Origine de l’expression: C’est la fin des haricots !

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Il était une fois une planète peuplée de haricots.
Il y en avait de toutes sortes : des blancs, des verts, des rouges, des jaunes, des Saint-Esprit à œil rouge, des nombrils de bonne sœur, des orteils de pécheurs, des nains, des mogettes, des flageolets, des cocos et des crochus de Montmagny.
Cette planète s’appelait: haricot sphère
Tout ce petit monde vivait en parfaite harmonie jusqu’à ce que l’ennui vienne à gagner cette pétulante colonie.
Les haricots auraient souhaité avoir un chef à contenter et à qui obéir… Cette existence de totale liberté commençait à leur peser.
Alors l’idée leur germa de commander une graine d’homme au Père Noël. Ils avaient ouï dire que cette espèce très répandue sur la planète bleue, était connue pour son autoritarisme et son exigence.
Dés qu’ils reçurent la graine désirée, les braves papilionacés la plantèrent dans leur jardin potager.
Neuf mois plus tard, un bébé rose et braillard naquit.
Et à partir de là, l’esclavage commença.
Pour nourrir cette bouche toujours ouverte, il fallait y déverser des litres et des litres de lait ; l’unique vache de l’étable, La Blanchette, n’en pouvait plus de se faire traire matin, midi et soir.
Quand l’insatiable enfant grandit, les haricots se mirent à la culture intensive de pommes de terre, carottes et petits pois pour rassasier ce gosier toujours plus vorace !
Il leur fallut même sacrifier La Blanchette pour satisfaire l’humain devenu un jeune homme avide de nourriture plus consistante !
Mais les bons fayots trimaient de bonne grâce pour leur Seigneur et maître, car son contentement donnait un sens à leur existence. Et puis, le tyran avait une certaine affection pour eux et quand il jouait au poker avec ses partenaires imaginaires, il les faisait rouler sur la table comme de vrais jetons de casino ! Les petits légumes trouvaient cela très amusant, seuls les haricots verts se lamentaient de ne jamais être choisis pour ce divertissement.
Un beau jour, l’être humain s’exprima pour autre chose qu’un désir de nourriture : « Moi vouloir femme ! » annonça-t-il.
Affolés, les légumineuses se mirent à courir dans tous les sens sans trouver de solution : Noël était encore loin et le temps que pousse la graine, l’homme perdrait patience…
C’est alors qu’un certain Saint Esprit à œil rouge eut une idée géniale : commander une femme sur la planète bleue.
Les terriens acceptèrent aussitôt de donner l’une de leurs femelles déjà grandies, en échange de toute une récolte de pommes de terre (ils étaient devenus obèses depuis une décennie et ne se nourrissaient plus que de frites, alors il leur fallait importer toujours plus de patates).
Le lendemain de la tractation, haricot sphère fut secouée par l’atterrissage de la plus grosse humaine qui soit ! Un convoi d’orteils de pêcheurs vint la quérir sur la plage pour la ramener au centre car elle faisait dangereusement pencher la planète vers la droite.
Toute la communauté papilionacée assista à la rencontre de l’homme et de la femme. Ils étaient vraiment très émus et certains s’écossaient d’émotion.
L’homme souriait niaisement devant sa pulpeuse moitié. Elle, grimaçait atrocement en émettant des bruits de ventre fort inquiétants … Quand tout à coup, elle prononça ces mots funestes : « J’ai faim ! » D’un bref mouvement rotatif de sa main boudinée aux ongles pointus, elle attrapa tous les haricot-sphèriens qui disparurent, indistinctement au plus profond de sa gorge grasse.
Puis, l’immonde fiancée expulsa un pet géant qui asphyxia son mâle !
Voilà à quoi en fut réduite la vaillante colonie de papilionacées … À une émission de gaz nauséabonde.

Et c’est depuis ce jour que l’on emploie l’expression : « C’est la fin des haricots »

MH

Une Cléopâtre ratée

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Ne me parlez pas du coiffeur ! Quand vous entrez dans son salon
Il vous regarde avec horreur :
– Mais qui vous a scalpée samedi passé ?
– Votre stagiaire, une gauchère …
– Ne vous en faites pas, je vais rattraper ça.
Alors on vous déshabille, on kidnappe votre cape
On coince une serviette dans votre dos en vous arrachant la peau !
Et on vous pousse au bac, la nuque en vrac, comme une vermine sous la guillotine. A brûle-pourpoint, on vous fait un soin : antipelliculaire, anti-desséchant, anti-casse, démêlant…Mais surtout exorbitant !
Puis vient le temps de la coupe :
– La raie, rappelez-moi, était du côté droit ?
– Non, du gauche, mais tant pis, je veux une frange ce samedi.
– Une frange…. ça me dérange… Avec votre grand nez, vous serez défigurée !
Quand c’est le moment de payer, vous dégainez le porte-monnaie
Trois cents euros, c’est cher payé, pour ressembler à une Cléopâtre ratée !

MH

Petite questionnette: Et vous, êtes-vous toujours satisfait(e) en sortant de chez votre coiffeur préféré ?

Le bac

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Il avait réussi ! Il pouvait enfin tourner la page du calendrier bloqué à cette date maudite du sept juillet. Il ne s’était pas autorisé à penser aux vacances et à tous les plaisirs qui allaient avec. Mais aujourd’hui, c’était comme si un barrage était tombé. Des torrents de joie déferlaient. Le bus qui le ramenait chez lui était un carrosse, le pavillon de banlieue, un palais, ses vieux parents, d’honorables courtisans, et lui, le roi…
Il criait, chantait, téléphonait à tous pour leur annoncer son succès. Les ressorts de son lit craquaient sous ses sauts de cabris, la lumière du soleil palissait devant l’éclat de son visage radieux.
Son père déboucha le champagne et sa mère découpa le gros gâteau à la crème. Il but, mangea, re but, se gava, vomit, puis s’endormit sur son lit aux ressorts affaissés.

Le lendemain, quand il émergea aux alentours de midi, la joie avait disparu. Il essaya de la faire revenir en s’invectivant lui-même : Tu l’as eu, tu te rends compte, sois heureux, tu l’as eu !! Mais un autre lui-même répondait en sourdine : Bé oui, je l’ai eu, encore heureux que je l’ai eu, y a pas de quoi sauter au plafond.

MH

Le dentier et la mer

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Fut-il à un futile dandy, à un cruel dentiste ou à un pauvre « sans dents » ?
Nul ne le saura jamais …
Toujours est-il que le dentier était là, échoué sur le sable.
S’il avait eu une mémoire, il aurait pu nous conter la noyade de son propriétaire, puis sa longue errance en solitaire sur les flots déchainés, hors de cette bouche qui était devenue sa maison.
S’il avait eu un cerveau, il aurait comptabilisé la masse de plancton avalée et le nombre de baigneurs mordus …Et s’il avait été rancunier, il aurait gardé une dent contre le commandant de bord imbécile qui avait propulsé le navire de croisière sur l’iceberg.
S’il avait eu un cœur, il se serait langui de ce propriétaire qui l’astiquait si bien et lui donnait des bains moussants dans le verre à dents
Mais il n’était qu’un pauvre dentier sans âme alors il ne pensait à rien, ne se souvenait de rien, n’anticipait rien … pas même Diane, la chasseresse de plastique écolo qui le jetterait bientôt dans un bac à marée…

MH

Petite questionnette: Et vous, avez-vous déjà ramassé des déchets sur la plage ?

Parodie de “Mignonne allons voir si la rose…” Sans utiliser la lettre A

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Mignonne, allons voir si la rose                                    Georgette, viens voir si le pissenlit
Qui ce matin avoit desclose                                           Qui ce soir ouvre merveilleusement
Sa robe de pourpre au Soleil,                                        Son jupon doré sous cette lune grise,
A point perdu ceste vesprée                                          Est point privé depuis potron-minet
Les plis de sa robe pourprée,                                        Des plis de son jupon citronné,
Et son teint au vostre pareil.                                         Et de son teint comme le tien.

Las !                                                                                      Trop bête !
Voyez comme en peu d’espace,                                    Voyez comme en peu de temps,
Mignonne, elle a dessus la place                                  Georgette, elle est restée ici et
Las ! las ses beautez laissé cheoir !                              Zut de zut ! Est devenue si moche !
Ô vrayment marastre Nature,                                      Ô tu pousses le bouchon Vénus,
Puis qu’une telle fleur ne dure                                     De décider qu’une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !                                    Qu’ une journée !

Donc, si vous me croyez, mignonne,                         Donc, si vous me croyez, Georgette,
Tandis que vostre âge fleuronne                               Puisque les rides ne sont point encore
En sa plus verte nouveauté,                                       Et que vous êtes toute nouvelle,
Cueillez, cueillez vostre jeunesse                              Cueillez, cueillez votre jeunesse
Comme à ceste fleur la vieillesse                              Comme pour ce pissenlit, les flétrissures
Fera ternir vostre beauté.                                           Feront ternir votre figure.

Pierre de Ronsard (1545)                                             MH (2019)

Départ

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Le texte ci-dessous m’a été inspiré par la photo de Jay Toor dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 326.

Regarder en arrière, une toute dernière fois, juste pour être sûr… que c’est terminé.
En face, il y a la lumière, et je vais foncer dedans à toute berzingue avec ma Renault noire.

Tout est possible maintenant, une autre ville, d’autres femmes, une autre vie …
Dix ans d’ennui et de faux semblants à lui dire qu’elle était belle, à trimer pour lui payer son botox et ses séances de yoga, dix ans passés à m’oublier pour ne penser qu’à elle. A rembourser les traites de la baraque, à passer mes dimanches chez Ikea. Dix ans à bouffer ses filets de poisson fadasses et son quinoa au curcuma.

Mais maintenant c’est fini, enfin ! Il n’y a plus que moi, moi et mon avenir. Heureusement, je n’ai jamais cédé à son désir d’enfant, j’ai tenu bon et j’ai bien fait, ça aurait vraiment compliqué les choses… Elle me disait Pourquoi ? Et moi je répondais Parce qu’on est trop bien tous les deux. Mais c’était pas vrai, je pensais déjà à aujourd’hui. Au début, ce n’était qu’un rêve, un vague projet qui m’aidait à tenir, à supporter …
Et puis, pendant mes nuits d’insomnie tout s’est mis en place, tout s’est précisé : le mois, le jour, l’heure, les mots, la manière …

Regarder en arrière, une toute dernière fois, juste pour être sûr que c’est terminé, qu’elle ne bouge plus, allongée dans le fossé.

MH