Dindon

dindon

Le petit poème ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Library of congress et l’atelier BRICABOOK qui, en cette période de confinement, nous propose une photo chaque jour dans le cadre du projet : Ecrire aux temps du corona.

 

Dis donc dindon,
Tu dis quoi ?
Ding dong !
Tu m’entends ?
Tu ne veux pas que je te mange ?
C’est ça, dindon ?
Tu ne veux pas que je dîne du dindon ?
Mais t’es dingo dindon !
Je te laisse à ta dinde
Elle est dingue de toi, dit-on
Elle se dandine quand elle te voit
P’têt parce que t’as un don, dis donc ?
« Don Diego de la dindonnerie ! », qu’elle crie
Allez dindon, retourne à ta dondon et rentre ton gros bidon !

MH

Façonnage

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Le petit poème ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Quino Al  et l’atelier BRICABOOK qui, en cette période de confinement, nous propose une photo chaque jour dans le cadre du projet : Ecrire aux temps du corona.

Je façonne…
Je façonne à ma façon
Mais je façonne,
Un pot de terre
Un pot de vie
Un peu de vie
Dans ma prison
Sans air, sans mer, sans pairs.
Je façonne pour ne plus penser
Que je suis enfermée
Je façonne, tu façonnes, nous façonnons
Séparément, mais chacun reliés
Les uns aux autres par cette glaise
Par cette terre qui nous a tout donné.

MH

Aux confins du confinement

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Thème d’écriture : Poursuivre après l’incipit ci dessous de Tahar Ben Jelloun tiré de L’enfant de sable :

« Il y avait d’abord ce visage allongé par quelques rides verticales, telles des cicatrices creusées par de lointaines insomnies, un visage mal rasé, travaillé par le temps. « 

Et puis ce corps avachi par la vie malsaine, le manque d’amour, le découragement… Malheureusement, il avait décidé de se reprendre en main la veille de l’allocution du président, la veille du confinement, même si le chef de l’état n’avait pas prononcé ce mot.
Chercher du travail, s’inscrire dans une salle de sport, essayer de rencontrer du monde, une femme peut-être … Tous ses projets tombaient à l’eau.
Ce sinistre souplex dont il avait enfin décidé de sortir, le retenait inexorablement comme un poulpe de l’océan agrippe le nageur avec ses tentacules.
La petite chaise bancale, la table en formica, le frigo encrassé, le lit affaissé, il ne pouvait plus les supporter. Si au moins il avait eu une fenêtre… mais son lieu de vie, ou plutôt de survie, était pire qu’un trou à rat, sombre, crasseux et privé de vue sur l’extérieur.
D’un geste rageur, il attrapa la bouteille de whisky couchée au pied de son lit. Il allait la porter à sa bouche, quand soudain, l’écran de son ordinateur qui ne marchait plus depuis des mois s’alluma.
L’homme reposa la bouteille et s’approcha avec suspicion de l’engin, posé sur la vieille commode où il rangeait ses pauvres vêtements.
Une femme en noir et blanc apparut. Ses yeux, profonds comme deux cavernes, le fixaient. Ses cheveux plats et noirâtres encadraient un visage blême, et de sa bouche, sortaient des mots que l’homme ne pouvait entendre, le micro de son appareil ne fonctionnant pas.
L’homme prit l’ordinateur pour le transporter sur la table en formica. Son visage était tout près de celui de la femme. Il était fasciné par ses lèvres qui tour à tour s’arrondissaient et se distendaient pour former des mots qu’il ne comprenait pas. Alors, assis sur sa chaise branlante, il s’appliqua à faire les mêmes mouvements de bouche que l’inconnue pour tenter de décrypter son message. D’abord les lèvres s’ouvraient en grand, on pouvait voir les dents tachées de la femme, puis, elles se positionnaient à l’horizontal, en un curieux rictus avant de revenir en pointe, s’écarter à nouveau puis se refermer.
Pendant de longues minutes, vérifiant son expression dans un miroir cassé, l’homme s’appliqua à imiter la femme. L’expression dramatique de ses yeux et sa physionomie générale étaient là pour exhorter ses mots. Enfin, il saisit le message : « A l’aide, sauvez-moi ! »
L’homme examina le décor autour de la femme pour essayer de voir où elle vivait, s’il pouvait déceler un indice… Mais l’image était tellement centrée sur le visage qu’il était impossible de repérer quoi que ce soit. C’est alors, qu’en se concentrant encore mieux, il distingua quelque chose derrière la chevelure de la femme, un immeuble en brique rouge, un immeuble très semblable au sien.

Alors il mit ses chaussures, franchit la porte de son souplex, puis de son immeuble, traversa la rue, entra dans l’immeuble d’en face, frappa à toutes les portes et finit par enfoncer celle du 6eme étage à travers laquelle filtraient des gémissements.

Là, il fit face à la femme, cloîtrée depuis deux ans par une impitoyable dépression.
Il la prit dans ses bras, comme un prince fatigué une triste princesse, la ramena dans le souplex où ils se confinèrent, s’aimèrent et puis, ensemble, guérirent jusqu’à la fin de cette guerre de l’an 2020.

MH

Boa

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Le tout petit texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Bob Jansen par l’atelier BRICABOOK qui, en cette période de confinement, nous propose une photo chaque jour dans le cadre du projet : Ecrire aux temps du corona.

Quand le boa m’a avalée, je me suis dit que c’était fini pour moi. Et puis, je me suis retrouvée dans ces tuyaux, dans ces circonvolutions jaunes et noires, j’évoluais là-dedans comme Pinocchio dans les entrailles de la baleine, c’était drôle et c’était beau, et je n’ai plus souhaité en sortir, jamais.
Alors, si d’aventure vous croisez un boa au ventre énorme, faites donc toc toc sur sa peau luisante et je vous répondrai par un autre toc toc qui voudra dire, je suis toujours là, je suis bien, et protégée comme dans le ventre de ma mère.

MH

Le vieil homme et les saules

 

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Le tout petit texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo d’Annie Spratt par l’atelier BRICABOOK qui, en cette période de confinement, nous propose une photo chaque jour dans le cadre du projet : Ecrire aux temps du corona.

 

Au pays des saules pleureurs, vivait un vieil homme qui jamais ne pleurait
Tout simplement parce qu’il était heureux.
Avec ses jonquilles comme compagnes, jamais il ne se disputait
Avec son potager comme projet, jamais il ne s’ennuyait.
Alors, quand ses enfants et ses petits-enfants annoncèrent leur venue
Pour échapper au confinement de la grande ville
Il répondit qu’il était très content
Et c’était vrai, mais à moitié seulement …

MH

C’est ça l’amour !

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Le texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Clarisse Meyer dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 364.

 

– Oui, oui, c’est ça, va marcher, poussinette…et le plus loin possible sera le mieux !
– Qu’est ce que tu dis, poussin ? J’ai pas mis mes oreilles…
– Rien, rien, poussinette, bonne balade, moi je ferme un peu les yeux.
– Je n’en ai pas pour longtemps, poussin.

Enfin un peu de paix… La paix retrouvée sans les réflexions culcul de Josette : T’as pas froid ? T’as pas chaud ? T’as pas faim ? T’as pas soif ? Quel joli p’tit coin de nature on a trouvé là.
Mais la barbe ! Qu’elle aille se promener, et qu’elle ne revienne jamais ! Si seulement elle pouvait glisser ! C’est boueux ces bords de lac, et elle a mis ses sandales jaunes « ses chaussures de Mère Térésa » comme je les appelle ! Sûr qu’elle va se casser la goule… Moi je la laisserai croupir sur place, et vive la liberté !
Ah, qu’on est bien tout seul devant un paysage grandiose comme ça, dans un bon fauteuil de camping en promo chez Décampons.
Tiens, elle a pas pris son plaid… D’habitude elle le met toujours sur ses épaules pour marcher, surtout en fin d’après-midi, elle va peut-être attraper un bon coup de froid ! Moi j’m’en fiche, j’ai deux couvertures pour moi tout seul du coup !
Et si elle rencontrait un autre type ? Alors là, ce serait le pied ! Tous nos amis me plaindraient me chouchouteraient et moi intérieurement je me dirais : Yes, yes, enfin ! Elle s’est barrée !

Mais il est quelle heure, là ? Dix neuf heures ! Mais c’est l’heure de l’apéro ! Il est où le tirebouchon ?
– Poussinette !
Et puis je commence à avoir faim, moi ! Et qui c’est qui va faire les sandwiches ?
-Poussinette, poussinette, vite, reviens !

MH

Un dîner soigné

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J’attends, j’attends toute droite sur mon canapé en regardant les trombes d’eau qui tombent au dehors… si les invités sont à l’heure, ils devraient être là dans moins de dix minutes.
Rho ! Grisette a encore fait ses griffes sur les accoudoirs …Est-ce que j’ai le temps d’arranger ça avant leur arrivée ? Vite, je me précipite à la cuisine, reviens avec la cire et le chiffon et me mets à frotter le cuir de toutes mes forces. Ouf ! Ça ne se voit plus.
Mon Dieu ! J’ai oublié d’allumer les petites boules bleues qui donnent une si jolie lumière dans le salon ; oui, mais si je le fais trop tôt, les piles ne tiendront pas toute la soirée… tant pis, j’attends le premier coup de sonnette pour le faire ; mais si j’oublie ? Vite, je programme une alarme sur mon portable pour y penser, mais à quelle heure ? Grande question : marqueront-ils le quart d’heure de politesse ? Les Michard sûrement, ils sont très bien élevés, trop même… Mais les Ferchaud ? Sûrement pas, ce sont des rustres, surtout lui…
Aie ! Le portrait de Bonne Maman est de guingois ! Il faut dire que de son vivant, elle me regardait souvent de travers, si ça se trouve c’est son fantôme qui bouge le tableau… Allez, j’ose, je vais lui tenir tête et la remettre comme il faut ; horreur ! Son cadre doré est plein de poussière ; Sûr que le Colonel Ferchaud va le remarquer ! Chaque fois qu’il vient, celui-là, on dirait que c’est pour faire une revue de casernement ! Vite, un petit coup de plumeau et je me sentirai soulagée comme un petit soldat qui a bien fait son lit au carré.
Pourvu que personne ne m’apporte de bouquet… je n’ai qu’un vase et il est déjà occupé par mes superbes fleurs artificielles qui ont plus de trente ans ; Et puis, quel stress d’être obligée d’aller couper des tiges et d’arranger des fleurs dans la cuisine, au milieu des hors d’œuvres qui patientent et des plats qui mijotent. Ils savent bien que je préfère une boite de chocolats noirs ou une bouteille de vin rouge depuis le temps, non ?
Vingt heures quinze, le quart d’heure de politesse est passé et toujours personne ! Même pas ce goujat de Colonel Ferchaud et sa Bernadette.
Bon, je fais quoi, moi ? Un petit contrôle dans la glace ; je pense avoir mis la robe idéale, ni trop voyante, ni trop classique ; Oups, mon décolleté…si je me penche trop en servant le soufflé au fromage, la Bernadette va encore jaser et peut-être même frapper son Colonel de mari, s’il y jette une œillade. Et après tout, ça mettrait un peu d’ambiance !
Vingt heures vingt cinq… mais c’est dingue ça ! Heureusement que je n’avais pas allumé mes boules bleues à vingt heures, quelle économie d’énergie ! Greta Thunberg serait fière de moi.
Mais je n’en reviens pas, aucun message d’excuse sur mon portable, c’est vraiment étonnant, surtout de la part des Michard qui sont des gens ennuyeux, certes, mais polis, eux !
Je vérifie mon mail d’invitation, si ça se trouve, j’ai oublié de donner le code de la résidence, peut-être sont-ils tous les quatre sous un seul parapluie à tenter mille combinaisons comme une bande de malfrats devant un coffre-fort.

Dîner entre amis samedi 15 mars, vingt heures, code grille 7845B
Je me réjouis d’avance de vous revoir.

Samedi 15 mars ?! Mais nous ne sommes que le 15 février ! Quelle bécasse, quelle andouille, quelle tarte ! Mi vexée, mi riante, je me précipite dans ma chambre et retire avec plaisir ma robe aguichante, mes bas de soie et mes escarpins trop raides. Avec délectation, j’enfile mon pyjama en pilou et mes charentaises à carreaux. De retour dans le salon, j’allume mes petites lumières bleues rien que pour moi et me tape trois verres de punch coco cul sec.
Comme on est bien dans une maison toute rangée, avec une table joliment décorée, un dîner soigneusement préparé, sans les Ferchaud pour vous critiquer, ni les Michard pour vous donner envie de mourir avec leur conversation assommante !
– Oui, ma petite Grisette, tu peux t’asseoir à coté de moi, tu auras même droit à une belle part de foie gras si tu me promets de ne plus gratter les accoudoirs du canapé !
Je déchire mon plan de table avec une jouissance extrême, m’installe à la place du Colonel et commence à m’empiffrer à même le plat de soufflé au fromage retombé, sans même faire attention à garder ma bouche fermée !

Comme c’est curieux, le portrait de Bonne Maman s’est remis de travers…

MH

Toto, Juju et moi

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Le texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Jordan Whitt dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 363.

Tu te souviens Juju, on courait dans les champs…
On revenait tout crottés mais on en avait rien à faire.
Les caresses du vent sur nos joues compensaient les gifles de nos mères.
Tu te souviens des glissades dans la colline sur les vieux cartons d’emballage ?
Ca valait bien les luges de nos copains friqués sur les pistes de ski !
Et puis le petit Toto, tu t’en souviens ? Il se mettait toujours entre nous deux.
Il disait qu’on le protégeait, pas comme sa mère qui lui criait dessus toute la journée
Ni comme son père qui lui flanquait des torgnoles pour un oui ou pour un non.
Tu te souviens de l’enfance, Juju, comme c’était bien …
Comme on riait, comme on chantait, comme on jouait, comme on s’adorait nous trois !
Maintenant on est papas, Juju, toi et moi, et on se voit toujours, au moins une fois par mois
Nos femmes s’entendent bien, nos gosses courent dans les champs et glissent dans la colline.
Mais Toto, lui, il est plus là…

MH

Radeau de vie

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Il n’y a plus que moi. Plus que moi dans ce pays à part quelques moribonds qui veulent ma peau. Ils ont essayé de me toucher, de m’éternuer au nez, de me cracher à la figure. Ils étaient tellement furieux de l’avoir et que moi je ne l’aie pas. Le coronavirus.

Comme une horde de chiens galeux, ils me poursuivaient: Tu l’as pas, et bien tu vas l’avoir, salopard !

Alors j’ai couru aussi loin et aussi vite que j’ai pu; ils n’ont pas tenu le rythme bien longtemps, leurs poumons affaiblis, leur toux irritante, leurs corps éreintés…

Je me suis retrouvé sur cette plage de l’atlantique, et avant que d’autres n’arrivent, moins atteints, plus haineux encore, j’ai construit ce radeau avec ce que j’ai pu glaner. Quelques morceaux de bois flotté, une vieille bâche rouge échouée, une caisse de munitions verte vidée de son contenu, et puis ce drapeau de France planté sur le toit d’une paillotte désertée.

Et je me suis embarqué sur cette mer de soie bleue avec ta serviette de toilette rose pour me protéger du soleil ardent; cette vieille serviette, la seule chose qui me reste de toi, Lisa…

Essuie-moi, essuie encore ma fièvre, Paul, et peut-être qu’elle s’en ira… Et moi, je t’épongeais le front en te disant que ça ne serait pas pire que ta grippe de l’année dernière. Et puis tu es morte, Lisa, comme presque tous sur ce continent, et moi, je suis toujours là, pourquoi ? Comment ?

Sur ce bleu infini, ballotté dans ma coquille de noix, je cherche quoi ? D’autres survivants, d’autres porteurs sains, comme moi, avec qui je pourrais recréer quelque chose, mais quoi ? Une société, un monde ?

Je m’appelle Paul, je suis français, et je suis le seul rescapé de mon pays.

MH

 

Menhirs

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Le texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de © MLNM/CH dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 362.

 

C’est un lieu de magie où l’herbe a trop jauni.
A l’ombre des menhirs, je te retrouverai
Depuis ma tour de pierre, je les vois qui se dressent
Plus fiers que ce château où je suis enfermée.

J’attacherai mes draps en une liane solide,
Je glisserai en bas comme une feuille d’automne
Toi, tu m’attendras là, près des roches mythiques
Et puis l’on partira, loin de tout mon malheur.

Mais ce billet de fuite, tu ne le liras pas
Tu ne le liras pas car il restera là
Comme un espoir mort-né dans ma tour de pierre
Comme une triste hirondelle qui ne s’envolera pas.

Je t’ai vu avec Jeanne, couchés sous les menhirs
Ma geôlière est donc celle qui comble tes désirs…
Depuis ma tour de pierre, je vous vois enlacés
Sur cette herbe jaunie, dans ce lieu de magie.

L’amour c’est pour les autres, pour moi c’est le néant
Entre les murs épais, mon corps recroquevillé
Mon cœur éparpillé sur les pavés glacés
Ma vie en mille morceaux dans la tour du château.

MH