Le tricoteur

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Ce matin à la station des Invalides, sur le long tapis roulant, j’ai croisé un gros malabar qui tricotait en marchant ! C’était d’un effet des plus curieux, ce mastodonte avançant à grandes enjambées pour optimiser la vitesse du tapis avec, dans ses énormes paluches, deux aiguilles à tricoter. L’ébauche d’un chandail bleu ciel se tortillait sous l’alternance des mailles à l’endroit et des mailles à l’envers, et lui, le tricoteur, regardait en l’air comme si ses mains n’avaient que faire du contrôle de ses yeux.
Moi, je progressais sur le tapis en sens inverse, direction Pointe du lac. J’aurais pu le prendre en photo, vite fait, avec mon téléphone pour illustrer ce texte que j’avais déjà dans l’idée d’écrire ; mais on n’a pas le droit de photographier les gens comme ça ! Peut-être aurait-il lâché son ouvrage, bondi de mon côté comme une folle voiture prenant l’autoroute en sens inverse… Il aurait écrabouillé mon portable dans ses grosses mains, peut-être même m’aurait-il giflée… mais le pire de tout, c’est qu’il aurait perdu le fil de son tricot et que le chandail bleu ciel n’aurait jamais vu le jour.
Quand j’y repense, le géant avait l’air doux. Perdu dans ses pensées, il rêvait sûrement au bleu du ciel dans la grise station des Invalides. Le pull-over était-il destiné à une amoureuse, à un bébé ou à sa grand-mère ? C’est amusant un homme qui tricote, surtout un géant, et surtout sur un tapis roulant ! Il se croyait sans doute sur un tapis volant, dans un beau ciel d’azur, avec de tout petits nuages flocons …
Je me demande s’il s’est cassé la binette à l’arrivée, je ne me suis pas retournée… j’ai continué mon chemin sur le long tapis roulant, station des Invalides.

MH

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