Emma

Emma

Je ne distingue même plus ton visage sur ma table de nuit, Emma. Il est recouvert d’une sacrée épaisseur de poussière… Hier soir, Il y avait un bon film à la télévision. Avant-hier aussi et encore avant avant-hier. Cela fait six mois que l’écran vit dans ma chambre et cela fait six mois que je t’ai laissée tomber. Je les ai tous dévorés, les Woody Allen, les Scorcèse, les Chabrol, les Truffaut. Ils étaient si passionnants, si intelligents que je n’ai même pas eu honte de t’ignorer. Et puis un soir, c’est toi, Emma, qui as surgi sur l’écran plat. C’était toi… et ce n’était pas toi. Tu étais bien mais tu n’étais pas aussi bien. Je ne t’ai pas vraiment reconnue. Alors, j’ai éteint le grand rectangle froid et je me suis retournée vers toi. J’ai fait glisser mes doigts sur ton visage pour te délivrer des grains de poussière. Je t’ai prise dans mes mains, je t’ai posée sur l’oreiller, tout près de moi et je t’ai relue pour la centième fois, Madame Bovary.

MH

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