Jeu numéro 2

compartment-c-car-293-by-edward-hopper,2166421

Ecrire un texte en rapport avec ce tableau de E Hopper et dans lequel figureront les 10 mots suivants : Politesse, chuchoter, salon, élégance, honneur, lettre, mérite, peine, avis, fois.

 

L’affranchissement

 

« La politesse, l’élégance et le mérite sont les trois mamelles de la femme »

Martha relisait ce que sa mère lui avait écrit pour ses 18 ans. Quelle drôle de devise quand même !
Pourquoi gardait-elle cette lettre dans son sac à main depuis plus de dix ans maintenant? Et pourquoi la relisait-elle après chaque visite à ses parents ?
Il lui semblait entendre la voix de sa mère lui chuchoter à l’oreille encore et encore, mille et mille fois pour assener son avis, lui faire rentrer dans la caboche ses idées à elle, ses idées sur l’honneur et la bienséance, ces principes qui sont distillés dans les salons très corrects des familles bourgeoises de Versailles.
Dans ce train de banlieue qui la ramenait vers Paris, Martha n’avait aucune peine à se remémorer son enfance et son adolescence coincée entre un père banquier et une mère… une mère … A quoi bon en dire plus puisque tout était contenu dans cette lettre.
Martha prit son courage à deux mains, en fit une boule de papier qu’elle jeta par la fenêtre coulissante du wagon.
Dans moins de dix minutes elle serait avec Ingrid, sa compagne dans leur petit studio du 17 eme arrondissement.

MH

La star des sanitaires

woman-3170568_640 (1)

 

Vous ne me reconnaissez pas ?
C’est moi la star des sanitaires !
Je chante tous les airs d’opéra
Ma voix est à tomber par terre

Y en a juste un qui se plaignait
Gégé, mon voisin de palier :
« -Moi j’ai sommeil, il me criait
Va donc chanter au cabaret !

-C’est ma salle de bain qui m’inspire
-Mais moi j’ai envie de dormir !
-Viens boire un verre, j’ai proposé
-Oui pour une bière » a-t-il cédé.

Dans mon placard, un grand couteau
Dans ma baignoire, plein de morceaux
Un gros Gégé ça prend d’la place
Un gras Gégé ça laisse des traces

J’me dis faudra qu’je javelise
Ce soir après mes vocalises.
Mes bigoudis sont de travers
Mais ma chanson, elle est d’enfer !

Si d’autres voisins sont dérangés
Je vais peut-être les inviter
Ya plein de bières dans mon frigo
Sur l’étagère, plein de couteaux…

C’est moi la star des sanitaires
Ma voix est à tomber par terre !

MH

Jeu numéro 1

Petit jeu proposé dans les Plumes d’Asphodèle par emilieberd. Placer les 13 mots ci dessous dans un texte dont le thème sera en rapport avec la latitude

CHANGEMENT
VOYAGER
ETOILE
MESURER
EQUATEUR
POSITIF
VASTE
PARALLELE
LIBERTE
TRESOR
CARDINAL
COURRIER
CONQUERIR

 

Pour conquérir le Cardinal, je ne mesurais pas les trésors de patience qu’il me faudrait … je lui avais déjà adressé des dizaines de courriers mais il ne répondait jamais. En parallèle, je lui envoyais des MMS de moi en paréo sous l’équateur ou en robe du soir sous les étoiles ; mais rien… N’avait-il pas envie de changement ? D’aller vers d’autres latitudes ? De voyager ? De liberté, quoi … Le monde est vaste, pourquoi se limiter à un diocèse ? Alors que je me posais toutes ces questions en sirotant un daïquiri sur la plage, j’aperçus un petit point rouge dans le ciel bleu, peut-être un signe positif ? En effet…au fur et à mesure que le point se rapprochait, je pus distinguer de quoi il s’agissait : arrimé à un parachute, mon héros en soutane écarlate se dirigeait droit sur ma serviette arc en ciel !

MH

 

Banlieue-Paris

compartment-c-car-293-by-edward-hopper,2166421

 

La romantique histoire que je vais raconter
Prend naissance à Paris au milieu de l’été
Dans son train de banlieue, elle était installée
Vers la ville lumière, elle se dirigeait
Sur ses genoux un plan, dans sa tête un amant
L’idée folle et censée de pouvoir le trouver
Dans quel arrondiss’ment, près de quel monument ?
Serait-il un grand blond ou un p’tit vagabond ?
Aurait-il des manières, ou au moins les yeux clairs ?
Le cabotage du train et tous les souterrains…
La chaleur excessive, la langueur permissive
Ses paupières s’alourdissent, ses pensées s’évanouissent
Le sommeil est bien là, dans le wagon du bas
Sa tête part en arrière, ses papiers tombent à terre
Au réveil il est là sur la banquette lilas
Il lui dit c’est bien moi, elle lui dit c’est bien toi.

MH

Sale nounours

paris-880755_640

Avertissement: Texte glauque, âmes sensibles, ne pas lire.

La mère de Simon, elle m’a mis au rebus, avec le vieux fauteuil de Mamie Paulette.
Pauvre Mamie Paulette, elle était gentille mais elle l’a attrapé, le virus, et elle en est morte.
Simon, lui, il ne s’occupe plus de moi depuis longtemps, il passe ses journées devant les écrans, télé, ordi, téléphone. Il a treize ans Simon, et il est devenu idiot, débile… surtout depuis mars 2020.
Moi, je l’aimais tellement Simon, et lui aussi il m’aimait, au début…Quand ses parents m’ont offert à lui, pour ses quatre ans, j’ai vu l’amour dans ses yeux et j’ai cru que c’était pour la vie. On dormait ensemble, il me confiait ses peurs et ses chagrins et moi je le consolais.
J’étais le meilleur ami de Simon.
Mais à huit ans, il a commencé à préférer ses petites voitures, j’avais beau leur arracher les roues la nuit pendant qu’il dormait, le lendemain, il les réparait et le cirque recommençait « Broum, broum, broum… ». Moi, je ne servais plus qu’à la bagarre avec ses copains, ils organisaient des combats de nounours et ils nous balançaient comme de vulgaires oreillers. Plus de câlins, que des coups.
Ensuite, pire que la brutalité, ça a été l’oubli puis l’abandon total dans un coin du grenier.
Simon, lui, il passait son temps sur le canapé, les yeux rivés sur ses jeux vidéo, la bouche pleine de chips, le ventre plein de graisse et la tête pleine de rien.
Simon était devenu un monstre ou bien c’était moi…
Mamie Paulette, elle avait laissé du virus sur son fauteuil, plein de virus. Alors la mère de Simon a décidé de le mettre sur le trottoir « aux encombrants » et elle en a profité pour me jeter moi aussi ; après tout, c’est bien ce que j’étais devenu, un encombrant.
Assis sur le vieux fauteuil, je les ai tous emmagasinés, les virus, c’était comme si ma fourrure s’en nourrissait, une sublime sensation de puissance !
Sur le trottoir, je respirais enfin, c’était le mois de mai, l’air était doux, on entendait les oiseaux chanter, il n’y avait pas de voitures, juste quelques enfants puisque l’école avait repris pour certains.
J’ai attendu longtemps sur le fauteuil ; tout ce que j’espérais c’était que des écoliers passent avant le camion des poubelles. Et puis, ils sont arrivés, l’éclopé et son copain, ils devaient avoir une dizaine d’années, juste l’âge où Simon m’avait abandonné. C’était parfait.
L’éclopé a foncé droit sur moi, son camarade a bien tenté de le retenir mais en fût empêché par sa béquille :
– Fiche-moi la paix !
– Faut pas toucher à ça, t’as même pas tes gants !
L‘éclopé le repoussa à nouveau avec sa béquille :
– Laisse-moi tranquille, j’te dis !
Alors, le gamin m’a attrapé. Le virus, j’ai tout de suite su qu’il m’avait quitté pour s’accrocher à lui et je me suis senti puissant. Je la tenais enfin ma vengeance !
Il y avait juste une chose que je ne savais pas, c’est que les gosses n’en meurent pas…sans doute que moi, je l’avais pas assez regardée, la télé.

 

Nouveaux petits vers à lire 3 par 3

blue-and-yellow-macaw-2051675_640

 

Ton rire dans la cerisaie
Et ta sœur en larmes
Au milieu des pleurotes

Perroquet dans la feuillure
Chanteur dans la nature
Echo du refrain

Dans la futaie clairvoyante
Chasseur pas fute-fute
Apprend des arbres

Canards sur l’étang
La vielle et sa canne
Du pain en cacophonie

Panier de fruits
Papilles sucrées
Goûter coloré

La petite avocette
Cherche un grand avocat
Sa plage est emmouettée

Un tian vaut mieux
Que deux turbots gras
Tomates, courgettes, aubergines et thym

Petits vers à lire 3 par 3

 

chine

 

Au cœur de la charmille
Charmantes étreintes
Sous les chatons pendants

Corona va partout
Même un tigre est touché
Sa cage ne l’a pas protégé

Bébé dans son landau
Passe sous le saule pleureur
Et se met à sourire

Eau à la bouche
Fraise acide
Y’a plus d’printemps !

Pieds nus sur la moquette
Chatouillis spongieux
Aïe! Une punaise faisait le guet

Trottinement du chien d’aveugle
Attention et docilité
Amour de l’homme aux yeux blancs

Pupilles de chat dilatées
Mouche sur la vitre
Mort annoncée sous les coussinets

Parfum des ibiscus
Torpeur sous l’arbre à pain
Va et vient du hamac

Vieux petit roseau
Sur le pont de l’Alma
Brave le vent

Délicate pâquerette
Pointe son nez pétalé
Gare à la tondeuse !

Cabane dans l’arbre creux
Enfantine demeure
Les années ont passé…

Pigeon picore dehors
Moi picole dedans
Brève de confinement

Poire immergée
Cœur asséché
J ai soif de toi

Le trio du lac

water-2783839_640
Thème: écrire à la suite de l’incipit du roman Summer de Monica Sabolo:

« Dans mes rêves, il y a toujours le lac. L’été où c’est arrivé, cet été dont rien n’a marqué ma mémoire, ou juste quelques images, comme des photographies nettes et brillantes, pendant ce mois de juillet où nos vies ont changé pour toujours… »

Je n’y suis jamais retournée puisque tu ne pouvais plus y être, mais qu’elle, y serait peut-être encore, sous une forme ou sous une autre, retenue par les algues ondulantes comme des cheveux de sirènes.
C’était l’été 1980, et nous avions tous eu notre bac, Coline, toi Nardo, et moi. Nos projets étaient très différents, tu voulais intégrer une école de commerce à Bordeaux pour plus tard reprendre la pisciculture de ton père dans notre petite ville, tout près du lac. Coline rêvait d’ailleurs, de faire le tour du monde … et moi de Paris et de la Comédie Française.
Apres l’été nous savions que nous ne nous reverrions plus, ou très peu.
J’ai connu Coline bien avant toi, en classe de sixième. Le jour de la rentrée, on s’était tout de suite repérées, peut-être parce que nous étions toutes deux très timides, incapables même de nous dire bonjour. Heureusement l’appel de la prof principale nous avait révélé nos prénoms : Coline et Lina, un duo comme une évidence ; jusqu’à ce qu’on te rencontre, Nardo. Ça, c’était au début de la terminale. Tu avais débarqué avec tes parents dans notre petite ville, ton père avait racheté la pisciculture de Monsieur Tranier, devenu trop âgé. Les autres filles de la classe ne te trouvaient pas particulièrement séduisant, mais Coline et moi, si. Et toi, tu nous aimais bien, autant l’une que l’autre semblait-il. Ainsi, après le duo parfait, il y eut le trio parfait : Coline, Lina et Nardo.
On révisait, on allait au cinéma tous les trois, on restait ensemble dans la cour ; tous les autres nous enviaient : les solitaires, les couples et même les bandes parce que nous, on n’avait pas de chef, on était tous les trois à égalité, on ne se disputait jamais et on ne s’ennuyait jamais.
Puis vinrent les résultats du bac, brillants pour nous trois. Plus rien à faire qu’aller au lac, tous les jours et tous les trois.
La première fois que j’ai vu que tu avais une préférence pour elle, c’est quand tu m’as tourné le dos, pendant notre pique-nique ; vous parliez d’un album de Lou Reed que vous aviez adoré et que je n’avais pas encore écouté. J’étais exclue. Alors, allongée sur le ventre, j’ai fait semblant de m’appliquer à bronzer, mais je pleurais.
Et puis, il y a eu cette leçon de crawl, j’en voudrai toujours à mon père de me l’avoir appris à l’âge de 12 ans. Bien sûr, Coline ne savait pas le nager et toi, tu lui as montré. Vous restiez des heures dans l’eau et moi, je n’osais même plus vous rejoindre. Je lisais sur ma serviette sans retenir un mot de mon roman.
Alors je me suis mise à la détester, ses cuisses marbrées par le froid quand vous sortiez enfin du lac, ses lèvres tremblantes, son ricanement niais. Tout en elle me révulsait, elle, mon amie de cœur depuis plus de six ans…
Le mercredi 17 juillet, pour la première fois, tu n’as pas pu venir au lac. Ton père voulait t’initier à la comptabilité de la pisciculture ; alors, j’ai proposé à Coline qu’on y aille quand même toutes les deux, et elle a dit oui. Cela faisait des années qu’on ne s’était pas retrouvées en duo, sans toi. J’avais préparé un succulent casse-croûte et aussi une bouteille de vodka. J’ai été très gentille avec elle, lui remémorant des anecdotes de nos années collège, quand nous ne te connaissions pas encore… Mais elle, désinhibée par l’alcool n’avait qu’une seule envie : me parler de toi, de ton corps, de ton humour, de son amour pour toi :
– Ce n’est plus seulement de l’amitié, entre nous, Lina, tu as dû le remarquer…
– Oui, et je suis très contente pour vous !
– Ah, tu me rassures, j’avais un peu peur que …
– Non, non. Houlala,  qu’est ce qu’il fait chaud, tu ne trouves pas ? Si on allait se baigner ? Je peux t’apprendre la nage papillon si tu veux ?
– Oh oui ! Nardo sera tellement surpris demain quand je lui montrerai ça !
– Ok, alors allons-y !
Moi, je n’avais pas bu une seule gorgée de vodka, juste trempé mes lèvres pour donner le change.
Arrivées à l’endroit du lac où les algues ondulent comme les cheveux des sirènes, j’ai appuyé sur sa tête, appuyé, appuyé aussi fort que j’ai pu et ce sont les algues aquatiques qui ont achevé le travail en enserrant sa nuque et en l’entraînant vers les profondeurs.
Après, tout est allé très vite, j’ai couru jusque chez toi. Ton père était parti en ville, tu étais seul dans son bureau, j’ai crié :
-Nardo ! Vite ! File au lac, à l’endroit habituel, Coline est en train de piquer une crise de nerfs parce que tu n’es pas là, je crois qu’elle a trop bu, je ne sais plus quoi faire, elle est hystérique !
Tu es parti comme une flèche sans même un regard pour moi. Alors, j’ai décroché le téléphone sur le bureau de ton père, j’ai appelé les gendarmes et j’ai hurlé :
– Vite, venez au Lac Emeraude, Nardo Rodriguez vient de noyer mon amie Coline Rameau.

Une fois sur les lieux du crime, toi encore dans l’eau, moi sur la berge, les gendarmes ont gobé toute ma version : ton amour pour moi, la jalousie maladive de Coline, son harcèlement vis-à-vis de toi, tes nerfs à bout…
Pourquoi m’ont-ils cru plutôt que toi ? On ne le saura jamais… peut-être à cause de mes talents de comédienne, de mon père sous-préfet ou de mes origines franco françaises, contrairement à toi Nardo Rodriguez.
Depuis ce jour, tu croupis en prison, mon amour, et c’est très bien comme ça. Tes parents sont morts de chagrin et la pisciculture a été reprise par un jeune couple de Périgueux. Moi, je suis devenue comédienne comme je le souhaitais et je fais une très belle carrière.
Quand vient le mois de juillet, je pars en vacances au bord de l’eau et chaque jour je nage aussi loin que mes forces peuvent me porter, mais je ne me baigne plus jamais en eau douce, je préfère l’océan.

MH

Cage à poules

josue-isai-ramos-figueroa-qvBYnMuNJ9A-unsplash-scaled

Le petit texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Josué Isai Ramos couplée à la citation à intégrer : « Je ne perds jamais, soit je gagne, soit j’apprends » avec l’atelier BRICABOOK qui, en cette période de confinement, nous propose une photo chaque jour dans le cadre du projet : Ecrire aux temps du corona.

J’ai toujours aimé les cages à poules. Petit, je n’avais qu’une hâte, c’était que ma mère m’emmène au parc pour escalader ces drôles de baraques en fer. Souvent, j’y retrouvais mon cousin Hervé, il avait deux ans de plus que moi et arrivait presque toujours le premier en haut de la construction. Curieusement je ne lui en voulais pas : Je ne perds jamais, soit je gagne, soit j’apprends. Même si je ne savais le formuler ainsi, voilà ce que je ressentais à six ans.
Aujourd’hui j’ai trente ans et je suis ouvrier en bâtiment depuis plus de dix ans déjà. J’aurais pu être ingénieur ; comme disait ma mère : « Simon, tu en as les capacités » Les capacités, peut-être, mais l’envie, non.
Hervé, il est devenu sous-marinier ; drôle pour un gars qui aimait toujours aller plus haut… mais je peux comprendre, le très haut et le très profond, ça se rejoint, c’est un peu comme l’infiniment grand et l’infiniment petit, les bébés et les vieillards, tout ça se ressemble finalement…
Moi, j’ai toujours voulu atteindre les sommets, mais au sens propre, pas au sens figuré, alors toute l’année je travaille sur les chantiers et pendant mes congés j’escalade des montagnes enneigées. Moi, ma vie, c’est grimper, grimper, grimper.

MH