L’ agenda gris plat

curtis-macnewton-vVIwtmqsIuk-unsplashLe texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Curtis Mac Newton dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 341.

 

Sur le calendrier de la vie
J’ai perdu ma boussole
Sur les pavés de la ville
J’ai cherché comme une folle

Mercredi, jeudi, vendredi
Tu as disparu
Te retrouverai-je samedi ?
La photo n’en dit pas plus.

Le milieu de semaine
Est un vrai labyrinthe
Où je marche avec peine
En murmurant ma plainte

J’espère le samedi, le dimanche, jours de chance
Je rêve d’une vidéo, d’un travelling avant …
Mais l’image reste fixe
Et mon cœur est perdant

Les autres avancent en grappe, en couple, en vrac
Il savent tous où aller, vers qui se diriger
Moi j’attends le samedi et le train du Midi
Quand tu apparaîtras, je …

Mais je suis bloquée là, sur l’agenda gris plat.

MH

A la recherche d’un declic pour l’inspiration …

 

 

lunettes essuie glaceEt si le déclic c’était la pluie ? Ce matin-là, sur le quai de la gare, Louise s’était dit Quel plaisir ce froid sec et vivifiant, cela faisait longtemps qu’on n’avait plus ressenti ça ! Elle était montée dans son train et pendant tout le trajet n’avait eu qu’une seule hâte, sortir de ce confinement ouaté pour profiter à nouveau du froid. Mais là, sur la plateforme de la Gare Saint Lazare, elle avait reçu une première goutte sur le front. La pluie. Cette intruse qu’elle n’aurait jamais cru croiser en ce 4 novembre. Louise avait pourtant regardé la météo la veille froid sec, ciel dégagé, vents forts. La pluie était passée à travers les gouttes de toutes les chaines de télévision. Voilà maintenant qu’elle s’attaquait aux bottines toutes neuves de Louise ! Des bottines bien fourrées pour le froid, qu’elle n’avait pas encore pris le temps d’imperméabiliser malgré les injonctions de la vendeuse : Vous avez bien tout ce qu’il faut pour l’entretien ? Cirage, embouts, semelles, demi-semelles, lacets de rechange, imperméabilisant ? Oui oui, j’ai déjà tout ça… avait répondu Louise pour échapper à des dépenses supplémentaires tout en ayant l’air d’une femme parfaite qui prend soin de ses affaires. Mais intérieurement, elle bouillonnait : Si cette idiote croit que je vais me fatiguer à imperméabiliser des bottines que je ne porterai que par temps froid et sec, elle se met le doigt dans l’œil !
Louise observait ses bottines à travers les gosses gouttes qui dégoulinaient sur ses lunettes, le beau cuir beige immaculé était désormais parsemé d’une multitude de petites piqûres sombres. Elle se lamenta J’aurais dû écouter la vendeuse … Quand elle releva la tête pour repérer l’escalator, Louise ne vit plus qu’une déferlante. C’était comme si un océan entier glissait le long de ses yeux. Comment était-il possible qu’on n’ait pas encore inventé des essuie-glaces pour lunettes ? Elle se promit de retenir l’idée et devenir la prochaine lauréate du concours Lépine.
MH

Pierre, Paul, et le lac

 

pierre paul

Le texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo d’Alexandre Radelich  dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 339.

 

– Tu crois qu’on va réussir à avaler tout ça, toi ?
– Pouah ! Je sais pas… l’eau j’adore pas…
– Mais va bien falloir, si on veut assécher le lac
– Je sais bien, c’est pour ça que j’avale, j’avale, j’avale, comme toi…
– Y a pas … On serait mieux au bistro !
– T’as qu à te dire que l’eau c’est de la binouze !
– Mouais, j’vais essayer ça …
– Glou glou
– Gloups, gloups
– Y en a encore beaucoup ?
– Oh, environ 60 km3 à vue de nez …
– Ah oui, quand même … Et t’as encore soif toi ?
– Pas trop, non … Et puis j’ai ma mèche qui me vient dans l’œil, c’est d’un chiant …
– Si tu la coupais plus, t’aurais pas ce problème, regarde, moi, je suis pas emmerdé !
– Ouais, mais les mèches dans les yeux ça plait aux gonzesses !
– Tu parles, moi avec ma coupe courte, j’ai emballé Léa dès le premier soir
– Et elle t’a traîné chez Monsieur le Maire dès le lendemain matin… bonjour l’arnaque !
– Ouais, enfin, si je l’avais pas épousée, elle m’aurait pas dit où son père planque le magot!
– Oui, je sais, dans un coffre au fond du lac
– C’est ça, alors si tu veux ta part, tais-toi et bois !
– Ok, je bois …
– Glou, glou
– Gloups, gloups

MH

Petite questionnette: Et vous, avez-vous déjà « pris la tasse » ?

De l’art de tenir sa place

ThePlace

-Moi, à ta place, j’aurais pas fait comme ça …
– Oui, mais tu y es pas à ma place, tandis que moi j’y suis … et j’y reste ! Parce que je sais bien que : Qui va à la chasse perd sa place !
– La chasse, c’est pas mon truc, et toi ?
– Ça dépend : si tu te mets à la place du lapin c’est pas terrible, mais du point de vue du chasseur… J’avoue que j’adore le civet.
– C’est bon mais… c’est bourratif. Moi, j’aime bien garder une petite place pour le fromage, et pour le dessert aussi.
-Oh, ça me fait penser : si tu aimes les bons gâteaux, Place Charost, ils viennent d’ouvrir une pâtisserie qui fait des éclairs du tonnerre !
-Place Charost ?
– Oui, tu sais à la place de la vieille pharmacie du père Placé.
-Hi hi hi, des gâteaux à la place des médocs, c’est ce qu’on appelle l’effet placebo !! Et tu crois qu’ils cherchent un vendeur ?
– Pas la place, la boutique fait dix mètres carrés et la patronne cent cinquante kilos ! A la fermeture, elle fait place nette en avalant tous les invendus !
– Pas de chance pour moi, j’ai vraiment besoin d’une place …
– Sur place ou sur Paris ?
– Sur place ou bien sur Paris, métro Saint Placide
– Si tu arrives fringué comme ça dans les quartiers chics, tu vas te faire remettre à ta place !
-Mais j’en ai PAS de place !!
-Bé moi, j’en ai une ! Et il est hors de question que je me déplace !
-Plastronneur, va !

MH

Kidnapping

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Son sourire éclairait ma chambre. Couché sur mon lit, moi Léon, pauvre quinquagénaire à la ramasse, je la contemplais, posée sur ma vilaine petite commode en pin. Incroyable, La Joconde veillait sur mes chaussettes, mes slips et mes tricots de peau. J’avais dédié toute ma vie à ce cambriolage, cet enlèvement plutôt, et j’avais enfin réussi. Je ne demanderais pas de rançon. Aucune intention de rendre ma muse ! Elle était tout à moi. Les touristes du monde entier s’en passeraient. Tant pis pour les japonais et leurs appareils photo. Le Louvre n’aurait qu’à se trouver une nouvelle vedette. Il était huit heures du matin, je venais juste de me réveiller et curieusement, le jour, lui, restait couché. Aucune lumière ne filtrait par la fenêtre, tout était sombre. Le seul éclat venait du visage de Mona Lisa et irradiait ma chambre. Je me levai, m’habillai, pour faire un tour. Dans la rue, l’obscurité complète, comme si la nuit avait oublié de partir.
Pendant toute la journée, je fis des allers retours entre ma chambre incandescente, les autres pièces de l’appartement, obscures et le quartier tout noir. Vers onze heures du soir, mon regard était plongé dans celui de la belle brune. Tout à coup, elle ferma les paupières et enfin, le soir donna sa lumière.

MH