laisser pleurer face aux actualités

Ainsi je fuis vers toi, campagne de mon enfance

Est-ce que tu m’en voudras de mes années d’absence ?

Depuis le mois de mars, c’est à toi que je pense.

Tes prairies verdoyantes et tes arbres immenses

Tes foyers accueillants, la maison des parents…

Les gâteaux de maman et ma chambre d’enfant. 

Alors moi dans ce car qui file sur l’autoroute

Je chante « Adieu Paris », je n’ai plus aucun doute

Je ne reviendrai pas, ma vraie vie est là-bas.                 

Jeu numéro 9

Petit jeu proposé dans les Plumes d’Asphodèle par Emilieberd. Placer les 13 mots ci-dessous dans un texte : Bois/ Incendier/ Éteindre/ Passion/ Danse/ Vive/ Déclarer/ Lance/ Lampe/ Long/ Poudre/ Pyromane/ Protéger.

Éternelle flamme

Pyromane de mon cœur, elle dansait dans les bois.

Ses longs cheveux poudrés lançaient des feux de joie

Comment lui déclarer ma vive incandescence ?

Comment lui avouer ma passion pour les lampes, heu… les vampes

Doucement j’approchai, sans même me protéger

Ses gestes d’abandon, son visage vermillon

Incendié je l’étais et je le suis toujours

Ces années pleines de jours, n’ont pas éteint l’amour

La sainte

Le petit texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Steven Wright  dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 377.

Ah, bé oui, je suis une sainte moi ! Vous avez vu mon auréole ? Et pour cause, je fais tout comme il faut : je mange bio, je nettoie mon intérieur au vinaigre blanc, je suis membre d’un groupe « zéro déchets » et je crache sur la 5G ! Même que pour Noël, je ne tuerai aucun arbre et n’achèterai pas non plus de sapin en plastique ! Non, je ramasserai une petite branche par terre dans mon allée et je la décorerai d’œufs bios peints avec des colorants minéraux.

Quoi ? Qu’est-ce que vous dites ? J’ai des sacs à la main ? J’ai fait des achats futiles ? Je suis une victime de la société de consommation ? Pas du tout ! Ce ne sont que quelques pulls tricotés par une association avec des poils d’animaux que leurs maîtres récupèrent après avoir brossé chats, chiens et lapins.

Comment ? J’ai des baskets hyper tendance ? Que nenni, ce sont les vieilles Stan Smith de ma mère ! Elles datent des années 80 !

Donc, OUI, je suis bien une sainte et vous en convenez enfin, MERCI !

La pub

Le petit texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Kayla Koss dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 376.

On m’avait demandé de jouer dans cette pub ; une pub pour la pureté de l’air et la pureté de l’eau. Parce que j’avais un physique sain, une allure dynamique, parce que j’étais jolie et naturelle, parce que j’avais vingt ans… A l’époque je me fichais bien de l’écologie, j’avais accepté de faire ça pour l’argent, pour sortir, boire, danser, fumer, m’acheter des habits, des chaussures, du maquillage, des trucs et des machins… J’affectionnais particulièrement un magasin qui s’appelait « Au plastique » on y trouvait des tas de babioles, des objets utiles ou pas, aux couleurs vives et attrayantes, toutes faites de ce même matériau : le plastique, vedette des années 80… Pas vrai Plastic Bertrand ?

Aujourd’hui j’ai 60 ans et tout a changé. J’ai des rides profondes et plusieurs kilos en trop. Le magasin « Au plastique » a été remplacé par un magasin « En vrac ». Je m’y traîne chaque semaine avec mon masque, mon gel hydro alcoolique, et mes bocaux de verre parce que c’est bon pour la planète, je le sais bien… Pourtant, je dois l’avouer, j’ai la nostalgie des années 80, époque de folle insouciance, c’est vrai, mais aussi celle de ma jeunesse !

Les humeurs de René Quinquin

Avertissement : Ne prenez surtout pas ce texte comme un discours misogyne, c’est simplement le point de vue d’un requin qui ne fait pas dans la finesse !

Les ailerons de René Quinquin avaient été titillés par les vibrations du  bateau à moteur.

Pourquoi ces satanés humains ne naviguaient-ils pas à la voile entre deux iles aussi proches ? Quelle honte de polluer tout le secteur ! Les eaux transparentes de René Quinquin étaient devenues troubles et ça avait sifflé dans son oreille interne. Alors, il avait décidé de montrer son mécontentement en fonçant de toutes ses forces sur la coque du petit cabotier.

De multiples particules de bois s’étaient mélangées aux herbes marines et le son détestable s’était enfin tu, au grand soulagement de René Quinquin. L’embarcation  commençait à prendre l’eau, tout doucement.

L’homme à la voix grave essayait d’écoper pendant que sa femelle ne cessait de piailler en pataugeant dans la coque. Les décibels suraigus enflammaient les ouïes de René Quinquin, alors il avait décidé que c’était la femelle qui lui servirait de casse-croûte.

À travers la surface de l’océan bleu, il pouvait distinguer

les mouvements saccadés de ses jambes et son bikini ridicule sur ses chairs vieillissantes : pas de doute, elle était mûre pour la casse !

En la croquant, il rendrait service à l’homme, assez bien conservé, qui pourrait retrouver une compagne plus attrayante et moins exaspérante … Mon Dieu, quelle voix détestable elle avait !

René Quinquin fit un impressionnant saut de carpe à quelques centimètres seulement de l’embarcation endommagée. Il voulait jauger l’épaisseur de la femme : était-elle assez replète pour satisfaire son appétit ?

La brutale apparition de René à la surface fit redoubler les glapissements de la niaise … Mais, qu’importe, il n’aurait plus longtemps à les supporter. Il tenait sa réponse : OUI, les délicieux kilos en trop étaient bien là ! Les bourrelets prometteurs d’un merveilleux repas l’avaient rassuré.

Pour la première fois de son existence il allait faire une bonne action : libérer un humain mâle du joug de sa femelle.

Fort de cette satisfaction, René prit son élan pour atteindre l’avant du bateau où s’étaient réfugiés les deux mammifères terrestres. D’un coup de mâchoire vigoureux, il  saisit  la cuisse grassouillette de la femme qu’il entraina au fond de l’océan en un mouvement oscillatoire des plus gracieux. Le rouge-sang se mêlait au bleu outre-mer créant ainsi une sublime palette de couleurs.

Tout en dégustant sa proie, René Quinquin, débonnaire, se réjouissait silencieusement pour l’homme : celui-ci ne manquerait pas d’être secouru, tant de voiliers pleins de jeunes femelles croisaient au large pendant l’été…