Femme monde

femme mondSpéciale dédicace à mon amie Monique et son très inspirant fusain.

 

Sur son visage il y a le monde
Tout ce qu’elle a vu
Tout ce qu’elle a aimé, est imprimé là
Sur sa peau, blanche comme les montagnes où elle a skié
Dans son iris, clair comme les océans où elle a nagé.

Sur son visage, il y a le monde
A l’intérieur de sa tête, nébuleuse des ciels où elle a volé
Sur sa paupière, lourde des monuments qu’elle a visités
Le long de sa nuque striée par les marches qu’elle a gravies

Sur son visage, il y a le monde
Les voyages, les paysages
Les sentiments et les sensations.
De son oeil affûté, elle guette les prochaines expériences
Les émerveillements à venir car elle n’a que trente ans
Et encore tant à découvrir …

MH

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Eugénie de la Vallière

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Un jour comme tous les autres, Eugénie de la Vallière ouvrit les yeux ; pourtant, ce matin là, son servile valet de chambre ne lui avait point encore apporté le petit déjeuner. Comment allait-elle poser ses délicats orteils sur le sol glacé du manoir, puisque Fidèle n’était pas là pour l’aider à enfiler ses poulaines molletonnées ? Catastrophe ! Elle eut beau tirer avec rage le cordon-sonnette qui pendait à coté de son lit, ce diable de domestique n’apparaissait toujours pas.

Elle décida enfin de se lever et de chausser ses poulaines toute seule, quand un vacarme épouvantable provenant du rez-de-chaussée la fit sursauter. Des rires gras, des cris, des jurons et d’infâmes bruissements corporels montaient du salon jusqu’à ses oreilles.
C’est avec l’élégance racée d’une dame de son rang qu’elle revêtit sa robe d’intérieur écarlate parfaitement assortie à ses joues rougies par la rage.

Alors qu’elle descendait l’escalier de chêne, elle distinguait de mieux en mieux certains mots au milieu du brouhaha : « Saleté…  » « La trainer dans le ruisseau…  » « On aura sa peau… »
Eugénie de la Vallière attendit quelques secondes devant la lourde porte du salon, prit son élan et l’ouvrit à grand fracas par la seule force de sa main gantée de rouge.
Là, elle fut confrontée à la foule la plus abjecte qu’elle ait jamais vue : des femmes de chambre aux arrière-trains rebondis se faisaient peloter par de gros métayers en rut, pendant que des fermières aux avant-scènes balconnées jetaient des œufs sur les portraits de ses illustres aïeuls. Au milieu de ce chaos, Fidèle régnait, servant avec largesse les vins les plus valeureux de la cave.
L’intrusion d’Eugénie mit fin à cette bacchanale et pendant quelques instants, la maitresse des lieux fit face au reste du monde … on aurait pu entendre un hanneton voler… Quand tout à coup, l’aristocrate rompit le silence pesant et se dirigea avec assurance vers le fond de la pièce. Instinctivement, les rustres s’effacèrent sur le passage de sa cuisse fuselée, visible à chacun de ses pas par la fente de sa robe rouge-sang.
Quand elle atteignit enfin le gramophone conçu pour elle par un inventeur de génie et posé sur la console de marbre, Eugénie choisit un disque de fox trot très avant-gardiste, fit volte face, et se lança dans une danse époustouflante devant l’assemblée médusée.
A la fin de son numéro de folie, tous se prosternèrent à ses pieds; alors, d’un coup de poulaine bien senti, elle repoussa la plèbe remonta dans sa chambre, se déchaussa, se dévêtit, se recoucha, ferma les yeux, les rouvrit, actionna le cordon-sonnette et dégusta le petit déjeuner que Fidèle venait de lui apporter en rampant.

MH

Petite questionnette: Et vous,  avez-vous déjà cloué le bec à une assemblée par votre audace? 

« En affreuse »

affreuse

Ce matin, c’est décidé, je m’habille « en affreuse », en moche, en vraie vilaine avec mon vieux pantalon de jogging et ma polaire grise. Aujourd’hui je ne verrai qu’un livreur et mon but n’est pas de le charmer ; C’est pour cela que je vais m’habiller « en affreuse », bien confortable, bien à l’aise dans mes vêtements mous, doux et distendus !
Certaines filles ne peuvent pas s’habiller « en affreuses », il faut qu’elles soient « au top » de l’aube au crépuscule, comme si elles s’attendaient à voir surgir le prince charmant à tout moment, un bouquet de lys à la main… il se prosternerait à leurs pieds en disant : « Comme vous êtes belle, Madame. » Ça, ce sont les vrais jolies, les vraies coquettes, celles qui se lèvent avant leur mari pour se maquiller en cachette et qui se recouchent toutes pomponnées pour faire croire que leur teint de rose au réveil est naturel ! Celles qui se couchent après leur mari pour retirer leurs lentilles bleues et dissimuler à la face du monde que leur vraie pupille est marron ! Celles qui ne connaissent pas les charentaises et qui souffrent sur des talons-aiguille de quinze centimètres, même à la maison, malgré le racornissement de leurs orteils martyrs et les insultes de leur voisine du dessous (qui elle, est une affreuse à plein temps !)

Ce matin, c’est décidé, je m’habille « en affreuse » et si le livreur ne peut réprimer une grimace de dégoût en me voyant, tant pis, il aura peut-être plus de chance avec sa prochaine cliente !

MH

Petite questionnette: Et vous, prenez-vous parfois, plaisir à vous habiller « en affreuse » (ou « en affreux ») ???

Ligne 8

demoiselles

D’habitude je choisis toujours le wagon de queue, c’est plus pratique pour ma correspondance à la station Daumesnil, mais hier, je l’ai vue, assise à une fenêtre de la deuxième voiture. Elle était si mignonne avec son air sage, son chapeau de feutre beige et son petit col bien blanc, bien classique, bien boutonné …Alors je suis monté, hypnotisé par son regard doux. Mais à peine les portes de fer s’étaient-elles refermées sur moi que Gertrude et Berengère ont surgi comme deux diables de leur boite. Ma femme et ma maîtresse, sous le même toit ! (même s’il ne s’agissait que du toit du Métropolitain), côte à côte, droites comme des i, et l’air bien décidé à m’empêcher d’aborder la jolie inconnue. Moi, je me tenais un peu en biais, hésitant à passer ma tête à travers la fenêtre à guillotine ou à affronter les deux gardiennes de prison « façon Demoiselles de Rochefort ». C’est alors que le métro s’arrêta à la station Bonne nouvelle et que j’eus la surprise de ma vie : Gertrude et Berengère descendirent comme un seul homme pour se jeter sur le seul homme planté sur le quai, un bouquet de fleurs dans chaque main. Ma femme et ma maîtresse se sont éloignées, bras dessus bras dessous avec l’inconnu tandis que le métro redémarrait, m’emportant avec et la mystérieuse beauté assise vers la Pointe du lac.

MH

Petite questionnette: Et vous, avez-vous déjà eu d’incroyables surprises dans le métro ?

Monologues indicibles

kkkkkkkkkkkkkkkkkkkkkk

© Nick Cooper

Le texte ci-dessous m’a été inspiré par cette photo de Nick Cooper dans le cadre de l’atelier BRICABOOK numéro 322.

 

Lui : Je me sacrifie à la sortir et qu’est ce qu’elle fait ? La gueule, comme d’habitude … Eh bé… si j’avais su je l’aurais laissée devant sa tisane et j’y serais allé avec Rosita, au Kaffe Perro Negro.

Elle : Allez bois, bois-la ta bière, mon gros et savoure-la bien, parce que ce que tu ne sais pas, c’est que c’est la dernière !

Lui : Avec Rosita, au moins, on aurait trinqué et puis elle m’aurait complimenté sur ma tenue ! Franchement ces deux écossais, celui de ma casquette et celui de ma chemisette, c’est pas la classe ?

Elle : Je les ai vus les SMS qu’il échange avec sa poule depuis deux mois… Rosita… quel prénom de pèquenaude, du genre à aimer son accoutrement de clown, tiens !

Lui : Mais, l’autre là, elle en a rien à faire de mon look, elle regarde la carte avec son air de lamproie mal péchée… je suis sûr que dans deux minutes elles va me dire : Y a rien qui me plait, tout est gras dans ce bistrot !

Elle : S’il croit que je cherche une salade composée sur le menu, il se fourre le doigt dans l’œil ! Rien à faire de la bouffe! La seule chose que j’attends, c’est qu’il tombe raide avec ce que j’ai versé dans son verre !

Lui : C’est bien la dernière fois que je me la traîne, la bourgeoise ! A partir de demain c’est Rosita non stop : j’me taille, j’me tire, j’me barre, j’me fais la malle et j’me fais la belle Rosita tous les jours !

Elle : Ma mère m’avait bien prévenue quand je me suis mariée : Tu verras, les hommes, ils sont toujours fourrés aux cabinets ! Eh bé ça a encore pas loupé : à peine sa bière servie qu’il s’est précipité « chez les Messieurs » ! Moi j’avais prévu le coup (merci maman) et j’ai balancé la poudre dans sa pinte !!

Lui : Un petit pipi et me voilà prêt à vider mon verre cul sec pour écourter cet affreux tête à tête avec ma femme. C’est bizarre, elle a un drôle d’arrière goût, cette blonde …

« Garçon !! Garçon—— Gar—————çon————- gar——————- »

MH