Incompatibilité

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Mon imprimante déteste mon ordi
Pourtant, ils sont liés par un câble de vie,
Un vrai cordon ombilical
Mais ils ne peuvent se supporter.
Je ne sais qui des deux a entamé les hostilités
Mais à chaque fois que mon ordi lui demande de travailler,
Cette garce d’imprimante répond : « Bourrage de papier ! »
Ou bien, elle sort une page d’alignement au lieu du bon document.
Mon pauvre ordi lui dit : « C’est quoi ton but ? Dépenser un maximum d’encre
Ou me retarder dans mon boulot pour qu’on me gronde et qu’on me débranche…
Et elle répond invariablement : « Echec align, bourrage de papier »
En d’autres mots … « Va ch… ! »
Mais elle reste polie cette saleté,
Sûrement pour ne pas en rajouter…
Pour éviter qu’on ne la balance du haut du balcon,
Sur quelque malheureux passant innocent.

MH

Petite questionnette: Et vous, avez-vous déjà piqué des crises avec votre matériel de bureau? 

Véridique

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Tour de France 2016 : En juillet, lors de la huitième étape entre Pau et Bagnères-de-Luchon, des lamas se sont tranquillement installés sur la route du Col du Tourmalet en attendant les coureurs.

Je m’appelle Sosthène Raigner et j’ai vingt-trois ans.
J’étais en tête de peloton au moment où je les ai vus.
Impossible de les éviter.
Je croyais vraiment remporter le maillot jaune pour cette étape ; j’avais au moins dix mètres d’avance sur les autres coureurs quand « boum » j’ai percuté Cordoba, le chef des lamas.
Son nom, je l’ai su plus tard ; mais j’ai tout de suite deviné que c’était lui le chef. Il était immense, blanc comme neige et il me fixait avec ses grands yeux noirs aux longs cils recourbés.
La roue de mon vélo s’était complètement tordue sous le choc et je me suis retrouvé par terre, un peu sonné, sous le regard consterné des spectateurs et le crachat verdâtre de Cordoba.
Je me suis relevé doucement parce que le bestiau, il avait pas l’air commode et que je voulais m’éviter un deuxième mollard dans la figure. Mon seul but, c’était de m’éponger avec la serviette qu’un spectateur me tendait…sans trop oser s’approcher.
Le lama m’a laissé faire et puis, il s’est agenouillé devant moi comme un dromadaire. C’est là que j’ai vu sa médaille gravée au nom de « Cordoba ».
Entre temps, tous les autres cyclistes étaient arrivés et descendus de leurs vélos. Devant chaque coureur, un membre du troupeau avait pris la même position que Cordoba…

Je m’appelle Max et j’avais douze ans en 2016. C’était la première fois que mon père m’emmenait à l’arrivée du Tour de France et j’étais super content ! Mais quand j’ai vu les coureurs se pointer à dos de lamas, j’en ai pas cru mes yeux ! Trop drôle ! Qu’est-ce qu’ils avaient fait de leurs vélos ?
Le premier à franchir la ligne d’arrivée, c’était Sosthène Raigner, mon préféré, sur le dos d’un magnifique lama blanc !
Pendant que le champion aspergeait son public de champagne, Cordoba le lama émettait de tas de sons bizarres, tantôt rauques, tantôt aigus… on voyait bien qu’il essayait de dire quelque chose.
Le lendemain, les journalistes avaient déniché un interprète pour traduire la langue des lamas. Cordoba expliqua que le troupeau en avait eu « ras les oreilles » de brouter dans les Pyrénées et qu’il revendiquait désormais le droit de galoper, de voir du pays et d’être interviewé !

MH

Petite questionnette : Et vous, quels types de faits-divers préférez-vous, les drôles, les tristes, les sanglants, les insolites ?

 

 

L’estomac dans les talons

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J’avais l’estomac dans les talons. Je me demandais comment il avait pu descendre aussi bas et surtout, pourquoi.
En avait-il eu assez de son voisin le foie ? Pourtant celui-ci était fort distrayant, surtout à Noël et à Paques avec ses crises aigues.
Ou alors, mon estomac avait voulu voir mes chaussures de plus près… Il faut dire que mes nouvelles Louboutin et leurs talons de dix-huit centimètres avaient de quoi attirer n’importe qui, de surcroît un organe tout mou et tout moche en forme de J majuscule.
C’était donc cela, mon estomac était tombé amoureux de mes souliers. Quelle drôle d’histoire et surtout, quel voyage ! Il avait dû passer par l’intestin, se faire tout mince comme une pieuvre dans un tuyau, pour emprunter ce tunnel. Et puis après, quel avait été son itinéraire ? Je n’ose même pas l’imaginer …
Toujours est-il qu’il était là, dans mes talons et que ça me faisait une drôle de sensation molle sous la plante des pieds.
Quelqu’un me dit : « Mange et tu verras, il va remonter ! » Mais l’idée de sentir cet organe cheminer de bas en haut me donna tout de suite la nausée.
Et puis, avais-je vraiment le courage de briser cette idylle naissante entre mon estomac et mes souliers ?

MH

Petite questionnette: Et vous, quelle expression de notre langue vous amuse ?

La tigresse de l’immeuble

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La brave concierge avec son chat sur les genoux, ses odeurs de potage, ses ragots, son tricot et son éternelle envie de rendre service, c’est pas moi !
Je m’appelle Belette, j’ai vingt-cinq ans, je porte des slims et des talons hauts, je déteste les chats et j’en ai rien à faire que le cochon du quatrième couche avec Madame Boulard, la femme du docteur du rez-de-chaussée.
Si je suis là, c’est parce qu’avec mon diplôme d’esthéticienne, j’ai pas trouvé autre chose, et qu’un logement de fonction en plein cœur du quinzième, c’est pas négligeable.
L’autre jour, la Colbèque est venue toquer à ma loge. D’habitude, j’ouvre jamais parce que je supporte pas qu’on me dérange quand je regarde Sex and the city ; mais là, j’attendais mes escarpins de chez Zalando et j’ai cru que c’était le livreur.

– Dites donc, Belette, vous avez vu l’état du hall ? Vous n’allez pas me faire croire que vous avez passé la serpillière ce matin ?
– Bé si, j’l’ai passée ! Mais Nini, la coiffeuse qui perd ses cheveux, est rentrée juste après avec Bouclette, son caniche qui perd ses poils !
– Ah bon ? Pourtant ce sont des miettes que j’ai vu traîner moi …
– Ah ! ça, c’est le petit dernier des Boulard. Il a tellement peur de se perdre en rentrant de l’école, qu’il laisse des miettes comme le Petit Poucet, j’vais quand même pas balayer pour traumatiser le pauvre gosse, déjà que sa mère couche avec le cochon du quatrième …
Là, elle a plus su quoi répondre, la Colbèque. Faut dire qu’elle m’a jamais grillée quand je mange mes cookies en faisant le hall. Merde, quoi, faut bien que je prenne des forces, moi !
Je lui ai claqué la porte au nez et j’ai repris le vernissage de mes orteils avec la super nuance vert pomme qu’ils font chez Monop. Le vieux prof du cinquième, celui qui collectionne des p’tites bêtes épinglées, il kif trop mon vernis. L’autre jour, il m’a dit : Mademoiselle Belette, vos ongles de pieds sont semblables à des ailes de mante religieuse… Moi, j’ai pas trop su quoi penser et puis comme j’ai vu qu’il avait le sourire niais du mec amoureux, j’ai compris que c’était un compliment. Du coup, je mets plus que ce vernis parce que le vieux, il touche une sacrée bonne retraite, à ce qu’il parait, et comme il doit plus en avoir pour longtemps, ça pourrait être une super combine pour moi. Bien sûr, il faudrait que je passe à la casserole de temps en temps, mais bon … Et puis si ça se trouve… même pas ! Il est tellement vieux… on dirait l’arrière grand-père de ma grand-mère !

………………

Ce matin j’ai décidé d’agir. A huit heures, j’étais déjà au top : slim noir en cuir, sandales à talons, petit haut en dentelle du même vert que mes ongles, raffinement max, quoi ! J’ai commencé à faire mon hall dès la demie pour pas louper le vieux quand il va acheter son tabac. Mais justement il est pas descendu.
Heureusement, j’ai vu pas mal d’autres trucs intéressants : la Colbèque en déshabillé noir à pois rouges entrain de tirer l’oreille du p’tit Boulard à cause de MES miettes: Mais c’est pas moi, M’dame, j’mange jamais de gâteaux, j’suis diabétique !
Le cochon du quatrième entrain de mettre une main aux fesses de Nini la coiffeuse et se faire mordre le mollet par son chien Bouclette.
Et Madame Boulard sortant de chez elle comme une furie (à tous les coups, elle espionnait par son œilleton) et gifler le cochon sur les deux joues …dingue !
Le mec du quatrième, il était rouge comme mon soutif, il m’a demandé : Vous auriez pas du désinfectant pour ma jambe et des glaçons pour ma figure ? Alors je lui ai répondu : Les cochons d’appartement ça va se faire soigner chez le véto, pas chez la concierge !
Du coup, il a filé. Il a jamais rien tenté avec moi, même quand je passe l’aspi sur son palier…je crois qu’il a un peu peur mais je suis sûre qu’il me mate par son œilleton, j’entends sa respiration derrière la porte à chaque fois.
Et puis, le Docteur Boulard est revenu de son cabinet vers dix heures (je le vois jamais partir parce qu’il y va hyper tôt, avant huit heures.)

-Votre journée est déjà finie, Docteur ?
-Non, mais j’ai une consultation à domicile dans notre immeuble, Belette, c’est Monsieur Scribard, le vieux professeur du cinquième, il n’est pas bien du tout…
– Ah ! c’est pour ça … Pas bien du tout ? Déjà ? Bé j’ai intérêt à faire vite, moi !
– Que voulez-vous dire Belette ?
-Heu, rien d’important, Docteur, faut que je me dépêche de finir mon hall, des fois que le vieux professeur aurait besoin que je lui fasse ses courses.
-En effet, Belette, en effet, je vous tiendrai au courant, je monte le voir.
Moi, je suis retournée à ma loge, le hall, il avait jamais été aussi propre et ça me disait rien de m’attaquer aux paliers des cinq étages. Tout ce que je voulais faire, c’était penser à mon avenir d’héritière devant un bon café.

………………

Au bout d’une demi-heure, le Docteur Boulard a toqué :
– C’est le cœur, Belette, il ne doit faire aucun effort et bien sûr, plus de tabac. Je vous confie son ordonnance, vous lui monterez ses médicaments avec ses provisions, voici sa liste. Il ne voulait pas que je vous demande ce service, de peur de vous déranger, mais je lui ai dit que vous le feriez avec plaisir.
– Ca marche, Docteur. Alors c’est le cœur… Pauvre vieux… Je veillerai à ce qu’il reste bien au calme.
– Merci Belette. Et au fait, avez-vous vu passer mon épouse ce matin ? Elle devait être au presbytère à neuf heures pour aider Monsieur le curé à préparer les jeunes communiants, j’espère qu’elle n’a pas oublié…
– Heu non… heu… si je l’ai vue, oui, tôt ce matin, elle avait l’air bien remontée… enfin je veux dire…en pleine forme !
– Ah très bien, merci Belette, bonne fin de journée.

Et dire que j’avais couvert cette salope de mère Boulard, j’étais vraiment trop bonne, j’aurais mérité la légion d’honneur des concierges ! Mais bon, les honneurs c’était pas vraiment mon truc, ce qui comptait, c’était le fric et je savais que j’en aurais bientôt plein les poches.

………………

J’étais montée jusqu’au cinquième par l’escalier (l’ascenseur ça me fait flipper)
Sur le palier, ça sentait bizarre, un mélange de formol et d’acide.
– Toc, toc, toc, c’est Belette, je vous apporte vos médicaments et vos provisions !
– Oh, c’est vous chère Mademoiselle Belette, mais entrez donc, c’est ouvert…
Il était dans son fauteuil, face à une grande table couverte de livres, de classeurs et de boites.
– Comme c’est gentil à vous de rendre visite à un vieux cloporte comme moi
– Mais c’est normal, voyons et vous n’avez rien d’un vieux cloporte Monsieur Scribard ! Voici vos médicaments et vos courses.

Alors, il avait voulu me montrer toutes les bestioles qu’il collectionnait dans ses boites : des coléoptères de France, de Madagascar et du Cameroun, des araignées énormes, velues et noires, d’autres transparentes et minuscules, des papillons de toutes les tailles et de toutes les couleurs, des Morphos bleus, des européens jaunes, des papillons Monarques qui migrent chaque année du Canada au Mexique. Puis il m’avait dit :
– Et maintenant je vais vous présenter vos sœurs…
Mais il avait été pris d’un coup de fatigue juste au moment où il allait ouvrir la dernière boite, alors je lui conseillai de se reposer en lui disant que je reviendrais le lendemain vers treize heures.

Cette nuit là, j’ai fait des tas de rêves bizarroïdes : l’immeuble avait la forme d’une grosse ruche ; la porte de l’appartement du rez-de-chaussée (celui des Boulard) c’était une toile d’araignée, derrière laquelle était postée une énorme mygale avec la tête de Madame Boulard. Dans ses fils, deux pauvres bestioles se débattaient : un mille-pattes à tête de cochon et une grosse fourmi, sa mallette de docteur accrochée à une de ses pattes. Puis, je voyais l’ascenseur s’ouvrir et il en sortait une sauterelle à tête de caniche avec un cafard en laisse !
Sur la deuxième marche de l’escalier, un petit puceron, son cartable sur le dos, grignotait des miettes de cookies, quand tout à coup surgit une coccinelle vorace à tête de Colbèque qui le croqua tout cru !
Je me réveillai en sueur à quatre heures du matin.

Ce jour-là, j’ai pas fait mon hall, j’étais crevée et j’en avais rien à battre que la Colbèque râle, de toutes façons je lui ouvrirais pas, le livreur de Zalando était passé la veille pendant que j’étais au cinquième et j’avais trouvé mon colis devant la porte de ma loge.
Du coup, je passais la moitié de la matinée à réfléchir à la tenue super classe que je porterais pour retourner voir le vieux vers treize heures.
Evidemment, j’allais mettre mes nouveaux escarpins : verts comme mon vernis et ouverts au bout pour laisser dépasser mes orteils assortis. Et si je tentais le vert intégral ? Mon petit haut de la veille (il sentait un peu la sueur, mais ça exciterait le vieux), et ma jupe crayon vert printemps de chez H&M. Oui, ce serait top !
Apres le déjeuner, j’ai voulu monter discrètement au cinquième. Manque de bol, y avait le p’tit Boulard qui pleurnichait sur la troisième marche de l’escalier, la Colbèque qui hurlait après Bouclette parce que la pauv’bete avait pas pu se retenir avant d’arriver au caniveau, Nini la coiffeuse qui traitait la Colbèque de raciste anti-chien frisé, et le cochon du quatrième qui tentait un pinçage de fesse sur Nini voyant que Bouclette, la queue entre les pattes, était trop penaude pour penser à mordre. Il ne manquait que Madame Boulard, planquée derrière sa toile d’araignée, heu …, derrière son œilleton et bien sûr le vieux du cinquième, malade et le Docteur, au boulot comme d’hab.
Quand ils m’ont vue, ils ont tous arrêté de bouger et de parler, on se serait cru au musée Grévin. Même Bouclette avait plus envie de sortir. Moi, j’en ai profité pour monter les marches quatre à quatre (malgré la jupe crayon) avant que la Colbèque réalise qu’elle m’avait pas encore engueulée pour le hall.
Là haut, j’ai retrouvé le vieux Scribard, il était plus en forme que la veille, les médocs avaient dû commencer à agir. Il m’a dit :
– Mademoiselle Belette vous êtes le plus beau spécimen que j’ai jamais trouvé, approchez, approchez, venez voir vos sœurs.

Et là, j’ai vu les mantes. Il y en avait une dizaine. Chacune rangée dans son cercueil de carton. Il m’a expliqué : Voyez-vous, Mademoiselle Belette, les cinq petites, ce sont les mâles, ils sont plus minces aussi, et ont moins de caractère. Mais les reines, les magnifiques, celles qui vous ressemblent, ce sont ces cinq autres, les femelles. Admirez leur visage triangulaire et leurs yeux en amande comme les vôtres, leurs jambes longues qu’on appelle « ravisseuses » et leur sublime robe verte, ce sont les tigresses de l’herbe !

………………

Je m’appelle Pedro et j’ai vingt-quatre ans. Je porte des jeans et un tee-shirt blanc. J’aime tout le monde et je siffle toute la journée, une vraie cigale ! J’ai eu ce job dans un immeuble du quinzième, parce que l’ancienne concierge, Belette, elle a plus besoin de travailler. Elle s’est fait épouser par un vieux prof qui habitait au cinquième. Le soir de leur nuit de noce, personne a pu dormir dans l’immeuble, ça c’est Mademoiselle Colbèque, la vieille fille du deuxième étage, qui me l’a raconté, parce que moi, j’ai pris mes fonctions qu’une semaine après. Il parait que le jour du mariage, quand le drôle de couple est arrivé dans le hall, tous les résidents étaient là pour jeter des confettis. Même que c’est Mademoiselle Colbèque qui a balayé après, parce que Belette, c’était plus son travail. Les mariés, ils ont monté les cinq étages à pied parce que Belette, elle a la trouille de l’ascenseur, il parait que le vieux il a essayé de dire que ça serait trop dur pour lui mais qu’elle a répondu : Allez mon cloporte adoré, fais un p’tit effort pour ta tigresse de l’herbe !
Le Docteur Boulard, il a été choqué et Nini la coiffeuse aussi, parce que même sa Bouclette elle a droit à l’ascenseur. Mais ils ont rien osé dire, parce que la Belette, y a pas grand monde qui lui tient tête. La nuit, elle a poussé des cris de minuit à cinq heures du matin non-stop, même que Madame Boulard, la femme du docteur elle a dû mettre des boules Quies dans les oreilles de son fils pour pas qu’il pose des questions gênantes. Et puis le lendemain matin, Belette est descendue. Elle avait mis des lunettes de soleil vertes assorties à sa tenue, ça c’est Nini qui me l’a dit. Elle s’est approchée de la loge, et elle a épinglé un mot sur la porte :

J’ai l’immense tristesse de vous annoncer le décès de mon cher époux Léon Sribard, mort dans son sommeil à l’aube du 26 avril 2017, Belette Scribard

Le Docteur Boulard est monté au cinquième dans la matinée et il a confirmé le décès. Arrêt cardiaque. Depuis, il adresse plus la parole à la Belette. D’ailleurs, y a guère que moi qui lui parle, même si elle me reproche souvent que le hall est pas impeccable. Mais dans le fond, je crois que je lui plais bien et je me dis que ça pourrait être une super combine pour moi, parce que Belette Scribard, c’est une veuve pleine aux as !

MH

Petite questionnette: Et vous, comment est l’ambiance dans votre immeuble ?

Mon texte a inspiré Ann EL qui l’a magnifiquement illustré par le dessin ci dessus. Vous pouvez d’ailleurs découvrir toutes ses œuvres sur:  https://annelsprayetdentelle.com

 

Recette pour écrire une bonne histoire

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Rédiger en début de semaine une liste de corvées au crayon de papier.
Mettre un petit astérisque devant chaque tâche à effectuer :
. Vider poubelles
. Aller au cinéma
. Nettoyer cage du cochon d’inde
. Lancer baballe au chat
. Manger rocher Suchard en milieu de semaine
. Ne pas trop râler
. Payer impôts
. Embrasser plus souvent mes enfants

Gommer avec une extrême jouissance chacune des « tâches » une fois accomplie même s’il s’agit d’une distraction ou d’une chose agréable ; comme si le but à atteindre était la feuille blanche… comme si, débarrassée de tous les détails du quotidien, l’écriture vraie allait enfin pouvoir commencer.

S’installer dans une chambre parfaitement rangée, sur un lit impeccablement fait

Déposer son chat sur la couette pour assurer une présence calme et bienveillante.

Se munir d’un bloc à petits carreaux (parce que les grands carreaux c’est l’école et que les petits c’est la liberté, même s’ils ressemblent à du grillage serré.)

Affûter son crayon, le tailler un peu trop pour que le bout de la mine éclate au premier mot comme le signal pétaradant d’une course automobile qui démarre.

Écrire vite pour ne pas laisser filer les idées, qui, lorsqu’elles arrivent, se pressent comme une foule surexcitée ; pattes de mouches transportant les émotions comme une colonie de fourmis chargée de feuilles…

Au service de la main, la gomme blanche est prête à intervenir de toute urgence pour effacer une faute d’orthographe indigne, une vilaine répétition ou une pensée idiote. Seule la gomme sera témoin de ces ignominies, transformées par ses soins en poussière grisâtre.

Non loin de là, le taille-crayons métallique démodé attend. Il guette l’émoussement de la mine tout en se lamentant de ne pas avoir, comme ses confrères plus à la mode, un estomac amovible où il pourrait recueillir des mètres de « taillure » jusqu’à s’en faire péter la sous ventrière !

Tout proche, l’ordinateur est au chômage technique. Il sait bien que la main n’aura pas l’audace de lui présenter la petite nouvelle avant qu’elle ne soit couchée sur le papier. A lui alors, la noble mission de l’embellir, de la dompter, et de proposer à la main, tel un grand couturier, la police d’écriture qui siéra le mieux à sa merveilleuse conquête, l’histoire.

MH

Petite questionnette: Et vous, quels rituels vous sont nécessaires pour écrire ?

Ce texte m’a été inspiré par https://lateliersouslesfeuilles.wordpress.com/ qui proposait d’imaginer une recette non comestible !

 

L’art de perdre ou l’art de Pierre

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Pierre avait perdu la boule.
Depuis qu’il était tombé de l’arbre, il avait vu des milliers d’étoiles et puis, plus rien n’avait été comme avant. Même sa boussole n’indiquait plus le nord, comme si elle avait voulu l’accompagner dans sa folie. Il n’avait jamais retrouvé sa maison ni Mirette, sa fiancée. Au bout d’une longue marche en zigzag depuis l’arbre, jusqu’à la mer, il était resté planté sur la plage ; il avait cru que l’océan était un mirage, mais après avoir mis ses pieds dedans il s’était rendu à l’évidence : c’était bien de l’eau.
A cause de sa perte de boule, il avait essayé de boire cette mer salée, berk ! il avait bien vite recraché puis s’était endormi sur le sable le plus fin du monde.

Mirette cherchait Pierre depuis trois jours, elle ne comprenait pas pourquoi il n’était pas rentré à la maison. Pierre, son gentil Pierre … Elle lui avait toujours fait confiance; impossible qu’il soit allé en chercher une autre, il lui était forcement arrivé quelque chose.
Pour essayer de le retrouver, elle était d’abord passée à l’usine de pétales où son fiancé fabriquait des fleurs en soie pour la fête de la mer. On en faisait des guirlandes roses pour orner les bateaux. Elle était tombée sur Gérard, le patron de Pierre, un homme bourru qui ne perdait jamais rien, à part son calme :
– Fichtre non que je l’ai pas vu, ton Pierre ! Même que j’ai plus de trois cents guirlandes à me coltiner tout seul, moi !
Alors Mirette avait pris son courage à deux mains et ses jambes à son cou pour filer loin de Gérard et continuer ses recherches.
Elle était arrivée sur la plage, la plage au sable le plus fin du monde, celle où Pierre l’emmenait perdre la notion du temps et nager à en perdre haleine, le dimanche…
Cela avait été comme une apparition : Pierre, recroquevillé au milieu des petits oiseaux de bord de mer et des coquilles d’huîtres, Pierre endormi, sa boussole déglinguée à la main.

– Pierre ! Pierre, tu vas bien ? C’est moi, Mirette ! Pierre, tu m’entends ?
Alors Pierre s’était redressé, il avait regardé Mirette comme jamais avec son cerveau plein d’étoiles et ses yeux tout neufs :
– Vous connaissez mon nom ?! Moi je ne vous ai jamais vue, mais je vous aime déjà …

MH

Petite questionnette : Et vous, avez-vous un jour trouvé un côté positif à la perte de quelque chose ?