Gaston et Titine sont sur un bateau

 

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Le texte court ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Sean Thoman dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 361.

 

– Mais tu es d’un plat, mon pauvre Gaston… Plat comme la surface de l’eau, plat comme un roman raté, plat comme les cheveux de ta mère, plat comme un plat à tarte, et moi je suis trop tarte de rester avec toi !
– Mais… Titine…
– Il n’y a pas de « mais » Monsieur Plat ! Tiens, je vais t’appeler comme ça maintenant ! ça ne sera pas plus tarte que Gaston après tout !
– Mais… Titine, je t’ai emmenée en bateau, le ciel est bleu, la météo est parfaite, pourquoi es-tu si méchante ?
– « En bateau » ah oui, c’est le cas de le dire ! Pour me séduire, tu as demandé à ton cousin Placide d’écrire un poème et tu m’as fait croire qu’il était de toi ! Espèce de plagiat!
– Mais… Titine, c’est parce que je t’aimais, moi …
– Et la bague de fiançailles, une bague en plastoc ! T’aurais pas pu faire un effort, non !?
– J’étais pas très riche à l’époque, tu sais bien …
– Un plâtrier …Comment ai-je pu épouser un plâtrier … J’aurais dû me douter que ce n’était pas avec un emplâtré comme toi que je serais montée au plafond, moi ! N’est-ce pas Monsieur Plat ??
– Oh, Titine tu es trop dure avec moi !
– Ah bon ? Je suis trop dure ? Et bien toi tu es trop mou ! Mou et plat comme un vieux placenta !
– Titine, si tu me plaques je me jette à l’eau !
– Eh bien plonge, vas-y plonge, mais surtout, pour une fois…évite de faire un plat !

MH

Le Rose Nippon

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Le texte court ci-dessous m’a été inspiré par cette photo inquiétante de Steven Roe dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 360.

 

J’ai toujours su que je devrais mourir là, baignée dans ce rose détestable, sous cette enseigne asiatique aux lettres agressives, traînée par les cheveux dans ce sous-sol lugubre. J’ai souffert sur le ciment irrégulier des écorchures dans mon dos, j’ai senti leur souffle alcoolisé dans ma nuque, leurs cent mains partout sur moi, leur poignard de chair plongeant dans ma chair à moi, et puis les coups, les coups, les coups… jusqu’à la délivrance finale.
Alors, quand Marie m’a proposé une sortie dans une nouvelle boite, Le Rose Nippon, au fin fond de la ville, j’ai dit : Non, je n’y vais pas, et toi non plus tu n’y vas pas. Viens plutôt passer la soirée chez moi.
Parfois les cauchemars ont du bon.

MH

Dans ma maison

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Le texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Karl Fredrickson dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 359.

 

Dans ma maison, il y avait trois fenêtres qui offraient un céleste paysage, celui des anges et de la pureté, celui du divin et de la lumière
Dans ma maison vivait un peuple de bancs qui chaque dimanche accueillait un peuple d’humains
Dans ma maison on venait pour une parole, un regard, un peu d’eau ou de pain
Ma maison sentait bon l’encens et la communion
Dans ma maison, on chantait, on priait et on se réjouissait.

Dans ma maison, il y a trois fenêtres qui ne savent plus à qui offrir leur céleste paysage
Dans ma maison vit un peuple de bancs qui n’accueille plus jamais personne
Dans ma maison on ne vient que pour prendre quelques photos, vite fait bien fait.
Ma maison est devenue inodore
Dans ma maison règne le silence et l’ennui.

Je ne reconnais plus ma maison.

MH

Le vieux chien baveux et le vieux rabat-joie

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Le  texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de  @MHL/CH dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 358.

 

On sera plus jamais trois, Noiraud… juste toi et moi.
La Germaine, elle est plus là, elle s’est noyée à cet endroit
Peut-être qu’elle en avait marre de toi, marre de moi.
Tous les dimanches on s’assoit là, sur la paroi
Toi le vieux chien baveux, moi le vieux rabat-joie.

T’as vu Germaine, j’ai mis mon habit de bourgeois
Rien que pour toi ! Je me demande si tu le vois …
Noiraud, je lui ai dit : surtout tu n’aboies pas !
Et puis, on attend là, comme à chaque fois …
Lui le vieux chien baveux, moi le vieux rabat-joie.

Germaine, elle nageait le crawl, la brasse et le n’importe quoi
Mais ce dimanche là, elle a fait quoi ?
Elle avait dit : cette fois, ne venez pas avec moi !
Alors nous, on est allés dans le bois
Toi le vieux chien baveux, moi le vieux rabat-joie

On sera plus jamais trois, Noiraud… juste toi et moi
On marche le long du fleuve, on fait les cent pas
On s’arrête, on repart, on pleure un peu, parfois.
Dis, la Germaine, pourquoi, tu nous as laissés là,
Lui le vieux chien baveux, moi le vieux rabat-joie.

MH