Rêve de geôle

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Le texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Banter Snaps dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 346. Thématique interdite : le train !!!!

Qui suis-je ? Mais qui suis-je donc avec mes gants blancs et mon regard en biais ?
Hé oui, vous avez bien deviné : un prestidigitateur, un magicien, quoi. Un haut gradé dans le métier, même ! Voyez les trois baguettes alignées dans la poche de ma veste !
Jusqu’à aujourd’hui j’étais libre, libre de courir dans les champs, de me promener dans les villes, de danser dans les rues, de penser, de choisir, de faire tout ce que je voulais … Mais tout à coup, cette liberté totale a commencé à me peser : trop de possibilités, trop de difficulté à prendre telle ou telle décision, à aller à tel ou tel endroit… Alors, j’ai fait apparaître l’enfermement et je me suis réfugié à l’intérieur ! Je ne vois plus le monde qu’à travers une petite fenêtre maintenant et cela me va très bien ! Monde, je te salue, casquette basse ! Tu peux continuer sans moi, je te quitte avec joie ! Limité à mes besoins les plus primaires, je mange, je bois, je dors, je ne lis même plus, car rien ne m’intéresse en ce triste univers… Que les actifs s’en débrouillent et que les affranchis s’en accommodent, moi je reste dans mon petit coin, verrouillé, barricadé, protégé, bouclé. Quoi ? Que dites-vous ? Je ne vais pas tenir longtemps ?! Oh, que si ! Je vais même jeter mes baguettes par la fenêtre pour ne jamais être tenté de faire réapparaître la liberté !! Mais, que se passe-t-il ? La fenêtre est bloquée, impossible de l’ouvrir…

A l’aide, à l’aide !

MH

Mauvais trac

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Paul devait faire cet exposé. Le professeur avait été clair, la note compterait pour les deux tiers de la moyenne du semestre. Paul savait que cet exercice pouvait lui faire rater sa première année de sociologie, alors il l’avait préparé le plus sérieusement du monde.
Sur le papier, tout était précis, documenté, intelligent, structuré. Pourtant, il était persuadé qu’au moment même où il se lèverait pour faire face à la quarantaine d’étudiants de sa promotion, tous ses efforts seraient anéantis.
Et puis, le jour J arriva. Paul quitta sa chaise. Celle-ci émit un grincement sinistre. Il percevait le bruissement des feuilles quadrillées dans ses mains affolées. Et si lui l’entendait, cela signifiait que les autres aussi… De toutes ses forces, il contracta les muscles de ses bras pour stabiliser ses doigts. Malheureusement, cet effort musculaire ne fit qu’accentuer le rougeoiement de ses joues.
Il se mit à repenser à tous les stratagèmes imaginés lors de ses nuits d’insomnie, pour masquer son trouble: une couche épaisse de fond de teint sur son visage, ridicule…Un sac de glaçons glissé sous sa veste pour faire baisser sa température, irréalisable…Un calmant avalé la veille, ou mieux, un petit verre de vodka dix minutes avant le supplice… trop risqué pour la concentration.
Il était maintenant au pied du mur avec comme seul soutien, sa propre volonté pour maîtriser ce satané corps et ses manifestations physiques. Mais cela ne marchait pas. Son visage le brûlait, ses oreilles bourdonnaient et ses quatre membres frémissaient de plus en plus.
Il pensa à Anna; elle lui avait dit : Tu verras, tout ira bien, tu connais ton sujet, tu as tellement travaillé ! Et pourtant, c’était toute sa personne qui tremblait maintenant qu’il était face à l’assemblée des quarante visages moqueurs, et il n’y avait rien à faire.

Petite questionnette: Et vous, préfériez-vous l’oral ou l’écrit durant vos études ?

MH