Fille de loup et de chèvre

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Ce texte est ma participation au défi de l’Agenda ironique de juin 2018 organisé par Carnets paresseux. http://www.bricabook.fr/
Le thème était : « Tout et son contraire » et on avait le choix de s’inspirer ou non de la photo ci-dessus. Il fallait aussi utiliser au moins cinq des mots suivants: soleil, brousse, chaussure, pingouin, tentacule, épuiser, vert.

 

Loupèvre, la petite bête cornue n’était pas fille de loup et de chèvre pour rien. Elle avait sans cesse envie de tout et son contraire ; avancer sous le soleil et reculer sous la pluie, faire plaisir aux bambins et leur balancer un coup de corne, se marier et rester vieille chèvre, enfiler ses chaussures et marcher sabots nus dans la verte… Les deux cotés opposés de sa nature la torturaient chaque jour, en particulier au mois de juin, lorsqu’elle tirait la carriole dans les chemins creux où déambulaient aussi le bouc, le chien et le pingouin du voisin.
Cette lutte intérieure l’épuisait tant, qu’elle finissait par s’endormir debout au grand désespoir de Noé et Noémie, obligés de rentrer à pied au château.
Un beau jour, Madame de Goussainville prit le taureau par les cornes, puisque la demi chèvre n’était pas là…
– Les enfants, cette situation n’est plus tolérable ! Si le mal-être de Loupèvre l’empêche de vous promener, il va falloir lui trouver une psy, saperlipopette !
– Une psychiatre, maman ? demanda innocemment Noémie
– Bien sur que non, petite idiote ! lui répondit sa mère, les psychiatres sont beaucoup trop chers…
– Une psychologue alors ! intervint Noé, on en trouve à la pelle dans toutes les universités !
– Mais enfin, vous galéjez mes chéris…, je voulais parler d’une psyché que je paierai moins de dix tentacules au vide grenier du quartier !
– Ah … conclurent le frère et la sœur, sans vraiment comprendre la logique de leur chère maman.

Plantée devant la psyché au miroir terni par des siècles d’introspection, Loupèvre s’observait.
Planquée derrière la psyché au bâti recouvert de toiles d’araignées, Madame de Goussainville cogitait.
Si la drôle de bête prenait conscience de son unité corporelle, malgré ses parents dépareillés, peut-être cesserait-elle de tergiverser …
Par le trou de la serrure Noé et Noémie tentaient de voir ce qui se tramait dans le salon, mais l’orifice était si petit et leur curiosité si grande qu’ils ne parvinrent qu’à se bousculer et se chamailler. Quand tout à coup, l’attente angoissée de la mère et la bagarre des deux chérubins furent interrompus par un hurlement chevrotant qui émergeait : « Je veux épouser le pingouin du voisin !! »

MH

Petite questionnette : Et vous, qui préfériez vous accueillir dans votre salon, une psychiatre ou une psyché ?