Les petites filles de pharmacie

 

Phamacie (2)

Ce texte m’a été inspiré par la photo et le mot proposés dans le cadre de l’atelier d’écriture du mois de mai sur le blog d’AMPHYGOURI.

https://amphygouri.wordpress.com/2019/05/01/atelier-decriture-10-mai/

 

Les petites filles de pharmacie ne voient jamais leur maman en robe.
Les petites filles de pharmacie voudraient la même blouse blanche que leur maman
Les petites filles de pharmacie jouent à cache-cache dans les rayons
Les petites filles de pharmacie s’amusent à embêter les préparateurs
Les petites filles de pharmacie mangent du citrate de bétaïne au goûter
Les petites filles de pharmacie regardent leur maman préparer les gélules
Les petites filles de pharmacie trouvent que les gélules ont goût d’hosties
Les petites filles de pharmacie sucent des bâtons de réglisse à cinq centimes
Les petites filles de pharmacie chantent la réclame pour la Boldoflorine
Les petites filles de pharmacie ont la langue très bien pendue
Les petites filles de pharmacie n’ont pas besoin d’orthophoniste
Les petites filles de pharmacie font bien rigoler les clients
Les petites filles de pharmacie distribuent des comprimés de vitamine C à la récré
Les petites filles de pharmacie jouent à la marelle sur le lino de l’officine
Les petites filles de pharmacie sautent sur le paillasson pour faire chanter la sonnette
Les petites filles de pharmacie reniflent les périmés puants
Les petites filles de pharmacie recyclent les vieux présentoirs en maisons de poupées
Les petites filles de pharmacie menacent le stock de petits pots pomme-abricot
Les petites filles de pharmacie font leurs devoirs sur de vieilles ordonnances
Les petites filles de pharmacie dessinent la tête des clients derrière le comptoir
Les petites filles de pharmacie montent dix fois par jour sur le pèse-personne
Les petites filles de pharmacie piquent des petites pièces jaunes dans la caisse
Les petites filles de pharmacie se parfument à l’eau de Cologne en flacon de 25 millilitres
Les petites filles de pharmacie se collent des vignettes d’aspirine sur le front
Les petites filles de pharmacie voudraient que tous les clients soient guéris pour avoir leur maman rien que pour elles.
Hier, j’ai vu une petite fille de pharmacie, et j’ai repensé à celle que j’étais il y a plus de quarante ans.

MH

Frontière

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Le texte ci-dessous m’a été inspiré par la photo d’Edan Cohen dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 327.

 

A la frontière de la lumière
Elles demeuraient immobiles.
Elles n’auraient su dire si l’obscurité était
Dure ou molle
Dense ou diffuse
Sèche ou humide
Rêche ou cotonneuse
Rassurante ou oppressante.
L’obscurité semblait
Indicible, indescriptible.
Juste un tout qui enrobait
Qui enveloppait, qui emmurait.
Une force évidente,
Contre laquelle il était inimaginable de lutter.
Jusqu’au jour où …
Elles décidèrent de tenter quelque chose.
Basculer leur corps vers l’avant,
Sans bouger les pieds
Pour voir comment cette matière recevrait
Leurs visages et leurs bustes vulnérables
Qui s’offraient.
Alors, elles réalisèrent l’inclinaison périlleuse
Pour savoir… enfin.
Sous la pression de leur poids
Elles sentirent l’ombre céder.
Dans un gémissement d’étoffe déchirée
De grilles grinçantes
Et de vagues déferlantes
L’obscurité avait capitulé.

Leurs yeux, leurs bras et tout leur être
Se mouvaient désormais à l’air libre
Hors du carcan de la lumière
Elles avaient enfin trouvé leur raison d’exister.

MH