Une matinée de Grisette

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Je sens le jour pointer depuis la mezzanine délicieusement étouffante de la chambre d’amis. C’est là que je dors, sauf quand des invités humains de mes humains à moi, squattent…j’ai beau leur cracher à la figure ou les « mordasser » s’ils osent me caresser, certains s’obstinent à revenir !!!
Il est l’heure de descendre précautionneusement l’échelle casse museau qui convient mieux aux bipèdes qu’aux félins, mais dont je m’accommode…
Une petite halte dans le couloir pour détecter où il est le plus judicieux de me diriger. Mes moustaches et mes vibrisses frémissent pour mieux sentir la provenance de l’odeur de MH (qui est la seule personne digne d’intérêt ici, à part MOI bien sûr.)
Ah … elle est encore dans sa chambre. Fermée, évidemment… Pas grave, je sais gratter aux portes à la perfection. Sûr qu’elle va ouvrir en une fraction de seconde, elle ne supporte pas le grincement de mes ongles affûtés sur le chambranle.
D’un bond agile, j’évite la charentaise à fort parfum de pied que me balance le mâle de la famille. Ah, celui-ci, depuis qu’il a pris sa retraite, il est tout le temps à la maison, quelle plaie !
MH sort enfin dans le couloir et moi, je la précède car j’ai FAIM. La pauvre est affublée d’une vieille robe de chambre jaune et d’ignobles pantoufles bleues (eh oui, ce sont les deux seules couleurs que je distingue) Je marche en dandinant du croupion pour lui montrer l’immense supériorité des félines en matière de sexe appeal.
Nous voici arrivées dans la pièce la plus olfactive de l’appartement, la cuisine. C’est là que se mêlent le parfum capiteux de mes lieux d’aisance, les effluves irrésistibles de ma pâtée et ceux non moins attirants du pot-au-feu de mes humains.
Je me délecte de mon Whiskas bœuf agneau. Mes dents pointues n’ont pas beaucoup d’effort à fournir sur cette terrine molasse. J’envie parfois les chats des rues qui peuvent exercer leurs crocs sur des moineaux vivaces ou des charognes faisandées… Quoiqu’en y réfléchissant à deux fois, je préfère bénéficier de plats monotones mais réguliers, plutôt que d’encas excitants mais aléatoires.
Berk, berk, berk, l’odeur détestée de l’agrume vient me perturber les narines ! C’est encore lui, le mâle ! Il épluche une clémentine ! Quel enquiquineur celui-là !
Heureusement, je sais par expérience que d’ici quelques minutes, il ira enfiler son habit de sueur pour aller courir dans les bois. Bon vent, homme puant !
Ah !!! Je me retrouve enfin seule avec ma chère amie, elle me donne un peu de beurre sur la pointe de son couteau, quel délice ! Heureusement qu’il est parti, l’autre, sinon j’aurais eu droit à un méchant  pshshshshsh !  pour être montée sur la Sainte Table ! Elle, elle s’en moque, au contraire, je crois que cela lui plait de m’avoir à sa hauteur, pendant qu’elle boit son thé. Elle peut lire toute mon intelligence dans mes yeux.
MH promène sa patte en peau sur mon pelage soyeux et je ressens un plaisir infini à être ainsi cajolée. Pauvres humains imberbes, comme cela doit être triste de naître sans fourrure ! Heureusement qu’ils nous ont, nous les chats, pour assouvir leur désir de douceur. Je m’étire sous les caresses, ma croupe se hisse tandis que mon dos, mes pattes antérieures et ma tête tendent au maximum vers l’avant pour optimiser l’étirement. Les humains, eux, ne savent pas s’étirer, ni même bailler, ils sont ridicules à regarder quand ils s’y essaient avec leur petite patte collée devant leur petite bouche comme s’ils avaient honte de se faire du bien ! Je sais que les miens prennent des cours de stretching pour s’améliorer, mais jamais ils n’atteindront mon degré de souplesse ni mon sens aigu du bien-être.
Tiens le mâle rentre déjà, quelle barbe ! J’use de mon stratagème imparable pour l’éloigner : une petite visite dans mes cabinets… et le voilà qui hurle en se bouchant le museau : MH, ton chat a fait un neurotoxique !! « Ton chat » non mais ! Il ne le sait pas que je suis une Dame depuis dix ans qu’il habite CHEZ MOI !!! Aucun respect ! Vive le Mouvement de Libération des Félines ! »
MH jette mes besoins parfumés dans les toilettes pendant que lui, agite la bouteille d’affreuse odeur chimique qui masque tout. C’est à ce moment-là que l’humaine ado sort de sa tanière, imprégnée par l’insupportable puanteur des petits bâtons blancs qui font de la fumée.
Ce qui m’amuse beaucoup, c’est quand MH se trompe et m’appelle par le nom de l’ado : Claire, viens manger ta pâtée ! Et vis versa : Grisette va faire tes devoirs ! En revanche, je crois que cela déplait fortement à Claire… pfff, aucun humour ces humains ! Elle devrait pourtant se glorifier qu’on la prenne pour MOI ! Et c’est MOI qui devrais être mortifiée qu’on me rabaisse à son niveau !
Bon, trêve de raisonnements philosophiques, je crois qu’il est temps de monter faire un petit somme dans ma mezzanine… D’ici huit heures, il va falloir que je me RELEVE pour le dîner alors pas une seconde à perdre pour aller REDORMIR !

Grisette et MH

Petite questionnette: Et vous, vivez-vous chez un chat « pourri-gâté » ???

Ulysse Dupré

labyrinthe

Le texte ci-dessous m’a été inspiré par la photo de Steve Ramon dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 323.

Si tu crois que tu vas me piéger, labyrinthe lumineux, tu te trompes ! J’ai les neurones en éruption et je compte bien les utiliser pour te défier. Tu te dis que j’ai l’air inoffensif avec mon allure penchée, ma tête en biais et mon sac à dos de collégien…Tu penses que je suis nul et que je vais renoncer …Mais non, je prends juste le temps… Le temps de t’observer, de te jauger, de « te calculer » avant de me lancer.
J’ai à peine dix en maths, en français, et en anglais. « Moyen » est l’appréciation qu’on peut lire le plus souvent sur mon carnet « Moyen, roublard, bavard et rebelle » Pas comme Lili : « Attentive, sage, sérieuse et appliquée » C’est peut-être pour ça qu’on s’aime tous les deux, les contraires s’attirent, c’est cliché à dire mais tellement vrai.
La grande rousse aux yeux verts et le p’tit mec aux cheveux bicolores !
En classe on se met jamais à côté, parce que Lili tient à être au premier rang et moi pas trop…
Elle, elle lève la main à chaque question, elle connaît tout et dans toutes les matières ! Moi, si le prof m’interroge, je biaise, je fais durer, je réponds à coté de la plaque sans que ce soit complètement faux … mais pas vraiment bon non plus…juste pour que mon voisin Basile ait le temps de chercher la solution sur son portable et me la souffle ou que la sonnette de fin de cours me délivre !

Lili, je l’entraînerai avec moi dans le labyrinthe lumineux de la vie et je suis sûr d’une chose : avec toutes nos appréciations réunies, on va casser la baraque !

MH